Les dirigeants ont tenté d’atteindre un compromis sur la nouvelle version du budget à long terme de l'UE (2014-2020) présentée par le président du Conseil, Herman Van Rompuy. Ils essaieront de trouver une solution pour le budget en février 2013.
Manoeuvres diplomatiques de Berlin
Plusieurs sources ont indiqué à EurActiv que c'était dans l'intérêt de la chancelière allemande, Angela Merkel, de reporter l'accord sur le budget à l'année prochaine dans la mesure où elle s'est tournée vers le premier ministre britannique, David Cameron.
Selon ces sources, Mme Merkel a proposé son soutien à M. Cameron en faveur de coupes budgétaires supplémentaires après le sommet de décembre afin de faciliter l'accord de Royaume-Uni sur l'union bancaire.
Si Mme Merkel avait aidé M. Cameron à atteindre un résultat acceptable plus tôt, elle aurait risqué de ne rien recevoir en échange de son aide.
Cette idée concorde avec le fait que les dirigeants européens étaient « très proches » d'un accord sur le budget pour 2014-2020 sur la base de la dernière proposition du président du Conseil, Herman Van Rompuy, ont indiqué à EurActiv des sources proches de la présidence chypriote.
Cette idée explique également plusieurs manoeuvres diplomatiques complexes effectuées par Berlin lors du sommet et qui ont laissé perplexes les partenaires de l'Allemagne.
Un pied dans chaque camp
L'Allemagne joue le rôle de pivot entre deux groupes de contributeurs nets. D'un côté, il y a les partisans d'une augmentation du budget de l'UE et d'argent alloué à la PAC et au fonds de cohésion : la France et l'Italie. De l'autre, le Royaume-Uni, le porte-étendard des contributeurs nets en faveur de coupes budgétaires, la Suède et les Pays-Bas.
Lors d'une réunion bilatérale avec le président français, François Hollande, hier soir (22 novembre), Mme Merkel a demandé de réduire davantage la plus récente proposition de 30 milliards d'euros pour le CFP (voir articles précédents).
Alors que Mme Merkel a plaidé en faveur de coupes supplémentaires, ce qui semblait apaiser M. Cameron, Berlin a fait pression sur le Royaume-Uni, dans le cas où le premier ministre tenterait d'opposer son veto.
Angela Merkel est restée énigmatique à l'issue du sommet vendredi après-midi. Elle a indiqué aux journalistes que l'ambiance avait été amicale et que des divergences subsistaient, mais elle n'a mentionné aucune coupe budgétaire, contrairement à David Cameron.
Lorsqu'on lui a demandé si elle soutenait la position de M. Cameron qui demande des coupes supplémentaires, elle a répondu : « Je soutiens ma position, c'est-à-dire trouver un accord entre les 27 États membres. »
« Lorsque je suis arrivée ici, je pensais qu'il y aurait un certain nombre de choses tout simplement insurmontables. Maintenant, après le déjeuner et une bonne nuit, les gens ont apporté bonne volonté et efforts à table afin de réellement conclure un accord », a-t-elle ajouté.
« [Angela] Merkel joue un jeu habile et a un pied dans chaque camp », a déclaré à EurActiv un fonctionnaire de l'UE.
« Elle a maintenant l'occasion d'utiliser sa position sur le budget comme levier pour que M. Cameron accepte l'union bancaire », a ajouté cette source.
Même si les États membres ont des positions très divergentes sur le CFP, aucun des « grands pays » n'a fait obstacle, mais plusieurs « petits pays » auraient joué les fauteurs de trouble.
>> Lire : La nouvelle proposition de budget de l’UE en chiffres
Aucun des grands États membres, dont le Royaume-Uni, n'a soulevé des sujets qui menaçaient de miner le sommet. « Tout le monde s'attendait à ce que M. Cameron casse tout. Mais [il] a adopté une approche différente. Maintenant personne ne peut dire que le Royaume-Uni est responsable de ce qui s'est passé », a déclaré un diplomate qui a assisté au débat.
M. Cameron aurait adopté un ton « très diplomatique » et aurait déclaré à ses collègues qu’il était présent à ce sommet pour trouver un accord. Selon ce diplomate présent lors du débat, M. Cameron était prêt à accepter une coupe budgétaire de 100 milliards d'euros, bien qu'il ait demandé une réduction de 200 milliards d'euros lors des réunions bilatérales avec Herman Van Rompuy.
La Roumanie joue les fauteurs de troubles
Dans le même temps, des sources ont indiqué à EurActiv que les fauteurs de trouble du sommet étaient la Finlande et les Pays-Bas, ce qui n'est pas surprenant étant donné que ces contributeurs nets ont insisté sur des coupes et des rabais supplémentaires.
Le Portugal, touché par la crise, et un nouvel État membre, la Roumanie, ont tous deux plaidé à voix basse en faveur d'un budget plus élevé.
« C'est la raison pour laquelle c'est dommage. [Aucun des] grands États membres ne s’y est opposé » a-t-il regretté.




