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Hier (7 mai) à Prague, un sommet européen de l’emploi, revu à la baisse, a convenu de dix mesures pour combattre la forte hausse du chômage et apaiser le malaise social généralisé, qui a mis des milliers de personnes à la rue à travers l’Europe.
Le Sommet de l’emploi a été décidé en février dernier pour évaluer l’impact de la crise financière et économique actuelle et identifier les bonnes pratiques dans l’atténuation des pires effets de la crise sur le marché de l’emploi.
Cependant, peu de leaders européens se sont ralliés à l’idée. Au milieu des craintes de troubles sociaux supplémentaires, la décision prise a été de déclasser le sommet, pour en faire une réunion de la troïka de moindre envergure des présidences actuelles (tchèque) et futures (suédoise et espagnole). (EurActiv 25/03/09).
La réunion d’hier (7 mai) à Prague visait à stimuler la coordination entre l’Union, ses Etats membres et les partenaires sociaux, et à apporter une contribution au prochain Conseil européen de juin.
Nous ne pouvons empêcher cette crise de créer du chômage. Mais agir maintenant peut diminuer les pertes d’emploi, et aider des millions de personnes à retrouver un meilleur emploi. Agir maintenant, cela signifie aussi préparer la voie à une relance durable, a affirmé le président de la Commission européenne José Manuel Barroso à la fin de la rencontre.
Selon les derniers chiffres publiés par la Commission cette semaine, le ralentissement de l’économie coûtera leur emploi à 8,5 millions de personnes et faire grimper le chômage à 11,5 % dans l’eurozone l’année prochaine : un chiffre record pour les dernières décennies (EurActiv 04/05/09).
Pas de résultats concrets
Pour rassurer des millions de personnes à travers l’Europe, quelques leaders de l’UE sont tombés d’accord sur un projet en 10 points, qui pousse les Vingt-sept à rapidement agir pour améliorer l’accès à l’emploi, en particulier pour les jeunes, à améliorer leurs compétences, à rencontrer les besoins du marché de l’emploi et à promouvoir la mobilité.
Les partenaires sociaux invités à la rencontre ont cependant refusé de signer le document final. Il y a quelques réponses, mais cela ne suffit pas, a déclaré John Monks, secrétaire-général de la Confédération européenne des syndicats (CES).
Les ONG sociales européennes ont fait savoir leur déception et leurs inquiétudes à propos d’un sommet qui s’était changé en une réunion entre partenaires sociaux. Le président Barroso a parlé de l’impact social de la crise et a affirmé que les priorités économiques et sociales ne pouvaient être disjointes. C’est pourtant exactement ce qui s’est passé aujourd’hui, a déclaré Roshan di Puppo, directrice de Social Platform.
L’impact social de la crise n’a pas fait l’objet d’une mention dans les conclusions du sommet, qui se contentent de la routine habituelle : améliorer la mobilité, accroître la flexicurité et créer un environnement favorable aux entreprises, a-t-elle ajouté.
Adapter son horaire de travail pour conserver son emploi
Maintenir les emplois autant que possible en permettant aux sociétés d’ajuster leurs horaires de travail, et recycler les employés grâce aux financements publics tels que le Fonds social européen et le Fonds européen d’ajustement à la mondialisation : voilà qui se trouve en tête du projet de 10 points.
Mais les outils de la flexibilité, comme l’usage temporaire du travail à court terme, ne sont pas adéquats pour les services qui doivent fonctionner 24h/24 et ne peuvent pas adapter leur production, a fait remarquer l’European Centre of Employers and Enterprises providing public services (CEEP), en ajoutant que l’échec des négociations sur la directive Temps de travail (EurActiv 28/04/09) conduirait à une hausse des coûts pour les fournisseurs de services.
Les petites entreprises ont fait de leur mieux pour absorber le choc pendant la crise. Certains peuvent avoir réduit leur production, tous se sont dévoués à garder un niveau d’emploi stable. Mais nous nous demandons combine de temps encore elles continueront à agir ainsi si on les abandonne à leur sort, a souligné Andrea Benassi, secrétaire-générale UEAPME, l’organisation européenne des petites entreprises.
Un « non-sommet » de peu de contenu
Convoqué par la présidence européenne tchèque en février, le sommet était supposé réunir tous les leaders de l’UE pour trouver comment atténuer l’impact de la crise économique, et coordonner les mesures de lutte contre le chômage grandissant. Mais avec la tenue des élections européennes dans moins d’un mois, peu de chefs d’Etat et de gouvernement se sont présentés à la réunion.
