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Bruxelles somme les États membres d’arrêter les « distorsions » du marché énergétique

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Publié 16 novembre 2012

Les pays de l’UE devraient mettre un terme aux distorsions provoquées par l’intervention des États et intensifier les efforts afin de mettre en œuvre des règles pour le marché intérieur de l’énergie, ce qui permettrait aux consommateurs d’épargner 13 milliards d’euros par an, selon les estimations d'un rapport de la Commission publié jeudi (15 novembre).

La Commission européenne souhaite que les États membres diminuent graduellement les prix de l'électricité et du gaz, car elle estime que ces prix découragent les entreprises de chercher des options moins coûteuses et plus efficaces ainsi que d'entrer sur le marché.

Le manque de concurrence empêche donc le consommateur d'obtenir la meilleure offre, selon ce rapport. Des subventions sur les prix du gaz et de l'électricité engendrent des dettes qui se répercutent sur les contribuables. Ce rapport a indiqué que 18 États membres étaient en train de réguler les prix de l'énergie au détail.

La Commission a affirmé que les consommateurs de l'UE pourraient économiser des milliards d'euros s'ils optaient pour le tarif le moins cher, mais seulement un tiers des clients comparent les tarifs.

Ce rapport a exhorté les États membres à faire respecter le droit des consommateurs à changer de fournisseurs en trois semaines sans frais et à mener à bien le lancement de compteurs intelligents.

Des ménages en Belgique et aux Pays-Bas sont en train de tester un projet de négociation dans lequel ils opteraient ensemble pour un fournisseur qui offre les prix les plus intéressants, selon un reportage d'EurActiv publié plus tôt cette année.

Le projet semble se propager à d'autres États membres de l'UE. La BBC a, par exemple, indiqué la semaine dernière que l'organisation britannique Consumer Focus préconisait un changement collectif.

Procédures judiciaires

Dans cette communication, les États membres sont sommés d'accélérer la transposition et la mise en oeuvre des règles du marché intérieur de l'énergie étant donné que le délai a été dépassé il y 20 mois, en mars 2011.

L'exécutif européen a annoncé qu'il engagerait des procédures d'infractions contre les pays qui n'ont pas appliqué le troisième paquet énergie, demandant aux États membres la poursuite de l'application « rigoureuse » des règles en matière de concurrence en vue de garantir des conditions égales sur le marché de l'UE.

En septembre, la Commission a affirmé qu'elle avait entamé ces procédures contre les 18 pays qui n'avaient pas adopté la réglementation.

Pour l'instant, neuf pays n'appliquent pas la régulation des prix de l'énergie au détail, conformément au troisième paquet énergie : l'Allemagne, l'Autriche, la Finlande, le Luxembourg, les Pays-Bas, la République tchèque, le Royaume-Uni, la Slovénie et la Suède.

Les pays qui ne s'y conforment pas seront déférés à la Cour de justice de l'Union européenne, a expliqué un fonctionnaire de l'UE à EurActiv.

En septembre, la Commission a aussi annoncé l'ouverture d'une enquête sur les pratiques commerciales de Gazprom, le géant russe de l’énergie, soupçonnées d'être anticoncurrentielles.

La Commission envisage d'achever le marché unique de l'énergie d'ici 2014, mais s'est inquiétée de constater que les pays de l'UE ne sont pas sur la bonne voie pour atteindre l'objectif.

Le commissaire en charge de l'énergie, Günther Oettinger, a déclaré à des hommes d'affaires et des diplomates le 29 septembre : « Je dois être assez franc avec vous. Je doute qu'il soit possible d'atteindre l'objectif avant ce délai. »

Réactions : 

Le commissaire en charge de l'énergie, Günther Oettinger a déclaré : « Quand il s'agit de gaz et d'électricité, les citoyens et les entreprises s'intéressent à deux choses : la sécurité de l'approvisionnement à tout moment et des prix abordables. Le meilleur moyen d’y arriver est de mettre en place un marché de l'énergie européen qui fonctionne correctement. »

Le porte-parole des Verts au Parlement européen, Claude Turmes, a affirmé :

« Avec cette communication, le commissaire Oettinger essaie de privilégier l'industrie nucléaire et les centrales à charbon en déclin au détriment de l'énergie renouvelable. »

« La Commission vise à nouveau les systèmes de soutien national, qui se sont révélés efficaces dans la promotion de l'utilisation de l'énergie renouvelable, affirmant qu'ils constituent une menace pour le marché intérieur de l'énergie. [Cette approche] est complètement erronée. À l'inverse, des investissements dans l'énergie renouvelable apportent de nouveaux concurrents sur le marché de l'UE, sans risque pour la société. »

