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Le revirement de Barroso, un signe du passage à gauche de l'Europe ?

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Publié 05 octobre 2011, mis à jour 10 octobre 2011

Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, est une « girouette » qui se place du côté des socialistes concernant la lutte contre la crise dans la zone euro, car il pressent que « trois grands pays de l'UE passeront bientôt à gauche », ont déclaré d'éminents socialistes hier (4 octobre).

Trois anciens premiers ministres socio-démocrates ainsi qu'un éminent membre socialiste du gouvernement belge ont déclaré que le récent discours de M. Barroso sur l'état de l'Union contenait des idées inspirées par la gauche européenne.

L'ancien premier ministre italien, Massimo D'Alema, l'ancien premier ministre autrichien, Alfred Gusenbauer, et l'ancien premier ministre danois, Poul Nyrup Rasmussen, qui préside également le Parti des Socialistes européens (PES), se sont exprimés aux côtés de Paul Magnette, le ministre socialiste belge en charge de l'énergie dans le gouvernement intérimaire.

Lors de son discours prononcé le 28 septembre à Strasbourg, M. Barroso a plaidé pour l'introduction d'une taxe sur les transactions financières (voir « Contexte »), un cheval de bataille particulièrement cher aux socialistes.

Il a également plaidé pour une forme adoucie d'euro-obligations, des « obligations de stabilité », qui ne requerraient pas de modification des traités. Il a annoncé que l'exécutif européen ferait des propositions spécifiques au cours des prochaines semaines à ce sujet.

Les euro-obligations ont été défendues avec ferveur par Guy Verhofstadt, l'ancien premier ministre belge et leader du groupe libéral ALDE au Parlement européen. Elles ont également le soutien du centre-gauche européen, mais la chancelière allemande, Angela Merkel, y reste fortement opposée.

M. Barroso souhaiterait également un budget de 1000 milliards d'euros pour l'UE pour la période 2014-2020, en comparaison au budget actuel de 976 milliards d'euros. Il s'agit d'une augmentation de 4,8 %, bien au-delà des 2 % d'inflation enregistrés au cours des dix dernières années.

De nombreux chefs d'Etat et de gouvernement de centre-droit souhaiteraient une réduction du budget afin qu'il reflète davantage les mesures d'austérité prises au niveau national dans ce contexte de crise.  Poul Nyrup Rasmussen a déclaré : « Si l'austérité est la réponse à la crise, l'Europe court à sa perte ».

EurActiv a demandé aux dirigeants de centre-gauche, qui se sont exprimé à l'Université libre de Bruxelles (ULB) lors d'une réunion organisée par la Fondation européenne d'études progressistes, s'ils appréciaient que M. Barroso défende les mêmes idées qu'eux pour lutter contre la crise.

Inversion des rôles

L'ancien premier ministre italien, Massimo D'Alema, a répondu que le revirement de M. Barroso était le « signe d'un changement politique en Europe ».

« Dans trois grands pays de l'UE, le changement est proche », a-t-il affirmé. Il n'a pas souhaité en dire davantage en public, mais il a ensuite confié à EurActiv qu'il était optimiste quant à la victoire des socialistes aux élections présidentielles françaises de mai prochain et à l'établissement d'une coalition rouge-verte pour remplacer l'actuel gouvernement en Allemagne.  Les prochaines élections fédérales en Allemagne devraient avoir lieu en septembre ou octobre 2013.

En Italie, M. D'Alema pense que des élections anticipées pour faire tomber le premier ministre, Silvio Berlusconi, mèneraient à un gouvernement de coalition, où le Partito Democratico, le parti social-démocrate italien, jouerait un rôle majeur. Les sondages placent en effet ce parti loin devant Popolo della Libertà, celui de M. Berlusconi.

Paul Magnette, qui est également professeur à l'ULB, a qualifié M. Barroso de « girouette », dans la mesure où il a opéré de nombreux changements de direction au cours de sa carrière politique.

La carrière de M. Barroso fait penser à des montagnes russes politiques. Il a commencé son évolution en tant que jeune leader maoïste après la révolution démocratique qui a eu lieu en 1974 dans son pays natal, le Portugal. Il a ensuite radicalement changé de direction lorsqu'en tant que premier ministre, il a organisé une réunion pro-guerre cruciale dans les Açores le 16 mars 2003, à laquelle ont participé George W. Bush, Tony Blair et José Maria Aznar d'Espagne. L'invasion irakienne a débuté le 20 mars, quatre jours après cette réunion.

M. Magnette est du même avis de M. D'Alema sur le fait que l'évolution apparemment progressive de M. Barroso annonce un profond changement politique.

Toutefois, les dirigeants de centre-gauche ont également précisé que les propositions du président de la Commission devraient encore être examinées en détail. M. Gusenbauer a déclaré que le PES souhaitait une TTF générale applicable immédiatement, alors que le centre-droit préfèrerait laisser certaines questions en suspend et reporter la décision à 2014.

M. Rasmussen a remis en question la nécessité d'attendre 2014 et la fin du mandat de M. Barroso. Il a ajouté que les propositions de M. Barroso pouvaient paraître « progressives » à première vue, mais qu'elles arrivaient en réalité trop tard.

M. Rasmussen s'est également dit satisfait que Helle Thorning-Schmidt, la présidente des Sociaux-démocrates dans son pays d'origine, le Danemark, soit devenue la première femme à occuper le poste de premier ministre suite aux élections de septembre dernier. Le Parti social-démocrate était le plus grand parti de l'opposition depuis 2001, après huit ans à la tête du pays.

Le Danemark a été salué par la Commission hier (4 octobre) pour avoir suspendu la politique du précédent gouvernement de centre-droit s'agissant de la réinstauration des contrôles aux frontières. 

Georgi Gotev – Article traduit de l'anglais par Amandine Gillet 

Prochaines étapes : 
  • 6 mai 2012 : second tour des élections françaises.
  • Sept. ou oct. 2013: élections fédérales en Allemagne.
Georgi Gotev
Contexte : 

Lors de son discours annuel sur l'état de l'Union prononcé le 28 septembre, le président de la Commission, José Manuel Barroso, a admis que l'UE était face à la crise de confiance la plus sévère de son histoire. Il a présenté des propositions pour avancer vers une union économique, appelant les dirigeants européens à soutenir une meilleure intégration.

« Les réponses populistes remettent en cause les grandes réussites de l'Union européenne: l'euro, le marché unique, et même la liberté de circulation des personnes », a-t-il ajouté. « Si nous n'avançons pas dans l'intégration, nous risquons la fragmentation », a prévenu le président de la Commission.

Malgré la complexité de la situation, M. Barroso a affirmé que des solutions existaient. Il a déclaré que la Grèce resterait membre de la zone euro et que la Commission ferait une proposition pour une représentation extérieure unifiée de la zone euro.

Il a également avancé que la Commission présenterait plusieurs options pour l'introduction d'« obligations de stabilité » au cours des semaines à venir. Cette émission de dette commune sera assortie de règles qui récompenseront ceux qui appliquent les règles et dissuaderont les autres de s'en écarter, a-t-il ajouté.

Enfin, M. Barroso a annoncé que la Commission avait adopté aujourd'hui une proposition pour une taxe sur les transactions financières qui, selon lui, permettrait de générer plus de 55 milliards d'euros par an (en savoir plus sur la TFF).  Cette proposition a toutefois été critiquée par la principale organisation d'employeurs de l'UE, BusinessEurope.

Les trois plus grands groupes politiques ont quant à eux largement soutenu cette idée.

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