Depuis le lancement du programme en 2009, 532 hommes et femmes ont travaillé avec des patrons d'entreprises dans d'autres pays. La plupart d'entre eux ont participé à ce programme pendant deux ou trois mois et pour un maximum de six mois.
Selon les chiffres de la Commission européenne, environ la moitié des postulants viennent d'Espagne et d'Italie où un taux de chômage élevé force davantage de demandeurs d'emploi à lancer leur propre entreprise ou à chercher du travail à l'étranger.
Certains stagiaires abandonnent leur formation lorsqu'ils trouvent un emploi mieux rémunéré, mais la plupart d'entre eux tentent de finir leur stage. Dans le cas où les stagiaires abandonnent, la moitié de l'argent qui leur est attribué est repris. Les entrepreneurs sont payés entre 560 et 1100 euros par mois, en fonction du coût de la vie dans le pays d'accueil.
Sceptiques
Cependant, tout le monde n'est pas convaincu que le programme d'échange d'étudiants de l'UE puisse être appliqué au monde de l'entreprise. « Ils ont pris l'Erasmus pour étudiants et ont essayé de l'appliquer avec les entrepreneurs, mais ça ne fonctionne pas, ce sont deux mondes trop différents », a déclaré Bernd Kruczek du Centre pour l'innovation et la technologie dans la région de Forst, située à l’est l'Allemagne.
Son entreprise a réuni huit postulants et entreprises d'accueil, ce qui constitue un résultat relativement positif. La plupart des 160 organisations intermédiaires en Europe ne sont parvenues qu'à en réunir un ou deux, a-t-il ajouté. La Commission, qui les rémunère à hauteur de 900 euros par paire, avait espéré 1200 stagiaires en 18 mois (pour le second cycle).
Peter Scholten, un intermédiaire à Breda aux Pays-Bas, a affirmé détenir le record avec 30 entrepreneurs ayant trouvé une entreprise. Il explique qu'il est difficile de trouver des Néerlandais pour se former à l'étranger car il existe des programmes nationaux qui offrent une plus grande rémunération. Il fut plus facile pour lui de trouver de petites et moyennes entreprises souhaitant accueillir un stagiaire étranger.
« Un des problèmes rencontrés est de convaincre l'entreprise d'accueil que c'est positif pour l'Europe, pour eux et pour l'entrepreneur », a-t-il ajouté. Leur plus grande inquiétude concerne le temps que les managers doivent passer à encadrer les stagiaires quotidiennement.
En Europe, les résultats suivent cette tendance : sur les 2500 personnes qui ont souscrit au programme, environ 40 % d'entre elles sont des entreprises d'accueil. Le Royaume-Uni est de loin le pays le plus populaire aux yeux des stagiaires potentiels, suivi de l'Espagne et de l'Allemagne.
Les partisans voient en ce programme une « grande opportunité »
L'Erasmus pour jeunes entrepreneurs a bien entendu des partisans.
Frederik Pfisterer, qui dirige une société de logiciels bancaires à Stuttgart en Allemagne, vient juste d'accueillir Pedro Moran, originaire d'Espagne, pour six mois.
« C'est une grande opportunité d'accueillir à bord des gens très qualifiés et enthousiastes, surtout pour nous qui sommes dans la phase de lancement de l'entreprise », explique M. Pfisterer. « C'est évidemment une opportunité pour l'entrepreneur en visite d'apprendre quelque chose, mais sa contribution en termes d'expérience est fantastique. Si vous engagez des gens « normaux », la motivation peut être différente. Si vous travaillez avec un entrepreneur, vous remarquerez immédiatement un esprit différent ».
Le processus d’évaluation l’a toutefois laissé perplexe. M. Pfisterer a reçu les noms et les profils de trois candidats, avec lesquels il s’est entretenu par téléphone. Mais les organisations intermédiaires n’ont jamais communiqué directement avec lui.
« Je ne connais même pas leurs noms, ils ne m’ont jamais contacté. Ils ont fait le lien mais ne m’ont jamais parlé », a-t-il déclaré. Après avec choisi Moran, « j’ai seulement cliqué « oui » sur Internet et donné mon feu vert, puis j’ai appris que le contrat était signé et que M. Moran était dans l’avion ».
En Espagne, M. Moran a trouvé que le processus de candidature était long et compliqué. Il a commencé en septembre et a été contacté par un intermédiaire en décembre, et le feu vert final est arrivé deux mois plus tard.
M. Moran reste cependant enthousiaste à l’idée de travailler dans l’entreprise de M. Pfisterer, où il touchera 900 euros par mois.
« Je veux créer une entreprise en Espagne », a-t-il expliqué. « En Allemagne, il y a beaucoup d’entreprises, et celle-ci, Mambu, est une bonne occasion d’approfondir mes connaissances pour concevoir une idée, créer une entreprise de A à Z, se mettre en contact avec les clients et les fournisseurs.
Incertitude quant à l’avenir du programme
Il est trop tôt pour savoir si l’Eramus pour jeunes entrepreneurs (EYE) aura contribué à former le futur Richard Branson européen.
Avec 23 millions de PME dans l’UE, les représentants de la Commission affirment que l’EYE devrait être multiplié par dix pour avoir un effet plus important et plus significatif à long terme sur l'entreprenariat transfrontalier. Les projets de la Commission prévoient un financement permanent de l’EYE afin d’élargir sa portée et son impact. Cela nécessitera toutefois l’approbation du Parlement européen et des pays membres.
Cette semaine, la Commission devrait présenter une révision du Small Business Act. Le destin de ce programme destiné aux start-up reste flou. La Commission a alloué 8 millions d’euros pour les deux premières années du programme et 10 millions supplémentaires pour jusqu'en 2013. Une ébauche du SBA élaborée en décembre a recommandé que le programme devienne permanent, ce qui nécessiterait beaucoup plus de fonds.
La proposition devrait être adoptée d’ici la fin 2011, mais sachant que les gouvernements se serrent la ceinture et tentent de réduire le budget de l’UE, le montant disponible reste incertain.
Les décisions relatives au financement dépendront des discussions sur le budget à long terme de l’UE pour 2014-2020, a déclaré Charlotte Arwidi, porte-parole du commissaire chargé des entreprises, Antonio Tjani. « Il n’est pas certain que cela fera partie de la révision du Small Business Act », a-t-elle confié à EurActiv.
Pour M. Kruczek, du Centre pour l’innovation et la technologie, à l’est de l’Allemagne, l’extension du programme irait à l’encontre de l’austérité ambiante dans les Etats membres. L’Allemagne, a-t-il dit, contribue déjà à environ un cinquième du montant du renflouement de la Grèce et de l’Irlande. « C'en est assez des programmes [d’envergure] car nous sommes déjà en train de payer. Soutenir l’euro est suffisant ».







