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Füle trébuche sur la question chypriote pour son premier voyage en Turquie

Publié 16 mars 2010 - Mis à jour 31 août 2011
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Lors de sa première visite officielle en Turquie, le commissaire à l'Elargissement Štefan Füle a pressé ses hôtes de normaliser complètement leurs relations avec Chypre, qui est membre de l'UE. Toutefois, ses interlocuteurs lui ont répondu que l'affaire chypriote ne devrait pas affecter le processus d'adhésion du pays à l'UE. Un reportage d'EurActiv Turquie.

S'adressant aux journalistes lundi (15 mars) après sa rencontre avec le ministre des Affaires étrangères turc Ahmet Davutoğlu, M. Füle a réaffirmé le soutien de la Commission européenne à la candidature turque à l'adhésion mais il a pressé le pays de mettre pleinement en œuvre les protocoles additionnels et de normaliser ses relations avec Chypre (voir Contexte).

Un règlement détaillé sur Chypre serait une avancée historique aux bénéfices à la fois de la Turquie et de l'UE, a-t-il dit.

Cependant, M. Davutoğlu a déclaré que les négociations d'adhésion de la Turquie à l'UE ne devraient pas être entravées par des problèmes politiques qui n'ont aucun lien avec le processus européen.

Récemment, le ministre turc en charge des Affaires européennes et négociateur en chef, Egemen Bagiş, a affirmé que puisque le problème chypriote n'était pas un pré requis pour l'adhésion de Chypre elle-même, elle ne devrait pas être une condition pour un autre pays (EurActiv 08/10/09) .

Le prédécesseur de M. Füle, Olli Rehn, a déclaré récemment que lors de ses cinq premières années en tant que commissaire à l'Elargissement, toutes ses ambitions avaient été réalisées à l'exception de Chypre, où des négociations de réunification sont toujours en cours (EurActiv 26/11/09).

Vice et vertu

Dans un article publié dans le quotidien turc Hurriyet, M. Füle a écrit qu'il était convaincu que Bruxelles et Ankara pouvaient stopper le cercle vicieux de l'impasse chypriote et débloquer les négociations d'adhésion. Il s'est dit convaincu qu'il serait possible de passer d'un cercle vicieux à un cercle vertueux, pour autant que tous les acteurs impliqués montrent de la bonne volonté politique.

M. Füle estime que la Turquie est un pays clef pour l'Europe en raison de sa situation géographique, de sa taille et de son orientation stratégique. Répétant les réponses qu'il a données lors de son audition de confirmation devant le Parlement européen, lorsque les eurodéputés lui ont demandé s'il pouvait imaginer un pays comme la Turquie rentrer dans l'UE, il a dit que sa réponse était la même : Oui, je le peux.

Le commissaire à l'Elargissement a également encouragé la Turquie à faire davantage de progrès dans ses relations avec l'Arménie. Les deux pays voisins ont conclu en septembre dernier un accord historique pour établir des liens diplomatiques et ouvrir leurs frontières (EurActiv 01/09/09), mais ce processus est bloqué.

Expérience tchèque

Alors qu'on lui demandait de commenter les votes successifs du panel du Congrès américain et du Parlement suédois qualifiant les massacres de génocide (EurActiv 12/03/10), M. Füle a dit : venant de l'ancienne Tchécoslovaquie, je sais que politiser l'histoire rend la réconciliation difficile.

L'autre sujet à l'agenda de M. Füle était la libéralisation des visas, Bruxelles et Ankara discutant d'un accord de réadmission pour coopérer en matière d'immigration illégale. Le commissaire a déclaré que les citoyens turcs obtiendraient des visas Schengen plus facilement une fois que les deux parties auront trouvé un accord.

M. Davutoğlu a cependant déclaré que la libéralisation des visas devait être accordée à la Turquie une fois qu'elle aurait rempli les critères.

Le commissaire a ensuite rencontré le premier ministre Recep Tayyip Erdoğan, le négociateur en chef Egemen Bağış et plusieurs députés. Il a aussi rencontré le président de l'Union des chambres de commerce et des bourses Rifat Hisarcıklıoğlu et des représentants de TUSIAD – l'Association des industriels et des entrepreneurs turcs.

