EurActiv Logo
Actualités & débats européens
- dans votre langue -
Click here for EU news »
EurActiv.com Réseau

TOUTES LES RUBRIQUES

Les agriculteurs coincés entre la production alimentaire et la pollution

Version imprimable
Send by email
Publié 22 novembre 2012, mis à jour 14 décembre 2012

ÉDITION SPÉCIALE / L’agriculture demeure une menace importante pour la qualité de l’eau en Europe, selon un récent rapport de l’Agence européenne pour l’environnement (AEE). Les agriculteurs et les décideurs politiques européens soulignent également le compromis entre les objectifs de conservation et la pression en vue d’augmenter la production alimentaire.

Alors que d'autres sources de pollution ont été assainies, l'organisme de surveillance de l'Union européenne pour l'environnement indique que l'agriculture intensive contribue à des « charges importantes de polluants » dans les eaux de surface.

Une nouvelle évaluation de l'Agence européenne pour l'environnement révèle que 48 % des cours d’eau et des lacs dans l'UE n'atteindront pas un bon état écologique d'ici 2015, conformément à la directive-cadre sur l'eau de 2000.

Selon le rapport de l'AEE, l'excès d'éléments nutritifs des engrais constitue le problème principal. Il engendre notamment la croissance d’algues qui interrompt l'apport d'oxygène pour les poissons et les plantes vivantes des lacs, des ruisseaux et des baies.

« La production agricole est de plus en plus intensive et l'utilisation d'engrais et de pesticides est élevée, ce qui provoque des charges importantes de polluants dans le milieu aquatique en raison d'une pollution diffuse », révèle l'AEE dans son nouveau rapport sur l'évaluation de l'état de l'eau en Europe.

La proposition de la Commission européenne sur l'eau, publiée un jour plus tard, le 15 novembre, appelle à une mise en oeuvre plus efficace des règles de l'UE à l'échelle nationale afin de réduire la pollution causée par « des nutriments et/ou d'autres produits chimiques provenant de l'agriculture, des ménages et de l'industrie. »

Augmenter l'approvisionnement alimentaire

La lutte contre la pollution est toutefois conçue pour aller à l'encontre des craintes en matière de sécurité alimentaire.

En Europe et dans le monde, les agriculteurs sont incités à améliorer leur productivité afin de répondre à la réduction de l'approvisionnement alimentaire, à la montée des prix ainsi qu'à la prévision démographique de 9 milliards d'être humains d'ici un demi-siècle, contre 7 milliards à l'heure actuelle.

Récemment, de graves sécheresses en Afrique orientale, en Australie, aux États-Unis et en Russie ont alimenté la spéculation sur les matières premières et l'augmentation des prix alimentaires. Elles ont également révélé la vulnérabilité des réserves et la nécessité de garantir un approvisionnement à long terme.

Au Parlement européen, ces craintes ont trouvé un écho chez des décideurs politiques clés.

« Contrairement à mes collèges des Verts, je comprends la valeur des nutriments », a déclaré l'eurodéputé britannique libéral démocrate George Lyon, un agriculteur écossais membre de la commission parlementaire de l'agriculture, lors d'une récente table ronde sur les engrais et la sécurité alimentaire. « Sans nutriments, la production agricole actuelle serait inférieure aux niveaux de la Seconde Guerre mondiale. »

Des associations de défense de l'agriculture, des engrais et des cultures indiquent que l'utilisation intelligente des nutriments et des pesticides peut stimuler les rendements tout en minimisant l'impact sur l’environnement.

En octobre, Fertilizers Europe, une association du secteur, a lancé une campagne sur les engrais azotés directement assimilables. Cette campagne vise à encourager l'utilisation à bon escient du nitrate et des formes d'engrais à base de nitrate d'ammonium, ce qui améliorerait les rendements et réduirait la lixiviation de minéraux dans l'eau douce. Des associations de défense des pesticides ont lancé des campagnes comparables pour les agriculteurs.

Selon le secteur, une meilleure utilisation des engrais présente un avantage pour l'environnement. Une meilleure productivité réduit la nécessité de la déforestation et des jachères pour l'agriculture, surtout dans les pays en développement à croissance rapide.

En Afrique subsaharienne, par exemple, les terres arables sont les moins productives du monde. La demande alimentaire contraint pourtant les agriculteurs à défricher des forêts et des prairies naturelles. Des scientifiques affirment que le problème n'est pas entièrement causé par l'homme. Le continent dispose de déserts et de marécages immenses, mais inutilisables pour des cultures ou du pâturage. Dans d'autres régions, la salinité et la quantité d'acides présents dans les sols sont élevées.

Un rapport récent publié par les Nations unies sur le développement humain en Afrique se concentre sur la sécurité alimentaire. Il indique également que les mauvaises récoltes et la faible productivité, la peur des engrais et les pratiques rudimentaires d'irrigation constituent les facteurs principaux des pénuries alimentaires en Afrique subsaharienne. Des données de l'ONU révèlent qu'en moyenne, les agriculteurs africains retirent quatre fois plus de nutriments pendant les récoltes qu'ils n'en remettent dans le sol, ce qui diminue progressivement la productivité des terres arables.

Des défenseurs de l'environnement se méfient de l'agriculture intensive aussi bien dans les pays avancés qu'en développement. Ils soulignent que la réduction des déchets alimentaires est une manière plus efficace de garantir un approvisionnement suffisant. Ils soutiennent également que les nutriments chimiques non seulement présentent des conséquences pour les réserves d'eau douce, mais nuisent également au sol.

