Le nuage (des infrastructures, logiciels, données ou applications non présentes dans les entreprises et auxquels on accède via Internet) peut permettre de réaliser des économies d'échelle en réduisant les coûts liés au matériel et les coûts par unité des PME lorsque la demande augmente.
« En parlant avec des PME dans de nombreux Etats membres, nous nous sommes rendu compte qu'elles avaient peur de ce qui pourrait arriver à leurs données. Les PME doivent recevoir des informations sur l'ampleur du risque que des tiers aient accès à leurs données », a expliqué Mauricevan der Woude, le directeur général d'Eurocloud Europe, une association professionnelle soutenue par Microsoft et d'autres entreprises.
Les PME peuvent faire des économies grâce au nuage
Le problème réside dans le fait que les entreprises ne sont pas conscientes des différentes opportunités, a affirmé M. der Woude. « Il serait bénéfique pour les PME qu'elles reçoivent une formation à ce sujet, car ça progresse vraiment trop lentement ».
Nigel Gibbons, le directeur d'Unitech, une PME qui travaille dans le domaine des nouvelles technologies, a expliqué que les PME perdaient chaque année 1,2 milliards d'euros, de l'argent qu'elles pourraient investir, en ne passant pas au cloud computing.
Il a affirmé qu'ils avaient abouti à ce chiffre en calculant les économies que réaliseraient les PME britanniques en passant dans le nuage, puis qu'ils avaient appliqué ces données à l'UE.
Des initiatives sont en cours pour tenter de rassurer les PME grâce à l'information et à la création d'une nouvelle réglementation paneuropéenne, une idée qui reste toutefois controversée, ont pu entendre les décideurs politiques et les industriels présents au symposium de Microsoft à Bruxelles.
André Richier, un fonctionnaire de la DG Entreprise de la Commission européenne, a reconnu que les PME restaient prudentes dans leur approche face au cloud computing. Il a affirmé que la solution était de mettre en place des programmes de formation efficaces, ce que la DG Entreprise a déjà amorcé, pour viser les étudiants des écoles de commerce en Europe.
Concernant une éventuelle réglementation, M. Richier a déclaré : « Où sont les cyberflics ? Nous avons des problèmes avec les fraudeurs et nous devons réfléchir à un régime réglementaire, car il s'agit là d'une chose très importante pour les entreprises ».
Le Parlement souhaite légiférer
Concernant l'éventualité de créer une réglementation spécifique relative au nuage, Rainer Zimmermann, le chef de l'unité logiciels à la DG Société de l'information de la Commission européenne, a prévenu que si aucune proposition n'était présentée, le Parlement européen tenterait d'imposer une législation trop compliquée dès qu'il en aurait l'opportunité.
Il a déclaré : « Si aucune solution n'est proposée, nous devrons accepter une solution bureaucratique de la pire espèce. Nous serons face à un monstre de bureaucratie si nous ne réglons pas ces questions d'intérêt général dès le début ».
L'eurodéputée socialiste hongroise Edit Herczog, qui est membre de la commission de l'industrie, de la recherche et de l'énergie au Parlement, a déclaré que le Parlement ne devrait pas être considéré comme la source du problème.
Elle a déclaré : « Si nous n'agissons pas ensemble à l'échelle de l'UE, nous courons le risque que chaque pays commence à régler le problème à sa manière ».
L'UE reste prudente
Malgré les efforts de l'UE, les lois visant à protéger et stocker les données sont obsolètes et ne peuvent pas régler les problèmes juridiques que pose le cloud computing, comme le fait de déterminer qui détient les données qui ne sont plus gérées in situ.
Lorsqu'une entreprise traite des données au Royaume-Uni, les stocke sur un serveur en Irlande, mais les envoie via la France (si elle dispose d'une filiale française), il est difficile de savoir quelle loi s'appliquera en cas de litige.
Les régulateurs sont conscients de cette masse de questions sans réponses et consultent actuellement l'industrie et les autorités de protection des données, alors que l'industrie tente quant à elle d'influer sur la portée du futur cadre juridique.
En novembre 2010, la commissaire européenne en charge de l'agenda numérique, Neelie Kroes, a demandé aux fournisseurs de services de cloud computing d'assurer la sécurité des données pour leurs services et produits. Lors du Forum économique mondial à Davos, elle a affirmé que l'UE travaillait d'arrache-pied pour mettre à jour les règlementations relatives à la protection des données.
Le cloud computing est mis en exergue dans l'agenda numérique pour l'Europe, et la commissaire et vice-présidente de la Commission Neelie Kroes a annoncé cette année le lancement d'une stratégie sur l'informatique en nuage pour l'Europe.
Elle souhaite rendre l'Europe « cloud-friendly », en mettant sur pied le cadre réglementaire adéquat, mais aussi « cloud-active », ce qui signifie qu'elle voudrait que le secteur informatique européen, et surtout les PME, saisissent l'opportunité de devenir des leaders dans ce domaine.
Pour ce faire, Mme Kroes a lancé des consultations privées et publiques avec les parties prenantes du secteur, prenant en compte autant les aspects de l'offre que de la demande.
Au cours de ces deux dernières années, la DG Société de l'information a fait des recherches sur le cloud computing et ses différences par rapport aux autres systèmes informatiques. Elle a également exploré les différentes opportunités qu'il pouvait représenter pour l'industrie européenne.
Ces recherches ont abouti à deux rapports, l'un rédigé par un groupe d'experts sur l'avenir du cloud computing, et l'autre rédigé par l'Agence européenne chargée de la sécurité des réseaux et de l'information (ENISA) sur la sûreté du nuage.
Jeremy Fleming - Article traduit de l'anglais par Amandine Gillet




