Le nationalisme sur le marché du travail augmente avec la crise [FR] [en] [de]

Publié: 17 February 2009 | Updated: 29 January 2010
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Partout en Europe, les premiers à être touchés par les licenciements semblent être les travailleurs étrangers. Au Royaume-Uni, le Premier ministre Gordon Brown a appelé à des emplois britanniques pour les travailleurs britanniques, mais des manifestations semblables de nationalisme ont éclaté jusqu’en Roumanie. 

Background

S’adressant aux délégués du parti travailliste (Labour) dans un discours programme lors de la conférence annuelle du parti, le Premier ministre britannique, Gordon Brown, a indiqué qu’il souhaitait que le Royaume-Uni devienne un leader mondial dans les domaines de la science, des affaires, de la créativité et de l’industrie.

Bien qu’on puisse considérer ce discours comme reprenant la rhétorique habituelle de M. Brown, le Premier ministre a annoncé par la suite que son gouvernement allait faire appel aux talents de tous pour créer des emplois britanniques pour les travailleurs britanniques. 

Les conservateurs se sont immédiatement emparés de cette phrase pour déclarer qu’elle était illégale conformément au droit européen qui autorise la libre circulation des travailleurs.

Cette déclaration a également suscité un sentiment de gêne au sein du parti travailliste, dont certains membres ont considéré qu’elle recélait des connotations d’extrême droite.  

A l’heure actuelle, les associations de travailleurs ainsi que des dirigeants utilisent le slogan « Des emplois britanniques pour des travailleurs britanniques » sur des sites de réseautage social tels que Facebook pour faire campagne contre les travailleurs étrangers.

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Le gouvernement britannique se prépare à annoncer de nouvelles lignes directrices qui rappelleront aux entreprises cherchant des contrats publics leur responsabilité sociale collective d’employer des travailleurs britanniques dans la mesure du possible, a rapporté la presse britannique. 

La semaine dernière, des ministres ont dû désamorcer une querelle entre des travailleurs britanniques, après que de violentes grèves se sont déclarées en soutien aux travailleurs de la raffinerie pétrolière de Lindsey, dans le Lincolnshire. 

Le géant pétrolier français Total, qui détient la raffinerie, le contractant en ingénierie américain Jacobs Engineerng, et Irem, un sous-traitant italien, ont été conspués pour avoir employé des travailleurs italiens et portugais sur le site de l’estuaire du Humber. 

Selon la presse britannique, en raison de l’augmentation du chômage, il y a de plus en plus de protestations contre les entreprises qui emploient des travailleurs étrangers. Par exemple, deux sous-traitants d’Alstom à la station électrique de Stayhorpe dans le Nottinghamshire emploient des centaines de travailleurs espagnols, tandis que deux autres sous-traitants sur l’île de Grain ont fait venir des travailleurs polonais.

Un porte-parole d’Alstom a nié toute forme de discrimination envers les travailleurs britanniques. Il a même insisté sur le fait que le groupe français a demandé à ses sous-traitants d’envisager d’embaucher de travailleurs britanniques en cas de besoin. 
Ailleurs, les premiers travailleurs à être victimes de la crise économique semblent également être les étrangers. 

La République tchèque et la Roumanie renvoient les étrangers chez eux

En République tchèque, le gouvernement a offert des billets d’avion gratuits et 500 euros pour les travailleurs étrangers qui rentrent volontairement dans leurs pays d’origine après avoir perdu leur emploi, une initiative qui a été critiquée à Bruxelles (EurActiv 11/02/09).  

Interrogé récemment par EurActiv sur la question de savoir si la mesure relevait du protectionnisme, le Premier ministre tchèque, Mirek Topolánek, a déclaré que les travailleurs en question devaient de toute façon quitter le pays car ils n’étaient pas originaires d’Etats membres de l’UE et n’avaient pas de visa. 

En Roumanie, des centaines de travailleurs chinois manifestent actuellement devant leur ambassade à Bucarest. Ils tentent de rentrer chez eux après n’avoir pas obtenu de salaire de la part de leurs employeurs, des entreprises roumaines de construction. 

Les entreprises roumaines ont récemment recrutés des milliers de travailleurs d’origine asiatique pour travailler dans le secteur du bâtiment en plein essor. Mais ces derniers mois, le secteur est en pleine crise, et les travailleurs étrangers sont devenus inutiles. 

Gabriel Ghelmegeanu, représentant de la Chambre de Commerce Roumanie-Chine, a été cité par l’Associated Press pour avoir déclaré que des centaines voire des milliers de travailleurs chinois étaient bloqués en Roumanie. 

Positions

John Monks, président de la Confédération européenne des syndicats (CES), a commenté la dispute qui a éclaté dans la raffinerie de pétrole de Lindsey dans le nord du Lincolnshire.  

M. Monks a déclaré : « Nous ne connaissons pas encore tous les détails des accords contractuels conclus au Royaume-Uni concernant la raffinerie pétrolière de Lindsey mais il semble clair que, bien que nous soutenons énergiquement la liberté de circulation de la main-d’œuvre, nous avons besoin de règles de trafic plus claires et plus strictes dans l’Union européenne qui garantissent l’égalité de traitement des travailleurs quelle que soit leur nationalité, et que les conventions collectives sont pleinement respectées par les employeurs. »

« Certains employeurs fragilisent ces conventions collectives et la colère des travailleurs devrait se tourner vers eux et non vers les travailleurs migrants. Nous demandons une révision de la directive sur le détachement des travailleurs et un protocole de progrès social dans les traités européens afin de contrer les récentes décisions défavorables de la Cour de Justice européenne qui permettent aux employeurs d’ignorer les accords conclus et leur donnent en fait la liberté de fragiliser les salaires et les conditions de travail. »