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Puces électroniques : l'UE veut revenir sur le devant de la scène

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Publié 07 juin 2012

Les entreprises de l'Union européenne perdent du terrain face à leurs concurrents étrangers sur le marché stratégique des semiconducteurs, malgré la volonté d'être à la pointe dans ce domaine. Un reportage d'EurActiv en direct de Taïwan au siège de TSMC, le plus grand producteur de puces électroniques au monde.

En mai dernier, devant un public d'experts en technologies, la commissaire européenne à la stratégie numérique, Neelie Kroes, a exhorté l'Europe à faire preuve d’unité pour relever le défi de produire des puces électroniques compétitives.

« Ne devrions-nous pas tenter d'aboutir à un « Airbus des puces électroniques » ? » a-t-elle demandé aux experts, appelant à la création d'un géant européen de l'industrie des puces électroniques.

La proposition de Mme Kroes peut paraître attractive, mais l'industrie européenne souffre malheureusement d'un manque criant de compétitivité dans ce secteur et ne détient que peu de parts de marché. L'Europe perd du terrain dans la production des puces électroniques, et ce malgré l'importance stratégique de ce secteur.

Un récent rapport rédigé par IC Insight, une société d’étude de marché, a révélé que le groupe franco-italien STMicroelectronics était la seule entreprise européenne à faire partie du top 10 mondial de cette industrie. Avec des recettes nettes de près de 8 milliards d'euros en 2011, elle arrive septième dans ce classement dominé par le géant américain Intel, qui à lui seul a empoché environ 40 milliards d'euros, plus de 15 % des bénéfices de tout le secteur.

Le fabricant coréen de smartphones Samsung arrive à la seconde place. Le Taïwanais TSMC est troisième, suivi du Japonais Toshiba, de l'Américain Texas Instruments et du Japonais Renesas.

Dans le top 10 mondial, ST est suivi de l'entreprise américaine Qualcomm, du Sud-coréen Hynix et de l'Américain Micron. ST a renforcé sa position depuis 2010 en raison des lourdes pertes qu'a enregistrées Hynix.

Sur le déclin

Les bonnes nouvelles s'arrêtent là. ST a enregistré une perte de 7 % dans ses recettes entre 2010 et 2011 et ses concurrents se rapprochent. Qualcomm devrait d'ailleurs dépasser ST dans le classement cette année. Le géant américain en tête des détenteurs de brevets a fait croître ses recettes de 32 % l'année dernière, à plus de 7,5 milliards d'euros.

La situation de ST reflète une tendance générale dans le secteur de la fabrication de puces électroniques en Europe. En avril dernier, les ventes annuelles européennes de puces électroniques ont chuté de plus de 14 %, ce qui témoigne de la crise qui affecte toute cette industrie. Certaines entreprises ont toutefois enregistré des pertes moins conséquentes, selon les chiffres publiés hier (6 juin) par la European Semiconductor Industry Association (ESIA).

Par conséquent, la part de l'Europe dans le marché mondial a chuté à 10 %, ce secteur représentant 19,2 milliards d'euros de ventes mensuelles à l'échelle mondiale. En dix ans, les ventes européennes ont chuté de plus de 50 % et étant données les prévisions pour 2013, la situation ne risque pas de s'améliorer.

« Le continent européen pourrait assister à une contraction pour la seconde année consécutive en raison de l'état de son économie », peut-on lire dans un rapport sur les tendances mondiales publié cette semaine par le World Semiconductor Trade Statistics.

Nouveaux modes de production

Le géant européen des semiconducteurs, ST, a intégré un modèle un modèle de production groupé, le même que celui utilisé par Intel.

Toutefois, depuis les années 1990, le secteur a subi d'importants changements dans ses modèles de production et le processus de fabrication est de plus en plus souvent séparé de la conception. Cette situation a mené à l'émergence de fabricants et de concepteurs spécialisés.

Les entreprises européennes se sont concentrées sur la conception des puces, un segment de la production qui ne nécessite pas de grandes usines. Qualcomm, le Taïwanais Media Tek et l'Américain Broadcom font également partie de ces entreprises de semiconducteurs sans usine. L'Europe a presque totalement abandonné la production qui s'opère de plus en plus dans des fonderies.

« L'activité des fonderies est limitée en Europe et de plus en plus d'entreprises sans usine apparaissent. En conséquence, les investissements dans les nouveaux équipements de production faiblissent en Europe », mettait déjà en garde l'ESIA dans un rapport de 2008. « Alors qu'en 2000, l'Europe représentait toujours 14 % du marché mondial pour l'équipement de production des semiconducteurs, ce pourcentage a chuté à seulement 7 % fin 2007 », peut-on encore lire dans ce rapport.

Malgré ces signaux d'alarme, la situation n'a fait qu'empirer. Le cas de l'entreprise allemande X-Fab, la plus grande fonderie européenne, illustre bien le déclin du vieux continent dans ce segment stratégique du marché.

