Invité à s'exprimer devant la commission Industrie et recherche du Parlement européen mardi (20 mars), l'expert en entrepreneuriat européen Burton Lee a déclaré que l'Europe manquait de méthodes d'évaluation, pourtant indispensables pour attirer des investisseurs en capital-risque et prévoir le nombre d'emplois qui pourraient être créés.
Pour M. Lee, l'analyse « pipeline », qui permet d'évaluer le nombre de futures entreprises dans un secteur spécifique depuis leur création jusqu'à leur succès ou leur faillite, est souvent utilisée par les fonds de capital-risque et les gouvernements pour évaluer la fiabilité des projets.
« Il s'agit d'un outil important dans la mesure où si l'on peut déterminer le nombre de nouvelles entreprises, on peut calculer combien d'emplois seront réellement créés », a-t-il déclaré aux eurodéputés.
Des estimations peu fiables
Selon les estimations de la Commission, 3,7 millions d'emplois pourraient être générés par l’initiative l’Union de l’innovation, qui prévoit que les États membres investissent 3 % de leur PIB dans la recherche d’ici 2020.
« Le nombre d'emplois créés en aval de ces projets de recherche est estimé selon des modèles macro-économiques et il est difficile de savoir d'où proviennent les données utilisées et sur quoi elles sont fondées », a commenté M. Lee à propos des prévisions d'emploi d'Horizon 2020.
Burton Lee, en sa qualité d'évaluateur pour les projets de recherche financés par la Commission, a déclaré que les prévisions de 3,7 millions d'emplois impliquaient que l'Europe soit en mesure de générer deux fois plus de nouveaux postes au cours des 12 prochaines années que les États-Unis lors de l'explosion du secteur du logiciel, qui a vu la création de 500 000 nouveaux postes au cours des quatre dernières années.
« Une véritable analyse ascendante produirait-elle des résultats similaires ? », s'interroge M. Lee.
Réforme du système universitaire
Un porte-parole de la Commission a déclaré que les modèles de prévision actuels n'étaient conçus que pour donner des indications et qu'ils étaient mis au point par des experts indépendants.
M. Lee et la commissaire européenne à la recherche, Máire Geoghegan-Quinn, ont par ailleurs montré du doigt le système universitaire européen qui ne serait pas assez entrepreneurial et transparent selon eux.
« Je pense que la réforme des universités doit être au cœur des programmes européen et nationaux. Il faut que les étudiants et les professeurs créent des entreprises, sinon personne ne le fera », a affirmé M. Lee.
Mme Geoghegan-Quinn a quant à elle déclaré aux eurodéputés : « Nous devons moderniser nos systèmes au plus vite. Notre sphère universitaire ne s'imagine pas impliquée dans l'industrie. Le recrutement [dans les universités] devrait être ouvert, transparent et fondé sur le mérite. Ce n'est pas le cas aujourd'hui dans bon nombre de nos universités. »