Difficultés croissantes

Selon certains experts, il est nécessaire de combiner différentes pratiques pour nourrir et protéger une planète en pleine croissance.

Ben Woodcock du National Environment Research Council britannique conseille aux agriculteurs et aux décideurs politiques de combiner l'agriculture intensive au développement des zones tampons et aux habitats naturels capables de protéger les plans d'eau. Il suggère aussi d'améliorer la qualité du sol et d'encourager la vie sauvage comme les pollinisateurs et les prédateurs d'insectes nuisibles.

« Le problème est que cela peut aller dans les deux sens. Si l'on continue à détruire les terres arables et à réduire l'ensemble des habitats semi-naturels, ces services écosystémiques vont diminuer », a-t-il déclaré à EurActiv.

M. Woodcock a ajouté que la révolution verte qui a suivi la Seconde Guerre mondiale et l'utilisation des engrais chimiques et des pesticides ont provoqué une première augmentation des rendements, « mais ce qu'il se passe de plus en plus souvent, c'est qu' [elle] se dissipe progressivement ».

« Si nous continuons d'accroître les rendements agricoles à l'avenir, nous devrons utiliser [autre chose] que de simples pratiques de gestion traditionnelle comme les pesticides, les engrais et ce genre de choses. Nous devrons utiliser davantage d'autres services écosystémiques, comme la lutte contre les nuisibles, la pollinisation, et tous ces services [...] devraient augmenter les rendements agricoles à long terme. »

Tim Benton, professeur d'écologie des populations à l'Université de Leeds, considère que l'utilisation d'engrais destinée à la stimulation de la production agricole présentent des avantages pour l'environnement.

« La conversion de nouvelles terres constitue le coût environnemental principal de l'agriculture et a également les conséquences les plus importantes sur le changement climatique et la biodiversité », a déclaré M. Benton, l'ambassadeur britannique de Global Food Security.

Selon lui, il est possible d’augmenter la production agricole dans les pays avancés et en développement qui sont sous pression en raison de l'augmentation du nombre de bouches à nourrir et de la classe moyenne.

« Le tout, c'est de réfléchir », a-t-il déclaré à EurActiv. « Nous faisons pression sur l'Europe pour une agriculture de précision accrue, une utilisation plus efficace des ressources, etc. afin de limiter les conséquences [pour l’environnement]. Il n'y a aucune raison de ne pas y être attentif partout dans le monde, notamment dans les petites exploitations agricoles. »

Réactions : 

Jacqueline McGlade, la directrice générale de l'Agence européenne pour l'environnement, a déclaré qu'il fallait faire davantage pression sur les gouvernements nationaux de l'UE afin d'améliorer la qualité de l'eau. « [La qualité] des eaux européennes s'est fortement améliorée ces deux dernières décennies étant donné que la législation a permis la réduction de plusieurs types de pollution et l'amélioration du traitement des eaux usées. Il semble toutefois que les États membres de l'UE manqueront de loin leurs prochains objectifs. Ils doivent donc rapidement réaliser des efforts afin de protéger aussi bien la santé humaine que les écosystèmes dont nous dépendons », a-t-elle indiqué lors de la publication du nouveau rapport de l'agence sur l'état de l'eau en Europe.

Un récent rapport des Nations unies sur le développement humain en Afrique se concentre sur la sécurité alimentaire. Il indique que la pauvreté et les problèmes de développement seront amplifiés par l'augmentation de la population d’Afrique subsaharienne, qui devrait passer de plus de 800 millions aujourd'hui à 2 milliards d'ici 2050. « Afin de répondre à la demande alimentaire croissante, il faudra favoriser les rendements agricoles de manière substantielle au cours des cinquante prochaines années et atténuer les pressions sur la production agricole causées par le changement climatique et les pratiques agricoles actuelles. Seules des augmentations strictes et durables dans la productivité agricole donneront lieu à une production agricole, à des revenus et des moyens d'existence, afin de rester en phase avec ces évolutions. »

Prochaines étapes : 
  • 2015 : les fleuves d'Europe devront atteindre un bon état écologique conformément à la directive-cadre sur l'eau de 2000

Timothy Spence - Article traduit de l'anglais
Photo: The New Partnership for Africa's Development
Contexte : 

L'agriculture contribue à la pollution azotée des eaux européennes. Alors que les concentrations ont diminué de 11 % depuis 1992, un rapport de l'Agence européenne pour l'environnement (AEE) sur l'état de l'eau en Europe indique que les apports d'engrais minéraux et de fumier « demeurent importants et [que] nous devons faire plus attention à obtenir de l'eau propre ».

Le rapport de l'AEE semble soutenir la proposition de la Commission de révision de la politique agricole commune, actuellement mise de côté en raison de désaccords politiques et d'incertitudes sur le financement pour après 2013.

Le projet du commissaire en charge de l'agriculture, Dacian Cioloş, publié l'année dernière, vise à relier 30 % des subventions agricoles à une obligation pour que les agriculteurs préservent des « surfaces d’intérêt écologique » d'au moins 7 % des terres arables grâce à des bandes tampons, des jachères et des zones forestières, afin de réduire la pollution agricole des cours d'eau.

A lire aussi

More in this section

Publicité

Vidéos

Video General News

Euractiv Sidebar Video Player for use in section aware blocks.

Video General Promoted 4

Euractiv Sidebar Video Player for use in section aware blocks.

Publicité

Publicité