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Conflit Croatie-Serbie : l'UE appelle à la prudence

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Publié 07 octobre 2011, mis à jour 10 octobre 2011
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Croatia, ICTY, Serbia, war crimes

L'UE a exhorté à la « prudence » hier (6 octobre), alors que la tension monte entre la Croatie, un pays candidat à l'UE qui devrait devenir son 28e Etat membre, et sa voisine, la Serbie, qui a accusé des citoyens croates de crimes de guerre lors des guerres fratricides entre 1991 et 1995. EurActiv Serbie a contribué à cet article.

La Commission européenne a appelé à la prudence s'agissant du souhait de la Croatie d'adopter un projet de loi déclarant nuls et non avenus tous les documents juridiques serbes qualifiant des citoyens serbes de suspects, d'accusés ou de condamnés.

Ce projet de loi, qui a été approuvé par le parlement croate mardi, a été rédigé à la hâte après que la Serbie a formulé des accusations de crimes de guerre contre des citoyens croates, dont d'éminentes personnalités politiques, comme Vladimir Šeks, ancien président du parlement membre du HDZ, le principal parti centre-droit au pouvoir en Croatie.

Les relations entre Belgrade et Zagreb ont été mises à l'épreuve à plusieurs reprises cette année. L'arrestation du vétéran croate Tihomir Purda en Bosnie en mars 2011 suite à un mandat d'arrêt délivré par la Serbie pour crimes de guerre a ravivé les tensions.

Belgrade a récemment critiqué la première ministre croate, Jadranka Kosor pour sa déclaration à l'occasion de l'anniversaire de l'opération Tempête (voir « Contexte »), car elle avait salué les généraux Ante Gotovina et Mladen Markač pour leur travail [plus d'infos].  Les deux hommes avaient été condamnés par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) en première instance pour des crimes de guerre commis lors de cette opération.

Belgrade a également critiqué Mme Kosor pour s'être rendue au Kosovo et pour les déclarations qu'elle a prononcées sur place fin août.  Elle s'est rendue dans l'ancienne province serbe alors qu'une crise faisait rage dans le nord du Kosovo, et Belgrade a craint qu'elle ne présente la Croatie comme le meilleur ami du Pristina.

Des journalistes ont demandé à Mme Kosor mercredi si des sanctions seraient prises contre le ministre de la justice, Dražen Bošnjaković, dans la mesure où ce dernier ne l'a pas informée, elle ou son gouvernement, des accusations de crimes de guerre formulées par les autorités serbes à l'encontre de citoyens croates.

Mme Kosor a répondu qu'il était difficile d'accepter les explications de M. Bošnjaković, selon lesquelles ces accusations n'étaient pas vraiment importantes. Elle a également ajouté que le ministère de la justice aurait dû l'en informer immédiatement, a rapporté l'agence de presse HINA.

« Si j'avais été au courant de ces accusations, j'aurais pris des mesures. Nous aurions en premier lieu prévenu les vétérans croates cités dans ces accusations pour qu'ils sachent à quoi s'en tenir », a-t-elle déclaré. Elle a ajouté dans ce cas-là, des mesures auraient immédiatement été prises pour adopter une loi qualifiant ces accusations serbes de nulles et non avenues.

Accusations en amont des élections

Mme Kosor a affirmé que la Croatie avait l'intention de poursuivre toutes les personnes accusées de crimes de guerre, mais qu'elle n'accepterait pas que la Serbie étende sa juridiction à la Croatie ou harcèle des vétérans croates, d'autant plus que la Croatie célèbre cette année ses 20 ans d'indépendance.

La première ministre a accusé le président, Ivo Josipović, d'être au courant des accusations serbes, mais de ne pas en avoir informé le gouvernement.

Les tensions entre Mme Kosor et M. Josipović, un socio-démocrate, s'intensifient en amont des élections législatives de décembre.

M. Josipović n'avait pas connaissance de ces accusations lorsqu'elles ont été formulées par la Serbie, mais il a demandé des informations aux institutions concernées après qu'elles ont été rendues publiques, ont déclaré ses services dans un communiqué mercredi.

« Le président de la République recommande au gouvernement et au parlement de ne pas adopter ce projet de loi, mais d'immédiatement commencer à travailler sur la conclusion d'un traité international qui permettra d'éviter les abus en termes de poursuites pour crimes de guerre et de s'assurer qu'aucun crime ne restera impuni », peut-on lire dans le communiqué.

Malgré ces récents évènements, la Serbie et la Croatie continuent d'améliorer l'état de leurs relations : les visites mutuelles et les réunions entre leurs hauts fonctionnaires sont presque devenues monnaie courante.

Les discours agressifs et le refroidissement des relations avec la Serbie, ainsi que le nouveau projet de loi, sont considérés par certains comme faisant partie de la campagne électorale du parti de Mme Kosor, le HDZ. Ce parti politique conservateur, fondé par Franjo Tudjman, le premier président du pays, résolument nationaliste, accorde une attention toute particulière aux besoins et au statut des vétérans.

Jadranka Kosor cherche l’ennemi dans ses propres rangs
Contexte : 

La Croatie s'est battue pour obtenir son indépendance de l'ancienne Yougoslavie lors d'une guerre qui a duré de 1991 à 1995. Des atrocités ont été commises des deux côtés lors de ce conflit fratricide.

Certaines des questions qui minent toujours les relations bilatérales sont le sort des personnes qui ont disparu durant la guerre, le retour des réfugiés serbes qui ont quitté la Croatie pendant le conflit, les crimes de guerre, la division du territoire de l'ancienne Yougoslavie et les procès pour génocide.

La Serbie a entamé des poursuites contre la Croatie pour génocide auprès de la Cour internationale de justice le 4 janvier 2010, ce qui a été considéré comme une vengeance contre la Croatie pour un procès entamé précédemment.  Les accusations de génocide formulées par la Serbie concernent l'opération Tempête de 1995, tandis que la Croatie reproche à Belgrade le nettoyage ethnique opéré par Slobodan Milosevic. 

Juste après les élections présidentielles croates du 10 janvier 2010, le nouveau président, Ivo Josipović, a entrevu un dénouement possible à la guerre juridique entre son pays et la Serbie à la Cour pénale internationale de La Haye s'agissant des accusations de génocide.

En juillet 2010, M. Josipović s'est rendu pour la première fois en visite officielle en Serbie. Le président croate et son homologue serbe, Boris Tadić, se sont mis d'accord sur le fait qu'il n'y avait pas de raison « de regarder en arrière ».

Pour sa part, le président serbe, Boris Tadić, s'est excusé en novembre 2010 pour les crimes commis à Vukovar, une ville croate dévastée lors de la guerre d'indépendance au début des années 1990.  Ce geste a été très apprécié par le commissaire à l'élargissement, Štefan Füle.

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