« La Commission perd toute crédibilité en tant qu'acteur impliqué dans la lutte en faveur d'un véritable marché intérieur de l'énergie. »

« Des prix régulés, des carburants fossiles, des subventions [dans l'industrie] nucléaire, la concentration du marché et le manque de transparence sur le marché sont les problèmes principaux auxquels il faut s'attaquer de toute urgence. La communication se concentre trop sur des mécanismes de soutien à l'énergie renouvelable et pas assez sur les distorsions les plus graves », a expliqué Paul Wilczek, conseiller sur les affaires réglementaires auprès de l'Association européenne de l'énergie éolienne (EWEA).

« C'est très décevant de voir que l'UE progresse aussi lentement vers un marché intérieur de l'énergie, 20 ans après la création du marché unique européen », a-t-il ajouté.

« Un marché unique européen de l'énergie qui fonctionne bien constitue l’une des conditions prérequises pour accomplir une transition rentable vers une économie à faible émission de carbone d'ici 2050. Pour ce faire, les États membres doivent appliquer beaucoup plus rapidement la législation du marché de l'énergie existante et éliminer des distorsions du marché comme les prix régulés et les plafonds », peut-on lire dans un communiqué d’Eurelectric, l'association européenne de l'industrie électrique.

Philippe de Buck, le directeur général de BusinessEurope, a déclaré :  « L'énergie est d'une importance capitale pour l'économie. Ce rapport montre la nécessité évidente d'appliquer le paquet européen de libéralisation de l'énergie. La Commission devrait soutenir [ce projet]. »

Un communiqué publié par le conglomérat financier indique : « la perspective d'un marché interconnecté et complètement intégré est toujours présente dans un avenir lointain. Il est nécessaire de mettre en oeuvre un paquet européen de libéralisation de l'énergie. »

The Energy Partnership, une association européenne d'entreprises d'énergie renouvelable, a affirmé : « La communication reconnaît que, malgré les engagements ambitieux de l'UE, nous ne disposons toujours pas d'un marché de l'énergie en plein état de marche. The Energy Partnership est d'accord avec la communication [sur le fait] que la faiblesse actuelle de la politique et des règles du marché empêchent les investissements nécessaires dans la production, la transmission et l'infrastructure. »

Frédéric Thoma, conseiller en politique énergétique européenne pour Greenpeace a constaté : « La Commission admet que certains obstacles se trouvent sur le chemin vers un marché de l'énergie moderne et intégré en Europe. Elle essaie cependant de soutenir plusieurs chevaux dans une course qui ne peut être remportée que par l'énergie verte. »

Dans son communiqué, Greenpeace a ajouté que la communication de la Commission « a raté une autre occasion de donner un signal clair vers la modernisation du système énergétique fondée sur les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique, conformément aux engagements européens en vue de réduire les émissions de carbone. »

John Harris, le vice-président et directeur des affaires gouvernementales de Landys+Gyr, une entreprise de compteurs électriques, a annoncé : « La communication met l'accent sur le caractère urgent pour les consommateurs de jouer un rôle plus actif sur le marché. Aucun doute ne subsiste sur le fait qu'un système intelligent est indispensable afin de fournir aux consommateurs les informations dont ils ont besoin [...] L’investissement dans les infrastructures énergétiques permettra aussi d'aider l'économie européenne à l'avenir. »

Prochaines étapes : 
  • 2014 : date butoir pour l’application du marché unique de l'énergie de l'UE

Marc Hall - traduit de l'anglais par Aubry Touriel
Contexte : 

Pour compléter le marché intérieur de l'énergie, un troisième paquet de directives sur le gaz et l'électricité a été adopté en 2009 avec des lignes directrices sur le découplage impliquant que les réseaux de transmission opèrent indépendamment de la production et de l'approvisionnement.

>> Lire le LinksDossier d'EurActiv sur la libéralisation de l'énergie

Un compromis a permis aux anciens monopoles d'État, comme GDF en France et E.ON ou RWE en Allemagne, de conserver leurs réseaux de gaz et d'électricité.

Toutefois, leur gestion a dû être confiée à une filiale indépendante, le gestionnaire des réseaux de transport (GRT), qui avait le pouvoir d'adopter son propre plan d'investissement annuel et de lever des fonds sur le marché des capitaux, notamment via l'emprunt et l'augmentation de capital.

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