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Le Parlement rejette les dérogations sur le temps de travail [FR]

Publié 18 décembre 2008
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Hier 17 décembre, le Parlement européen a voté en faveur de l'abandon des dérogations nationales par rapport à la directive sur le temps de travail et de l'application à l'échelle de l'UE de la semaine de travail maximale de 48 heures, s'opposant ainsi ouvertement au Conseil européen.

Le vote en deuxième lecture d’hier, qui a été accepté par une majorité absolue de 421 voix contre 273, signifie que la débâcle de longue date au sujet de la directive sur le temps de travail continue. 

Le président de la commission de l’Emploi du Parlement européen, l’eurodéputé socialiste suédois Jan Andersson, a indiqué à EurActiv que le vote comporte « des éléments très positifs » pour le Parlement tout comme pour les travailleurs européens. 

« Nous devons supprimer progressivement les dérogations », a souligné M. Andersson. « Cette décision est positive pour la santé des travailleurs, pour l’égalité entre les hommes et les femmes, et je pense que dans le contexte de la situation économique actuelle, qui a entraîné la perte de nombreux emploi et davantage vont encore disparaître, cette mesure garantira que certaines personnes ne finissent pas par travailler 65 heures par semaines alors que d’autres n’ont pas de travail du tout. »  

Le fondement du vote d’hier a été établi en octobre lorsque la commission de l’Emploi, dans un vote en première lecture, a choisi d’éliminer les dérogations sur la semaine de travail de 48 heures adoptée à l’échelle européenne. 

En outre, selon la position du Parlement, toute période de temps de garde, même inactif, doit être considérée comme du temps de travail. En effet, le Conseil de l’UE et la Commission européenne favorise le concept de temps de garde « actif » (une période pendant laquelle le travailleur doit être disponible sur le lieu de travail afin de travailler lorsque requis par l'employeur) et le temps de garde « inactif » (une période où le travailleur est de garde mais n'est pas appelé par son employeur pour travailler).

En réponse, le Conseil et la Commission ont maintenu leur position selon laquelle un certain nombre de dérogations doivent être autorisées. 

La directive sur le temps de travail divise l’Europe depuis 1993

Le débat sur les règles de l’UE en matière de temps de travail ont suscité des controverses et accentué la polarisation politique dans l’UE depuis que la première directive a été adoptée en 1993. Le dernier cycle de votes et de négociations confirme la règle.

Ceux qui s’opposent aux dérogations ont déclaré que celles-ci conduiront à un dumping social et nuiront à la santé et à la sécurité au travail, ainsi qu’à la capacité de concilier travail et vie de famille. L’eurodéputé socialiste espagnol Alejandro Cercas, qui a élaboré le projet de rapport sur lequel le Parlement a voté hier, a indiqué que le vote a fourni des garanties au concept « travailler pour vivre et non vivre pour travailler ». Selon lui, il n’est pas possible de faire marche arrière. 

Dans le camp opposé, ceux qui sont en faveur des dérogations ont indiqué que celles-ci augmentent la flexibilité sur le marché du travail, en particulier dans le contexte économique difficile. Les fédérations commerciales, en particulier, ont défendu longuement ces mesures, affirmant qu’elles constituaient un instrument important pour les entreprises pour répondre aux fluctuations de la demande. 

Open Europe, un think tank basé à Londres, a estimé que la suppression des dérogations pourraient coûter à l’économie britannique entre 47,74 milliards et 66,45 milliards de livres d’ici à 2020. 

Le directeur de recherches de l’organisation Mats Persson a affirmé que les eurodéputés ont pris la pire décision possible au pire moment. 

Mettre un terme aux dérogations, a indiqué M. Persson, pourrait priver à la fois les travailleurs et les entreprises de la flexibilité vitale. Selon lui, le Parlement européen semble décidé à paralyser l’économie européenne en période de récession. 

Le Royaume-Uni divisé

De tous les Etats membres, le Royaume-Uni est celui qui est le plus en vue dans le débat. Initialement, la dérogation à la règle des 48 heures par semaine a bien sûr été instaurée sur l’ordre du gouvernement britannique et a été soutenue par les administrations britanniques qui ont suivi. 

Gordon Brown ne devrait pas céder à la question des dérogations, malgré le fait intriguant qu’une majorité d’eurodéputés du Labour n’ont pas suivi la position de leur Premier ministre lors du vote d’hier. 

« A mon avis, c’est absolument incroyable que le gouvernement britannique n’arrive pas à faire en sorte que les eurodéputés du Labour soutiennent cette mesure », a indiqué à EurActiv l’eurodéputée libérale britannique Elizabeth Lynne.

