EurActiv Logo
Actualités & débats européens
- dans votre langue -
Click here for EU news »
EurActiv.com Réseau

TOUTES LES RUBRIQUES

Les PME rechignent à utiliser le cloud computing

Version imprimable
Send by email
Publié 05 octobre 2011, mis à jour 14 février 2012

Les PME européennes pourraient engendrer des bénéfices supplémentaires d'1,2 milliard d'euros si elles décidaient de se lancer dans l'informatique en nuage (« cloud computing »), ont expliqué les participants à une table ronde hier (4 octobre).

Le nuage (des infrastructures, logiciels, données ou applications non présentes dans les entreprises et auxquels on accède via Internet) peut permettre de réaliser des économies d'échelle en réduisant les coûts liés au matériel et les coûts par unité des PME lorsque la demande augmente.     

« En parlant avec des PME dans de nombreux Etats membres, nous nous sommes rendu compte qu'elles avaient peur de ce qui pourrait arriver à leurs données. Les PME doivent recevoir des informations sur l'ampleur du risque que des tiers aient accès à leurs données », a expliqué Mauricevan der Woude, le directeur général d'Eurocloud Europe, une association professionnelle soutenue par Microsoft et d'autres entreprises.

Les PME peuvent faire des économies grâce au nuage

Le problème réside dans le fait que les entreprises ne sont pas conscientes des différentes opportunités, a affirmé M. der Woude.  « Il serait bénéfique pour les PME qu'elles reçoivent une formation à ce sujet, car ça progresse vraiment trop lentement ».

Nigel Gibbons, le directeur d'Unitech, une PME qui travaille dans le domaine des nouvelles technologies, a expliqué que les PME perdaient chaque année 1,2 milliards d'euros, de l'argent qu'elles pourraient investir, en ne passant pas au cloud computing.

Il a affirmé qu'ils avaient abouti à ce chiffre en calculant les économies que réaliseraient les PME britanniques en passant dans le nuage, puis qu'ils avaient appliqué ces données à l'UE.

Des initiatives sont en cours pour tenter de rassurer les PME grâce à l'information et à la création d'une nouvelle réglementation paneuropéenne, une idée qui reste toutefois controversée, ont pu entendre les décideurs politiques et les industriels présents au symposium de Microsoft à Bruxelles.

André Richier, un fonctionnaire de la DG Entreprise de la Commission européenne, a reconnu que les PME restaient prudentes dans leur approche face au cloud computing. Il a affirmé que la solution était de mettre en place des programmes de formation efficaces, ce que la DG Entreprise a déjà amorcé, pour viser les étudiants des écoles de commerce en Europe.

Concernant une éventuelle réglementation, M. Richier a déclaré : « Où sont les cyberflics ? Nous avons des problèmes avec les fraudeurs et nous devons réfléchir à un régime réglementaire, car il s'agit là d'une chose très importante pour les entreprises ».

Le Parlement souhaite légiférer

Concernant l'éventualité de créer une réglementation spécifique relative au nuage, Rainer Zimmermann, le chef de l'unité logiciels à la DG Société de l'information de la Commission européenne, a prévenu que si aucune proposition n'était présentée, le Parlement européen tenterait d'imposer une législation trop compliquée dès qu'il en aurait l'opportunité.

Il a déclaré : « Si aucune solution n'est proposée, nous devrons accepter une solution bureaucratique de la pire espèce. Nous serons face à un monstre de bureaucratie si nous ne réglons pas ces questions d'intérêt général dès le début ».

L'eurodéputée socialiste hongroise Edit Herczog, qui est membre de la commission de l'industrie, de la recherche et de l'énergie au Parlement, a déclaré que le Parlement ne devrait pas être considéré comme la source du problème.

Elle a déclaré : « Si nous n'agissons pas ensemble à l'échelle de l'UE, nous courons le risque que chaque pays commence à régler le problème à sa manière ».

L'UE reste prudente

Malgré les efforts de l'UE, les lois visant à protéger et stocker les données sont obsolètes et ne peuvent pas régler les problèmes juridiques que pose le cloud computing, comme le fait de déterminer qui détient les données qui ne sont plus gérées in situ.

Lorsqu'une entreprise traite des données au Royaume-Uni, les stocke sur un serveur en Irlande, mais les envoie via la France (si elle dispose d'une filiale française), il est difficile de savoir quelle loi s'appliquera en cas de litige.

Les régulateurs sont conscients de cette masse de questions sans réponses et consultent actuellement l'industrie et les autorités de protection des données, alors que l'industrie tente quant à elle d'influer sur la portée du futur cadre juridique.

