Le « lobby social » mobilise ses troupes depuis plusieurs mois, critiquant avec force la méthode – ainsi que le message – du projet de stratégie pour 2020 de l’UE, expliquant qu’il avait été conclu en coulisses entre Etats membres sans véritable consultation de la société civile (EurActiv 24/11/09).
Les partenaires sociaux et les syndicats ont remporté une victoire stratégique lorsque les activités de pression de leurs organisations membres ont mené la Commission européenne à repousser la date limite finale pour l’approbation du nouveau plan de mars à juin 2010.
Cela a créé une fenêtre d’opportunité étendue dans laquelle le lobby social peut combattre en faveur d’un plan révisé, a déclaré à EurActiv l’eurodéputée Verte allemande Elisabeth Schroedter, vice-présidente de la commission de l’emploi et des affaires sociales du Parlement européen.
La commission, qui s’est réunie hier (27 janvier), souhaite que les engagements pour combattre l’inégalité, l’exclusion sociale et les bas salaires soient exprimés explicitement dans le texte final de la stratégie de l’UE pour 2020.
D’autre part, les ONG sociales veulent que le président de la Commission européenne José Manuel Barroso aille plus loin en faveur du social, qu’il agisse, selon les mots d’un membre de premier plan, et qu’il s’atèle à mettre en avant une formulation détaillée de cette politique.
La présidence espagnole, clef du débat ?
Alors que le gouvernement espagnol de centre gauche est aujourd’hui à la tête de l’UE, de nombreux partenaires sociaux estiment que José Luis Rodríguez Zapatero et ses ministres représentent la meilleure et peut-être la dernière chance des voir ces changements se produire.
Les groupes sociaux ont repris la proposition de M. Zapatero, présentée au Parlement européen la semaine dernière, pour un pacte social élargi visant à mettre en place un nouveau modèle de croissance économique pour les dix prochaines années.
En effet, à la suite de son discours devant les eurodéputés, le premier ministre espagnol a indiqué que si cet engagement européen majeur, connu sous le nom de Stratégie de l’UE pour 2020, reçoit le soutien des syndicats, il sera beaucoup plus fort.
Il a également souligné le besoin d’inclure des agents sociaux dans cette tâche, une nouvelle qui est bien passée auprès des ONG sociales à travers l’Europe.
Mme Schroedter a déclaré à EurActiv que les eurodéputés de la commission affaires sociales du Parlement avaient également approuvé son discours, puisqu’il soulignait les divergences entre les opinions de l’Espagne et celles de la Commission Barroso de centre droit.
Confrontation sociale à Barcelone
Avec cela à l’esprit, les partenaires sociaux se réunissent aujourd’hui à Bruxelles pour débuter des discussions avec les ministres de l’emploi et des affaires sociales des 27 lors d’un conseil informel.
S’adressant à EurActiv, Conny Reuter, président de la Plateforme sociale (réseau d’ONG sociales) en partance pour Barcelone, a déclaré qu’il attendait beaucoup de la présidence espagnole puisqu’elle avait placé la question sociale sur l’agenda de l’UE de manière bien plus prégnante que n’importe quelle présidence récente, et certainement bien plus que ce que M. Barroso ou la Commission ont l’habitude de faire.
Cependant, M. Reuter a mis en garde contre trop d’optimisme, expliquant que de nombreux gouvernements européens – dont la plupart sont de centre droit – se montreraient réticents face à des changements trop importants dans ce domaine politique.
Néanmoins, il estime qu’une campagne coordonnée par le lobby social peut être un succès qui elle est soutenue par la présidence espagnole. Indépendamment des majorités politiques, il existe un besoin d’engagement sur la politique sociale, a-t-il dit, et c’est un besoin social – la crise n’est pas terminée, et ses effets vont continuer à se faire sentir à moins que nous ne procédions à ces changements.