Mme Lynne, vice-présidente de la commission de l’Emploi du Parlement, soutient également les dérogations. Elle a indiqué qu’elle a travaillé avec les ministres du Labour et leurs représentants pour essayer de convaincre les eurodéputés du Labour de soutenir cette mesure, mais « qu’il n’y avait rien à faire ». Ils ont tendance à suivre la position des socialistes européens sur ces questions plutôt que celle de leur propre gouvernement. 

Toutefois, le ministre britannique des Relations de travail a affirmé que le vote n’était pas la fin de l’histoire. Il s’agit d’une étape dans des négociations complexes entre le Parlement européen et les Etats membres, a-t-il indiqué. Selon lui, le gouvernement britannique continuera de défendre les dérogations lors de la prochaine étape

Comité de conciliation, et après ?

La directive sera désormais transmise à un comité de conciliation, qui représente la dernière chance dans les négociations entre le Conseil et le Parlement. Toutefois, le Parlement entre dans les négociations en position de force. « Nous sommes prêts pour les négociations avec le Conseil », a indiqué à EurActiv Jan Andersson, « et notre point de départ, c’est que nous voulons mettre un terme aux dérogations ». 

Toutefois, tout indique que le Conseil ne changera pas d’avis. Elizabeth Lynne a indiqué à EurActiv que « si le Conseil reste ferme, ce qu’il fera à mon avis, alors le Parlement devra abandonner les dérogations ». 

Selon Mme Lynne, grâce à un compromis, le Conseil pourrait accepter la position du Parlement sur « le temps de garde considéré comme du temps de travail ». 

Mais il n’y a aucune garantie de trouver un tel compromis. Dans le sillage du vote, le commissaire Vladimír Špidla a rappelé aux eurodéputés qu’aucune modification ne peut être effectuée à la directive existante sur le temps de travail à moins de conclure un accord entre le Parlement européen et le Conseil. Autrement dit, si le processus de conciliation échoue, la directive actuelle, y compris les dérogations, restera en place. 

Gary Titley, l’eurodéputé du Labour, a affirmé à la BBC qu’il pensait que les deux parties ont une opinion si divergente sur la question que les négociations pourraient probablement aboutir à une impasse, et les dérogations continueront d’être en vigueur. 

La question devrait être examinée par un comité de conciliation début 2009. 

Réactions : 

Admettant le fait qu’il sera difficile de trouver un compromis, Vladimír Spidla, le commissaire européen à l’Emploi et aux affaires sociales, a indiqué que la position du Parlement et du Conseil sont clairement divergentes. « Parvenir à un accord ne sera pas simple », a-t-il souligné, faisant remarquer qu’ils ne disposent que de peu de temps durant ce mandat parlementaire.  Selon lui, il sera difficile d’effectuer des modifications au compromis. « La Commission est prête à jouer un rôle de médiateur avec le Conseil », a-t-il conclu.

Au Parlement européen, l’eurodéputé portugais Silva Peneda, s’exprimant au nom du groupe PPE-DE, a déclaré que les dérogations n’avaient rien à voir avec la flexibilité du marché de l’emploi. 

Selon le député, la question est : « Veut-on travailler plus de 48 heures  par semaine ? »

Expliquant les différences entre le Parlement et le Conseil sur la question du « temps de garde », l’eurodéputé socialiste suédois Jan Andersson a indiqué que le Conseil considère le temps de travail comme du congé. Pour nous, si tu es parti de chez toi, tu travailles. 

Par rapport aux dérogations, il a soutenu qu’elles ne pouvaient pas être volontaires sur le marché de l’emploi d’aujourd’hui. Il se demande ce qu’il en est de l’égalité. Pour lui, les personnes qui travaillent 60-65 heures par semaines, ce sont les hommes dont les femmes s’occupent du foyer. C’est la raison pour laquelle les femmes soutiennent la directive, a-t-il fait remarquer. 

Au Royaume-Uni, le directeur de recherche d’Open Europe Mats Persson a déclaré que le gouvernement britannique a garanti aux citoyens que les dérogations étaient des mesures sûres à la suite des concessions qu’il a faite à l’égard des régulations pesantes de l’UE en matière de travail temporaire. Selon lui, si le gouvernement échoue désormais à garantir les dérogations après le vote d’aujourd’hui, il s’agira un échec majeur pour la stratégie de négociation du gouvernement en Europe. 

Par contre, l’eurodéputée britannique, l’écologiste Jean Lambert a relevé qu’elle était satisfaite avec le fait que le Parlement a adopté une position claire en faveur des droits des travailleurs. Malgré un lobby intense exercé de la part de certains gouvernements et entreprises, les eurodéputés sont restés fermes dans leur soutien aux travailleurs, qui sont trop souvent à la merci de l’exploitation, a-t-elle ajouté. 

