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L'Europe face au défi générationnel

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Publié 13 septembre 2011

Le redressement de l'Europe ne peut réussir si l'exclusion économique et politique de la jeunesse continue à caractériser les sociétés européennes et sans les perspectives d'un fédéralisme budgétaire, écrivent Henri Lastenouse et Xavier Damman.

Henri Lastenouse est l'éditeur de www.europatweets.eu et le Secrétaire-Général du mouvement « Sauvons l'Europe ». Xavier Damman est fondateur de www.storify.com, l'initiateur du réseau www.hackdemocracy.org et membre du Conseil de Lisbonne.

« On peut toujours refuser de voir les faits et souvent même ce refus est un aveu magistral ! S'évertuer à distinguer entre les printemps arabes, la crise des marchés financiers ou encore les mouvements des indignés en Europe est ainsi un parfait exemple du refus des puissants d'aujourd'hui à envisager la fin du monde de l'après guerre froide.

Déjà, le printemps arabe a emporté les sombres petits arrangements entre sexagénaires blancs du Nord et dynastes prévaricateurs du Sud. En Europe, c'est la crise des dettes souveraines et ses plans d'austérité qui mobilisent un peu partout une jeunesse refusant d'être sacrifiée deux fois.

Une première fois comme variable d'ajustement économique. Une seconde fois comme tiers payeurs des dettes de leurs aînés. D'autres jeunes encore, depuis leur salle des marchés questionnent indéfiniment la matrice économique  développée « par et pour » la génération du Baby Boom depuis une vingtaine d'années.

Comme nous voici bien loin de la « victoire » voilà 20 ans d'une société occidentale en pleine expansion face à des régimes post staliniens épuisés ! Visiblement, le Printemps arabe est tout sauf un remake de 1989 « version Euromed ».

Au contraire, le rôle joué par les jeunes générations ainsi que la matrice politique constituée par les réseaux sociaux suggèrent une clef d'explication plus générationnelle qu'idéologique.

Fait nouveau, lors de la révolution tunisienne, c'est bien la jeune génération plus « privilégiée » des centres urbains de la côte qui a relayé massivement le soulèvement de ceux de l'intérieur ; scellant ainsi la primauté générationnelle et digitale sur les référents politiques traditionnels.

Cette primauté générationnelle et digitale est bien le cœur d'une possible dynamique générationnelle. En effet, troisième révolution humaine après celles de l'écriture et de l'imprimerie, la révolution digitale génère un nouveau partage des connaissances, de nouveaux processus de création de valeur et de nouvelles formes d'organisation collectives. Aujourd'hui, partout, les jeunes « savent » et ne se sentent plus seuls. 

La similitude entre la Plaza del Sol et la place Tarhir n'est pas seulement dans le recours commun au Forum Antique et à internet comme lieu d'expression et d'organisation de la protestation.

En effet, c'est dans un même contexte de révolution digitale et d'impasse économique que surgit une remise en cause générationnelle, avec au Nord comme au Sud les mêmes enjeux.

Citons le difficile accès des jeunes à toute forme de création de richesse, que ce soit par l'accès au travail ou par l'accès à l'investissement. Citons ensuite la question généralisée de l'accès au logement et, plus largement encore, celle de l'accès à un mode de vie indépendant et « post adolescent ».

Citons enfin la perception d'une vaste tromperie quant à la valeur réelle des diplômes et autres formations comme assurance d'accès au marché du travail.

Certes, comparaison n'est pas toujours raison ! Les contextes sont loin d'être similaires. Jeunes générations démographiquement majoritaires au sud de la méditerranée et massivement présentes sur les médias sociaux. Pyramide des âges bien moins favorables au Nord

Par ailleurs, l'ampleur des « amortisseurs sociaux et familiaux » reste sans commune mesure entre le Nord et le Sud. Cela fait beaucoup à la fois pour le bien-être relatif des jeunes populations au Nord et leur trop longue résignation.

Pourtant, aujourd'hui, qu'elles soient artistes ou bloggeurs, révolutionnaires ou entrepreneuses, de nouvelles générations veulent se faire entendre et posent plus directement la question de confiance. Question de confiance qui pourrait s'inspirer de celle posée par l'abbé Seyes en 1789, au nom de tous ceux interdits de pouvoir au sein d'une France en faillite : « Qu'est ce que le tiers état ? ».

Question de confiance qui ne manquera pas de résonner le 15 octobre prochain lors de la manifestation européenne des « Indignés » à Bruxelles : « Qu'est-ce que la jeunesse ? – le PIB de demain et l'apurement des dettes d'hier » – « Qu'a-t-elle été jusqu'à présent dans l'ordre politique et économique ? – presque Rien » – « Que demande-t-elle ? – Confiance et accès aux leviers de la réussite. »

Dans ce contexte, le choix politique imminent d'un « fédéralisme budgétaire européen » sera aussi un choix autour de l'espérance ouverte pour les nouvelles générations en Europe.

L'orientation vers des solutions  nationales de type « Règle d'or » ou inversement vers une consolidation budgétaire européenne va définir l'attractivité de l'espace européen dans les décennies à venir, et constituerait ainsi une première réponse au défit générationnel ».

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