Réactions : 

Dans un article publié par le quotidien turc Hurriyet, le commissaire à l'Elargissement Štefan Füle a écrit qu'il était conscient que certaines personnes en UE et en Turquie remettaient en question le destin européen de la Turquie. Mais je n'ai aucun doute sur le fait qu'honorer nos engagements soit la bonne chose à faire pour que nous restions crédibles, a-t-il dit. La crédibilité se fonde sur des actions concrètes des deux côtés. Nous continuerons notre programme de coopération et soutiendrons les réformes ambitieuses mises en œuvre par la Turquie. Nous devons continuer à travailler ensemble sur les négociations, à ouvrir de nouveaux chapitres et à faire des progrès dans les chapitres déjà ouverts. Nous devons débloquer l'impasse chypriote. Avec les négociations en cours à Chypre, il existe une opportunité unique de trouver un règlement détaillé pour réunifier l'île. J'utiliserai tous les instruments qui sont à ma disposition pour soutenir une solution à ce problème, écrit M. Füle. Dans un commentaire publié par le quotidien turc Zaman, Amanda Paul de l'European Policy Centre, un think tank bruxellois, écrit qu'à Chypre, la Turquie affirme qu'elle essaie toujours de trouver une solution et continue à nier ses mauvaises actions du passé, persistant à affirmer que son rôle dans le conflit chypriote était d'amener la paix à cette île et rejetant la faute ailleurs pour la division actuelle. C'est la même chose lorsqu'il s'agit des négociations d'adhésion avec l'UE. La faute pour la stagnation des négociations revient toujours à l'UE. Mais cette approche ne devrait pas être surprenante étant donné que beaucoup de Turcs sont tout simplement incapables d'accepter ou d'admettre que leur pays et l'Empire Ottoman avant lui aient pu se comporter d'une manière aussi déplorable. Ils sont incapables de gérer le passé et ils ont du mal à admettre que parfois la Turquie fait des erreurs. Au lieu de cela, ils préfèrent montrer les autres du doigt, a-t-elle conclu.  

Contexte : 

La division de Chypre représente l'une des questions les plus difficiles qui affectent les relations UE-Turquie, la future adhésion de la Turquie à l'UE dépendant de la résolution de ce différend.

Malgré des efforts répétés sous l'égide de l'ONU pour amener les dirigeants des communautés grecques et turques de Chypre à s'entendre, l'île est restée divisée depuis 1974.

En 1992, le secrétaire général de l'ONU Kofi Annan avait présenté un plan de réunification, suggérant une fédération des deux entités avec une présidence tournante, qui a soulevé l'enthousiasme.

En avril 2004, les Chypriote grecs ont rejeté le référendum sur le plan onusien connu sous le nom de Plan Annan, tandis que les Chypriotes turcs l'acceptaient. L'échec du référendum fut une déception pour l'UE, qui avait accepté de laisser Chypre rejoindre l'Union en partie avec l'espoir que cette initiative encouragerait une solution au problème chypriote. En mai 2004, la République de Chypre (partie grecque) est devenue un membre à part entière de l'UE.

Lors du sommet de décembre 2004, les dirigeants de l'UE ont convenu d'ouvrir les négociations d'adhésion à la Turquie à partir d'octobre 2005. L'une des conditions explicites était qu'Ankara étende son accord d'association de 1963 signé avec l'entité précédant l'UE, la Communauté économique européenne, aux dix nouveaux Etats membres de l'UE. Ce groupe incluait l'Etat chypriote grec, qui n'est pas reconnu par la Turquie.

En juillet 2005, la Turquie a signé un protocole étendant son union douanière aux dix nouveaux membres, mais Ankara a dans le même temps fait une déclaration affirmant que sa signature ne signifiait pas une reconnaissance de la République de Chypre. La Turquie a également refusé d'ouvrir ses ports et ses aéroports à Chypre, puisqu'elle prétend que l'UE ne commerce pas directement avec la partie nord non reconnue de l'île (EurActiv 08/01/10).

Jusqu'ici, seulement un chapitre d'adhésion (science et recherche) a été provisoirement fermé. Onze autres ont été ouverts, mais huit restent bloqués à cause de la non mise en œuvre par la Turquie du Protocole d'Ankara, qui dispose que l'accès aux ports devrait être garanti aux vaisseaux de la République de Chypre.

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