EurActiv Logo
Actualités & débats européens
- dans votre langue -
Click here for EU news »
EurActiv.com Réseau

TOUTES LES RUBRIQUES

Le marché unique social fera l'objet d'une lutte sans merci

Version imprimable
Send by email
Publié 21 mars 2012, mis à jour 22 mars 2012

Les syndicats, les entreprises et les Etats membres se préparent à une lutte sans merci sur les propositions visant à accroître la dimension sociale du marché unique de l'UE. La Commission européenne devrait présenter ses propositions dès aujourd'hui.

Une proposition de nouvelle directive a été élaborée dans le but réviser la directive européenne sur le détachement des travailleurs, afin d'éviter des abus qui ont fait l'objet de décisions controversées par la Cour européenne de justice (voir « Contexte »).

Cette proposition qui devrait être présentée par le commissaire européen à l'emploi, László Andor, se concentre sur le secteur du BTP, dans lequel les sous-traitants employant des travailleurs issus d'autres États membres seraient rendus conjointement responsables pour les droits des travailleurs inscrits dans la législation de leur État d'origine.

Maxime Cerutti, directeur du département affaires sociales de l'organisation d'employeurs BusinessEurope, a déclaré que cette proposition ne comportait pas d'analyse d'impact et qu'il marginaliserait le secteur du BTP en assommant les entreprises avec des procédures bureaucratiques. Il a affirmé que ces propositions nuiraient à la croissance.

Une porte-parole de la Confédération européenne des syndicats (CES) a déclaré à EurActiv que ces propositions n'étaient pas assez ambitieuses.

« Ces droits devraient également s'appliquer à d'autres secteurs comme le tourisme et les loisirs. Pourquoi ne parler que du bâtiment ? », s'est-elle interrogée.

La proposition de M. Monti

Un nouveau règlement qui sera publiée en même temps a alimenté la polémique. Il permettra d'appliquer les droits sociaux fondamentaux horizontalement à travers l'acte pour le marché unique, permettant ainsi que la protection sociale couvre aussi les services transfrontaliers.

Ce règlement est intitulé « Monti II », comme il reflète une proposition qu'avait formulée Mario Monti en 1997 lorsqu'il était commissaire au marché intérieur. Sa proposition avait pour but de lever les obstacles à la libre circulation des marchandises. M. Monti est aujourd'hui le premier ministre de l'Italie.

Selon M. Cerutti, le règlement Monti II n'est pas satisfaisant, car il comprend un autre mécanisme de résolution des litiges qui risquerait d'entraîner une « européanisation » des négociations en période de grève.

En vertu de ce règlement, les partenaires sociaux européens pourraient négocier lors de grèves à caractère transfrontalier.

« Le traité [de Rome] exclut le droit de grève des compétences de l'UE et cet élément devrait être respecté », a déclaré M. Cerutti.

La porte-parole de la CES a toutefois expliqué que le règlement Monti II ne répondait pas à la question fondamentale de l'équilibre entre les droits des syndicats et le système judiciaire lorsqu'il faut décider si une grève collective est nécessaire.

La place des socialistes

L'eurodéputée française Pervenche Berès (Socialistes & Démocrates), la présidente de la commission de l’emploi et des affaires sociales du Parlement européen, a déclaré que le président de la Commission, José Manuel Barroso, avait consenti à défendre cette question lorsque le parti avait soutenu sa réélection en 2009.

La porte-parole de la CES a déclaré que les syndicats rappelleraient cet engagement à M. Barroso. Nombreux sont ceux qui ont été déçus qu'il ne tienne pas parole.

Les deux propositions risquent par ailleurs de faire l'objet de débats houleux au Parlement européen.

La directive, qui fera l'objet d'une procédure de codécision, sera confrontée à « une minorité de blocage relativement puissante », bien qu'aucun État membre n'ait pour l'instant exprimé son désaccord, a expliqué un diplomate de l'UE interrogé par EurActiv. 

Le règlement Monti II requiert le vote du Conseil à l'unanimité, car il s'agit d'une règlementation, mais la Grande-Bretagne s'y oppose.

EurActiv a cru comprendre que le Royaume-Uni reconnaissait la nécessité d'un dynamisme économique et d'une justice sociale, mais que les Britanniques ne verraient cette réglementation que comme une distraction de la priorité de l'Europe : garantir la croissance et la compétitivité.

Prochaines étapes : 
  • 2012 : la réglementation fera l'objet de débats au Conseil et la directive devra passer par la procédure de codécision du Parlement et du Conseil.
Jeremy Fleming – Article traduit de l'anglais
Contexte : 

Dans l’affaire Laval (également connue sous le nom d’« affaire Vaxholm »), l’entreprise lettone Laval un Partneri a détaché plusieurs dizaines de travailleurs de Lettonie sur des chantiers de construction en Suède. Leur mission consistait notamment à rénover une école dans la ville suédoise de Vaxholm. 

Les syndicats suédois ont entrepris une action en justice contre l’entreprise Laval, en raison de son refus de signer une convention collective et de respecter la législation suédoise sur les conditions de travail et le salaire minimum. Le tribunal du travail suédois a soumis l’affaire à la Cour de justice européenne. 

Présentant ses conclusions sur l’affaire Laval le 23 mai 2007, l’avocat général Paolo Mengozzi a affirmé que, « dans le cas où un État membre ne possède pas de système de déclaration d’application générale des conventions collectives », la directive relative au détachement des travailleurs doit « être interprétée de sorte qu’elle ne s’oppose pas à ce que des organisations syndicales tentent, par des actions collectives […], de contraindre un prestataire de services d’un autre État membre à souscrire au taux de salaire, déterminés conformément à une convention collective, applicable de fait aux entreprises nationales du même secteur d’activités ». 

Dans l’affaire Viking, liée à l’affaire Laval, la Cour a déclaré que le droit des syndicats à entreprendre des actions collectives pouvait être limité par le droit des employeurs à la liberté d’établissement (EurActiv 12/12/07).

En octobre 2008, les ministres de l’emploi de la France, du Luxembourg et de la Suède ont appelé à une solution politique suite au jugement rendu par la Cour de justice européenne (CJE), qui a enflammé le débat sur l’équilibre entre les droits des travailleurs et la liberté économique au sein de l’UE.

Les ministres se sont rassemblés à Bruxelles lors du forum sur les droits des travailleurs et les libertés économiques afin de débattre des implications du jugement de l’affaire Laval.

A lire aussi

More in this section

Publicité

Vidéos

Social Europe News videos

Euractiv Sidebar Video Player for use in section aware blocks.

Social Europe Promoted videos

Euractiv Sidebar Video Player for use in section aware blocks.

Publicité

Publicité