En novembre 2010, la commissaire européenne en charge de l'agenda numérique, Neelie Kroes, a demandé aux fournisseurs de services de cloud computing d'assurer la sécurité des données pour leurs services et produits.  Lors du Forum économique mondial à Davos, elle a affirmé que l'UE travaillait d'arrache-pied pour mettre à jour les règlementations relatives à la protection des données.

Le cloud computing est mis en exergue dans l'agenda numérique pour l'Europe, et la commissaire et vice-présidente de la Commission Neelie Kroes a annoncé cette année le lancement d'une stratégie sur l'informatique en nuage pour l'Europe.

Elle souhaite rendre l'Europe « cloud-friendly », en mettant sur pied le cadre réglementaire adéquat, mais aussi « cloud-active », ce qui signifie qu'elle voudrait que le secteur informatique européen, et surtout les PME, saisissent l'opportunité de devenir des leaders dans ce domaine.

Pour ce faire, Mme Kroes a lancé des consultations privées et publiques avec les parties prenantes du secteur, prenant en compte autant les aspects de l'offre que de la demande.

Au cours de ces deux dernières années, la DG Société de l'information a fait des recherches sur le cloud computing et ses différences par rapport aux autres systèmes informatiques. Elle a également exploré les différentes opportunités qu'il pouvait représenter pour l'industrie européenne.

Ces recherches ont abouti à deux rapports, l'un rédigé par un groupe d'experts sur l'avenir du cloud computing, et l'autre rédigé par l'Agence européenne chargée de la sécurité des réseaux et de l'information (ENISA) sur la sûreté du nuage.

Jeremy Fleming - Article traduit de l'anglais par Amandine Gillet

Réactions : 

« L'idée d'une stratégie sur le cloud computing est effrayante », a déclaré Jonathan Zuck, le président de l'Association for Competitive Technology, faisant référence à l'intention de la Commission de présenter des projets de réglementation. Il a affirmé qu'au lieu de partir d'une vision utopique imposée du marché, il serait plus judicieux de procéder par tâtonnement pour déterminer quelles sont les mesures nécessaires et ensuite s'en servir comme fondement pour une réglementation.

M. Zuck a ajouté que des fuites de données sensibles avaient été enregistrées dans de très grandes entreprises et que ces fuites n'auraient pas pu être évitées grâce à une réglementation. En outre, selon lui, le genre de contrôle que les grandes entreprises peuvent se permettre reste extrêmement coûteux pour les PME.

Une telle approche ne résulterait qu'en un « effet placébo », a ajouté M. Zuck.

« Les nouvelles entreprises ont moins peur des risques et se montrent plus en faveur du nuage », a expliqué Ruud De Jonge, directeur technologie chez Microsoft.

Il a affirmé que la situation était différente dans chaque pays, comme en Irlande, où l'économie en difficulté incite à l'innovation, ce qui entraîne une résurgence de nouvelles entreprises.

« Ceci se reflète également en Asie, où dans des pays comme le Japon, moins de PME sont créées, contrairement à Singapour et à d'autres pays asiatiques, où les PME se développent bien mieux », a conclu M. De Jonge.

« L'impact des technologies du cloud computing dépasse la réduction des coûts informatiques et l'amélioration de l'efficacité d'une entreprise », a expliqué Rainer Zimmermann,  le chef de l'unité logiciels à la DG Société de l'information de la Commission européenne.

Il a ajouté : « Le cloud computing, combiné aux applications et aux services web, prépare le terrain pour de nouvelles PME européennes qui pourront jouer un rôle positif dans le paysage informatique. Les entreprises de toutes tailles et les institutions gouvernementales atteindront de nouveaux niveaux de productivité et d'innovation ».

Prochaines étapes : 
  • 2012 :Neelie Kroes dévoilera la stratégie de la Commission pour le cloud computing.
Contexte : 

Le terme « cloud computing » désigne tout un éventail d'infrastructures, de logiciels, de données ou d'applications présents dans le « nuage », et donc non dans des locaux, et qui sont accessibles via Internet.

Une étude réalisée par l'université de Milan, publiée fin 2010, estimait que le cloud computing pourrait entraîner la création de 1,5 million d'emplois en Europe au cours des cinq prochaines années.

Alors que les entreprises et les gouvernements se perdent en grandes envolées lyriques sur les avantages du cloud computing, la Commission reste plus prudente. En effet, une utilisation accrue des systèmes en nuage signifierait qu'une grande quantité de données publiques et commerciales pourrait migrer vers des serveurs peut-être situés à l'extérieur des frontières nationales ou même sur d'autres continents.

A lire aussi

More in this section

Publicité

Vidéos

Video General News

Euractiv Sidebar Video Player for use in section aware blocks.

Video General Promoted 3

Euractiv Sidebar Video Player for use in section aware blocks.

Publicité

Publicité