Sections
Mini Sections
Alors que les deux parties se préparent à lancer les négociations sur un vaste traité bilatéral lors d’un sommet en Sibérie cette semaine, les Européens ne devraient s’attendre à ce que Moscou change ses positions bien connues, comme l’a déclaré Vladimir Chizhov, l’ambassadeur de la Russie auprès de l’UE, aux journalistes à Bruxelles à la veille de la réunion.
Les relations UE-Russie sont actuellement régies par un Accord de partenariat et de coopération datant de 1997, qui devait être remplacé après une période de 10 ans par un nouveau cadre juridique.
L’un des principaux thèmes des négociations sera les relations énergétiques, l’UE craignant de plus en plus les conflits liés au gaz entre la Russie et les pays voisins comme l’Ukraine, où transiteront les approvisionnements vers les 27 pays de l’Union. Bruxelles cherche également à diversifier les approvisionnements en énergie afin de mettre un terme à la dépendance de l’UE à la Russie (EurActiv 12/11/07).
D’autres thèmes seront inclus dans l’adhésion de la Russie à l’OMC, les droits de douane élevés imposés par Moscou sur le bois et les charges appliquées aux compagnies aériennes étrangères concernant les droits de survoler la Sibérie (EurActiv 18/02/08).
Le sommet UE-Russie, qui doit se dérouler dans la ville sibérienne de Khanty-Mansiysk les 26 et 27 juin, devrait donner le feu vert au lancement des négociations relatives à un nouveau pacte entre l’UE et la Russie sans débat, surmontant une impasse de 18 mois provoquée par les oppositions successives de la Pologne et de la Lituanie à l’accord
(EurActiv 26/05/08).
S’adressant à la presse européenne à Bruxelles le 23 juin, M. Chizhov a utilisé le terme « continuité » comme un mot clé, affirmant qu’il s’attend à ce que les relations entre l’UE et le Russie soient marquées par le progrès dans la continuité.
L’ambassadeur russe a expliqué que l’UE et la Russie ne seront jamais identiques mais toujours complémentaires et qu’elles ont besoin de l’une de l’autre. C’est dans cette perspective qu’il a expliqué la nécessité pour les deux parties de conclure une nouvelle base juridique en faveur d’un partenariat stratégique.
Il a déclaré que la Russie envisage cette nouvelle base juridique avec l’UE non pas comme un document long et détaillé, mais plutôt comme un traité-cadre, permettant des accords sectoriels.
Ligne dure sur le Kosovo
M. Chizhov a bien fait comprendre que la Russie n’était pas prête à céder du terrain, déclarant que le président russe n’accepterait pas une reconfiguration de la mission MINUK des Nations unies sous l’égide de l’UE. Dernièrement, l’Union a insisté pour adopter une solution qui lui permettrait de garder la face sur sa mission EU-Lex au Kosovo, qui devait relever la mission de l’ONU (EurActiv 29/05/08), espérant que Moscou et Belgrade adopteraient une position plus flexible (EurActiv 13/06/08).
Selon M. Chizhov, la Russie peut accepter une mission de l’UE au Kosovo sous réserve qu’elle soit fondée sur une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies et qu’elle reconnaisse la souveraineté de la Serbie sur le Kosovo. Le pays hôte reste la Serbie, a martelé l’ambassadeur russe auprès de l’UE.
Mais une telle position semble inacceptable pour une majorité de pays européens qui ont déjà reconnu l’indépendance du Kosovo.
L’ambassadeur russe s’est également dit satisfait que le responsable de la mission MINUK, Joachim Ruecker, ait été congédié et a averti que la Russie observerait le travail de son successeur, le diplomate italien Lamberto Zannier.
L’UE est priée de s’expliquée sur la défense antimissile
Les déclarations de M. Chizhov ont également clairement stipulé que la Russie présentera aussi le sujet controversé du projet du bouclier antimissile des Etats-Unis dans l’agenda du sommet.
L’année dernière, en février, la République tchèque et la Pologne ont approuvé un projet américain visant à installer un système de défense antimissile pour contrer une menace potentielle de l’Iran. Bien que ces projets subissent actuellement des retards, ce point constitue un sujet de discorde majeur dans les relations entre l’UE et la Russie.
M. Chizhov a demandé des explications à l’UE : comment deux Etats membres européens ont pu négocier avec un pays tiers au sujet d’une défense antimissile sans avoir consulté l’UE ?
Lorsque EurActiv a demandé s’il ne s’agissait pas en fait d’une tentative visant à embarrasser l’UE, M. Chizhov a répondu que son pays voulait « tester le potentiel » de la politique européenne de sécurité et de défense (PESD).
Ironie sur le revers du traité de Lisbonne
Non sans ironie, l’ambassadeur russe a fait allusion à la crise suite à l’échec du référendum irlandais. Il a déclaré que la Russie continuera évidemment de rencontrer les nouveaux présidents de l’UE tous les six mois pendant quelques temps encore.
Selon lui, c’est n’est bien entendu pas totalement un signe de la force de l’UE, mais son pays suivra de près les évolutions.
M. Chizhov a déclaré que son pays était préparé à discuter des « conflits gelés », notamment les tensions avec la Georgie concernant l’Abkhazie. Il a affirmé que la Russie avait aidé à organiser la récente visite du responsable européen de la politique étrangère, Javier Solana, en Abkhazie et qu’elle avait le sentiment que le message de modération de l’UE adressé à Tbilissi et à Soukhoumi était « utile ».
Diplomatie footballistique
La Russie jouera contre l’Espagne lors des demi-finales de l’Euro 2008 le soir du sommet. Mais le match commence relativement tard : 00h45 heure locale. M. Chizhov a déclaré qu’il pouvait uniquement affirmer que le président Medvedev regardera le match, laissant la possibilité pour les autres dirigeants de se joindre à lui. L’UE sera représentée par l’actuel président du Conseil et Premier ministre de la Slovénie Janez Jansa, le président de la Commission José Manuel Barroso, le Haut représentant Javier Solana et des commissaires individuels.