Pour le président du Parti socialiste européen, Poul Nyrup Rasmussen, le non-sommet a échoué à trouver des réponses concrètes pour s’attaquer à la crise économique. L’Europe a besoin d’une nouvelle impulsion pour créer de l’emploi, de nouvelles actions pour sauvegarder les emplois qui ont une perspective d’avenir, de davantage de soutien pour les chômeurs et de nouvelles initiatives pour venir en aide à ceux qui risquent de basculer dans la pauvreté et l’exclusion sociale, a déclaré M. Rasmussen.
L’Europe devrait prendre la tête de la coordination des politiques nationales, pour aborder la crise et renforcer les mesures européennes, par exemple en accélérant l’usage de fonds structurels et en améliorant le soutien de la BEI pour les petites entreprises, a ajouté le président du PSE.
En se focalisant sur l'impact immédiat de la crise sur les marchés de l'emploi lors du sommet de l'Emploi, au lieu des tendances à long terme, l'UE a perdu le nord, a fait remarquer Fabian Zuleeg, analyste politique en chef à l'European Policy Centre.
Il est vital de comprendre comment la crise va affecter notre bien-être à long terme et comment nos modèles économiques et sociaux ont pu être ébranlés par ces changements en profondeur dans nos marchés du travail. Si le sommet s'y était attelé, de réels progrès auraient été faits, a-t-il affirmé, tout en insistant sur le fait que l'UE ne peut se permettre de rater de telles opportunités, si elle veut toujours être considérée comme un acteur pertinent et important pour répondre aux inquiétudes des citoyens européens, a-t-il conclu.
Notre toute première priorité dans cette crise, c’est les personnes : protéger leur emploi et leur trouver un emploi aussi vite que possible, a déclaré Vladimír Špidla, le commissaire européen responsable de l’emploi.
Nous devons nous servir de tous les outils à notre disposition pour atténuer l’impact de la crise sur l’économie réelle, et sur les personnes et leur gagne-pain en particulier, a-t-il ajouté.
On peut voir que la crise contribuera à des changements structurels dans le marché de l’emploi, et nous devons nous pencher sur cette situation, a affirmé Mirek Topolánek, le Premier ministre tchèque démissionnaire.
Selon M. Topolánek, la réunion n’est qu’un point de départ avant des avancées supplémentaires dans la lutte contre le chômage. C’est une base de discussion pour les ministres, de sorte à que le sommet de juin repose sur des fondements solides en vue de l’adoption de conclusions qui établiront de nouvelles mesures, a-t-il poursuivi.
Le sommet d’aujourd’hui, a ajouté le président de la Commission José Manuel Barroso, est une avancé substantielle en direction d’une action coordonnée agrandie et améliorée. Avec ce sommet de l’emploi, nous disons à nos citoyens que nous considérons leur emploi comme l’objectif numéro un de l’Europe, a-t-il ajouté.
John Monks, le secrétaire-général de la Confédération européenne des syndicats, a souligné que le chômage croissant pourrait dénouer les rivalités nationalistes économiques auxquelles on a déjà pu assister dans plusieurs Etats membres.
Nous savons tous ce qui se passera. Les gens se tourneront vers le national, et cela pourrait bien mener au nationalisme, et porter atteinte à la coopération entre les pays d’Europe, d’après M. Monks.
Le Premier ministre suédois, Fredrik Reinfeldt, dont le pays doit prendre la barre de l’UE le 1er juillet, a déclaré lors de la réunion que le commerce équitable, des marchés ouverts, ainsi que des déficits budgétaires et des dettes publiques viables étaient autant d’éléments essentiels pour stimuler le marché de l’emploi. Le protectionnisme ne résout rien si nous nous dirigeons vers une relance à long terme du marché de l’emploi. Venant d’un pays de taille moyenne qui s’est enrichi du commerce extérieur, l’histoire nous a appris que ce n’est pas le moment de fermer les frontières, au risque de créer des problèmes à l’avenir, a déclaré M. Reinfeldt.
Les Européens méritent un vrai Sommet social, et non une réunion limitée aux partenaires sociaux. Malheureusement, l’UE ne s’est pas encore engagée dans un débat avec tous les acteurs impliqués, et en particulier les organisations de la société civile, a ajouté Roshan di Puppo, directrice de Social Platform.