« L'Europe doit préparer ses citoyens à entrer dans le monde du travail », a déclaré Jürgen Thumann, le président de BusinessEurope, lors du Sommet européen des affaires (27 avril). Il a déploré le fait que plus de quatre millions de postes sont vacants au sein de l'UE du fait que les demandeurs d'emploi ne disposent pas des compétences adéquates pour les occuper.
Saluant le système de formation en alternance des Allemands, qui combine enseignements théorique et pratique, M. Thumann a ajouté que l'UE devrait allouer une partie du Fonds social européen aux États membres qui souhaitent établir un système similaire. Ce système existe déjà en Autriche, en Suisse et au Danemark.
« Un cinquième des jeunes n'ont aucune perspective d'avenir », a-t-il poursuivi avant d'expliquer que les compétences sont déconnectées des besoins du marché et que cet écart continue de se creuser. « Il faut agir de toute urgence », a-t-il affirmé.
Lors de ce sommet, le président de la Commission, José Manuel Barroso, a indiqué que l'exécutif européen était en train de préparer une communication pour fournir aux États membres des recommandations dans les domaines des compétences et de l'entrepreneuriat. Cette communication devrait souligner l'importance de la formation en alternance.
Barack Obama veut plus de formations professionnelles
Même outre-Atlantique, la formation professionnelle est devenue le leitmotiv du gouvernement américain en matière d'éducation, une indication claire que les économies fortes ont besoin d'une solide capacité de production.
« Nous ne pouvons accepter l'idée que la production n'existe plus », a déclaré l'ambassadeur américain William Kennard, suggérant ainsi que tous les emplois ne peuvent pas être délocalisés vers les économies émergentes. Selon lui, l'incohérence des compétences est responsable d'un tiers du chômage aux États-Unis.
De nombreux métiers requièrent des compétences qui se situent entre l'enseignement secondaire et l'université. C'est pour cette raison que l'administration Obama soutient les collèges communautaires à travers le pays. Ces institutions sont en mesure de combler l'écart en matière de compétences. M. Kennard a pris l'exemple de l'entreprise IBM.
L'année dernière, IBM a lancé, en partenariat avec la ville de New York, une nouvelle école visant à enseigner des compétences informatiques afin que les étudiants obtiennent gratuitement un diplôme d'associé (associate degree). En outre, un investisseur en capital-risque new-yorkais a contribué, avec un groupe de soutien professionnel, à la création d'un établissement secondaire visant à enseigner l'ingénierie informatique.
L'exemple allemand
Les entreprises de haute technologie n'ont de cesse de souligner la nécessité de rapprocher la capacité de production des pôles de recherche et développement. Ces deux domaines sont indissociables, selon les professionnels du secteur informatique.
C'est ce qui a fait la force de l'Allemagne. Le succès des entreprises allemandes est imputable à de nombreux facteurs, mais leur force sous-jacente pourrait être fondée sur la qualité et la fiabilité bien connues de leurs produits.
La qualité des produits allemands peut, à de nombreux égards, être attribuée au niveau de compétence des travailleurs allemands, selon les experts. Leur niveau de compétence élevé résulte directement des programmes d'apprentissage du pays, souvent appelé « système de formation en alternance », ont-il ajouté.
Les étudiants des écoles de formation professionnelle passent environ 60 jours par an à l'école, par blocs d'une ou deux semaines répartis sur l'année scolaire.
Gerhard Braun, le directeur général de Braun GmbH, a fait remarquer que l'Allemagne a depuis longtemps recours au système de formation en alternance. C'est un système coûteux, mais qui permet aux entreprises de maintenir un bon niveau de compétences.
« C'est un très bon investissement pour les jeunes », a expliqué M. Braun, mais sa mise en oeuvre à l'échelle européenne doit être soigneusement étudiée.
La Commission partage cet avis et note qu'il est impossible d'harmoniser ce système. « Au vu des performances de l'Allemagne ou de l'Autriche, il est impossible de créer ce type de système en quelques années. Il faut non seulement que les entreprises soient prêtes à assumer les coûts de ce système, mais aussi qu'il soit accepté par la société, d'un point de vue culturel », a expliqué Jan Truszczyński, le directeur général de la DG Éducation et culture de la Commission.
Dans de nombreux pays, la formation professionnelle est encore perçue négativement. Ce n'est pas le cas en Suisse. Valentin Vogt, le président de l'Union patronale suisse, a souligné que ce système permettait aux jeunes de trouver plus rapidement un emploi et de développer leur estime de soi et leur motivation. Les décideurs politiques devraient toutefois garantir que les étudiants qui suivent ces cursus puissent accéder à l'université s'ils le veulent à l'avenir, affirment les experts.