Les règles en matière d’heures de travail visent avant tout à protéger la santé et la sécurité des travailleurs et de ceux qui les entourent. Il y a selon elle un grand nombre de problèmes de santé qui découlent de notre culture privilégiant les longues heures de travail, notamment le stress, l’anxiété et la dépression, ainsi que des maladies cardiovasculaires, le diabète et l’insomnie. L’eurodéputée souligne qu’aujourd’hui, tous les travailleurs auront le droit de profiter d’un équilibre plus sain entre le travail et la santé.

Tina Sommer, présidente de l’ European Small Business Alliance (ESBA), a exprimé de vives préoccupations par rapport à la décision du Parlement européen d’empêcher les citoyens de travailler le nombre d’heures qu’ils ont choisies. 

Selon l’ESBA, la décision du Parlement par rapport à la directive sur le temps de travail limite davantage la manière dont fonctionnent les entreprises. 

Mme Sommer a conclu en soulignant que la décision du Parlement européen porte un coup sérieux aux petites entreprises. Cette décision représente selon elle un nouveau fardeau pour les petites entreprises qui ont tout sauf besoin d’une telle mesure en cette période difficile. L’ESBA appelle les parties responsables à conclure un accord de conciliation qui exclura ce fardeau que représente pour les PME la directive sous sa forme amendée actuelle. 

Eurochambres, l’association des chambres de commerce et d'industrie européennes, ont adopté une position similaire, indiquant que le Parlement européen a pris une décision désastreuse pour les entreprises européennes. 

Dans un communiqué de presse, l’association a déclaré que la suppression de la disposition sur les dérogations à la règle prévoyant un temps de travail maximal de 48 heures par semaine nuira à la flexibilité des entreprises et leur capacité de réagir aux fluctuations de la demande, ce qui est particulièrement contreproductif à la lumière de la crise économique. 

En outre, l’association souligne le fait que considérer le temps de garde inactif comme du temps de travail entravera le fonctionnement des services publics clé aux quatre coins de l’UE et entraînera des conséquences néfastes pour un grand nombre de secteurs privés. Selon l’organisation, le financement sera sous pression, et cette situation entraînera de sérieux problèmes au niveau de l’organisation du travail pour certains postes. 

Dans l’autre camp, John Monks, secrétaire general de l’European Trade Union Confederation (ETUC) a indiqué que le Parlement européen a pris une très bonne décision pour tous les travailleurs de l’UE : elle instaure de l’égalité pour les travailleurs intérimaires et elle renforce le rôle du comité d'entreprise européen visant à aider les travailleurs dans la récession. Selon lui, ils ont désormais vaincu une tentative de faciliter la tâche des mauvais employeurs qui veulent imposer des heures de travail excessives. Manifestement, la situation économique est très inquiétante, mais ces mesures ont montré que l’Europe sociale est en vie et qu’elle se porte bien, a-t-il souligné.

Prochaines étapes : 
  • Début 2009  : la directive sur le temps de travail sera transmise au comité de conciliation    
Contexte : 

Le temps de travail est une question débattue depuis longue date au niveau européen. La directive sur le temps de travail  de 1993 stipule que les travailleurs ne doivent pas travailler plus de 48 heures par semaine (moyenne calculée sur une période de quatre mois), bien qu’elle autorise de vastes dérogations. 

Toutefois, le texte doit être révisé suite à un certain nombre décisions prises par la Cour de justice européenne. La Commission européenne a présenté sa proposition de directive révisée en mai 2004, mais les Etats membres n’ont abouti à un compromis sur la question qu’en juin 2008. 

L'accord actuel fixe une limite maximale de 48 heures de travail par semaine, mais il autorise les partenaires sociaux de trouver des arrangements flexibles à condition que l’employeur les approuvent. 

L’introduction de cette clause, qui prévoit que les travailleurs puissent effectivement travailler jusqu’à 60-65 heures par semaine, figurait parmi l’une des principales demandes du Royaume-Uni, alors que l’Espagne et les autres nations ont fait fortement pression contre cette mesure. 

La commission de l’Emploi du Parlement européen a rejeté le compromis en première lecture le 20 octobre (EurActiv 21/10/08), exigeant que les dérogations (opt-outs)soient caduques trois ans après l’entrée en vigueur de la directive. Cette position, qui appuie la semaine de travail de 48 heures et qui recommande l’abolition de toutes les exceptions, a été soutenue le 17 décembre par une majorité absolue au Parlement européen. 

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