En 2007, X-Fab faisait partie du top 10 mondial des fonderies avec des recettes annuelles dépassant les 400 millions de dollars (318 millions d'euros). Une concurrence plus rude et l'augmentation des coûts de production en Europe a progressivement poussé X-Fab en dehors du top 10. Fin 2009, l'entreprise arrivait 16e avec des recettes d'environ 220 millions de dollars (175 millions d'euros) et avait déjà vendu l'une de ses cinq usines européennes. En 2011, elle est remontée à la 14e place, mais toujours bien loin derrière les géants asiatiques, israéliens et américains.

Modèle à suivre

Le déclin de l'Europe coïncide avec la croissance apparemment imbattable des fonderies taïwanaises.

Cette petite île au large de la Chine héberge les deux plus grands acteurs du secteur (TSMC et UMC) et a littéralement entraîné une révolution de la production dans les années 1990 qui a généré de nombreux spécialistes dans la conception et la fabrication des puces électroniques.

TSMC est la star du secteur de la production. Pour chaque smartphone vendu dans le monde, TSMC gagne 7 dollars (5,60 euros), dans la mesure où l'entreprise produit 40 % des puces logiques dans les appareils mobiles, selon les chiffres de la société.

En conséquence, TSMC a enregistré des recettes de près de 12 milliards d'euros en 2011, une progression de 10 % par rapport à l'année précédente, et ses carnets de commandes sont remplis pour les années à venir.

La deuxième fonderie mondiale, la Taïwanaise UMC, a quant à elle enregistré des recettes inférieures à 3 milliards d'euros en 2011.

TSMC n'est pas en compétition avec les concepteurs et travaille également pour des entreprises intégrées. « Intel n'est pas un concurrent. C'est en réalité l'un de nos clients », a expliqué un représentant de TSMC lors d'une visite du siège de l'entreprise à Hsinchu dans le nord de Taïwan.

La plupart de ses 34 000 employés travaillent à Taïwan, ce qui favorise l'emploi sur l'île. L'usine de Hsinchu est également reconnue mondialement pour ses pratiques respectueuses de l'environnement. Les salaires de travailleurs sont comparables à ceux pratiqués en Europe. Il est donc difficile de comprendre pourquoi son modèle d'entreprise, contrairement à ses puces, n'a pas été exporté vers le vieux continent.

Réactions : 

Lors d'un récent discours, la commissaire européenne à la stratégie numérique, Neelie Kroes, a déclaré : « Nombreux sont ceux qui pensent qu'un changement fondamental pourrait s'opérer sur le marché mondial des puces électroniques. Actuellement, il est dominé par des acteurs situés en dehors de l'Europe, surtout en Asie, où les entreprises bénéficient d'un environnement propice et de généreuses subventions publiques. »

« Mais certains pensent que le marché à besoin d'une consolidation avec un nombre restreint d'acteurs mondiaux en matière de conception de production. Surtout dans les technologies de pointe où les usines de fabrication de la prochaine génération pourraient se compter sur les doigts d'une main. « Ne devrions-nous pas tenter d'aboutir à un « Airbus des puces électroniques » ? » a-t-elle demandé.

« Dans la mesure où les entreprises européennes n'offrent pas un éventail complet de services de production, les sociétés sans usines devront aller chercher ce dont elles ont besoin en Extrême-Orient où les fonderies capables de fournir ces services sont situées », mettait déjà en garde la European Semiconductor Industry Association (ESIA) dans un rapport de 2008 qui a été confirmé par la suite.

Un représentant d'ESIA interrogé par EurActiv s'est montré confiant en l'avenir, affirmant que la situation pouvait toujours évoluer. Il a souligné l'importance de certaines fonderies européennes.  

Michael Kramer de TSMC a commenté : « Nous n'avons pas de réel concurrent. L'acteur du secteur qui arrive après nous, mais qui est bien plus modeste, est situé juste à côté. » Il s'est exprimé lors d'une visite du siège de TSMC à Hsinchu, au nord de Taïwan, pointant du doigt l'usine située de l'autre côté de la rue et qui appartient à UMC, la seconde plus grande fonderie du monde en termes de ventes.

Francesco Guarascio - traduit de l'anglais par Amandine Gillet
Contexte : 

Les semiconducteurs sont au coeur de l'économie numérique. Les équipements électroniques comme les ordinateurs, les téléphones portables et les radios ont tous besoin de semiconducteurs pour fonctionner.

De minuscules circuits intégrés, connus sous le nom de puces électroniques, opèrent via des semiconducteurs et des transistors pour permettre aux appareils électroniques d'effectuer des opérations.

La production des semiconducteurs et des puces électroniques était réalisée dans une seule et même usine. Toutefois, depuis les années 1990, la production et la conception ont été découplées et l'Europe a perdu du terrain dans ce secteur.

Un nouveau modèle d'entreprise basé sur des fonderies autonomes a émergé. Des entreprises de conception de puces électroniques, comme Qualcomm, Nvidia ou Broadcom exportent aujourd'hui leur production de puces électroniques vers des entreprises spécialisées, pour la plupart situées en Asie, notamment à Taïwan.

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