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Adapter la main d'oeuvre européenne au vieillissement de la population [FR][en

Publié: mardi 20 mars 2007    | Mis à jour: mercredi 21 mars 2007   

La migration ne fournira pas de solution à long-terme au dilemne du vieillissement des Européens. Selon les chefs d'entreprises qui se sont exprimés lors du Sommet européen des affaires, les décideurs politiques devraient, au contraire, s'attacher à convaincre la population de faire plus d'enfants tout en travaillant "mieux" et plus longtemps.

Contexte:

D'ici peu, plus de la moitié de la population européenne aura plus de 40 ans. 22% de la population ont déjà plus de 60 ans, chiffre qui devrait atteindre 36% en 2050 en considérant l'allongement de l'espérance de vie et la faiblesse du taux de natalité (environ 1,5 enfants par femme).

Cette évolution démographique pèse de plus en plus lourdement sur l'économie européenne car les coûts des retraites et des soins de santé augmentent alors que la main d'oeuvre se raréfie.

En octobre 2006, la Commission a présenté une nouvelle stratégie pour faire face à ce problème : "Faire du changement démographique une chance pour l'Europe" (EurActiv 12/10/06).

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Au cours d'une conférence sur la main d'oeuvre européenne issue de la génération du baby-boom, inscrite dans le cadre du Sommet européen des affaires des 15 et 16 mars 2007, un groupe exclusivement masculin composé de décideurs politiques, de chefs d'entreprise et de représentants de syndicats, a déclaré que le défi était de rajeunir la population européenne, d'augmenter le nombre de travailleurs et de les garder plus longtemps en activité.

La majorité des participants à l'évènement, modéré par l'éditeur d'Euractiv, Christophe Leclercq, a reconnu que les décideurs politiques pouvaient influencer l'évolution démographique. 

Les intervenants ont admis que pour relever ce défi, ils devront garantir des conditions de travail décentes, favoriser l'équilibre entre vie professionnelle et vie de famille, et soutenir les systèmes d'apprentissage tout au long de la vie. Il faudra également réformer les systèmes de protection sociale nationaux pour garantir la viabilité des finances publiques.

L'immigration reste aussi une possibilité, bien que le commissaire chargé de l'emploi et des affaires sociales, Vladimir Špidla, ait souligné que "l'immigration n'était ni la panacée, ni la solution principale à nos problèmes".

Positions:

Le commissaire chargé de l'emploi et des affaires sociales, Vladimir Špidla, a souligné que l'Europe avait en quelque sorte de la "chance" d'être confrontée au défi démographique du vieillissement. Selon lui, l'élimination de toute forme de discrimination, nécessaire à l'augmentation du taux global d'activité, finirait par favoriser la création d'une société 'plus inclusive'. Il a précisé que malheureusement, la discrimination basée sur l'âge était encore très présente en Europe. 

Sur la question de l'immigration, le commissaire a indiqué : "Il ne s'agit donc pas d'un faux choix entre une Europe avec ou sans immigration; il s'agit d'un véritable choix entre une Europe qui gère bien ou mal son immigration".

Il a souligné qu'il ne fallait pas confondre la libre circulation des travailleurs au sein de l'UE et l'immigration en provenance de pays tiers : "La libre circulation est un droit. Aucune catastrophe ne s'est produite sur le marché du travail depuis l'adhésion des nouveaux pays membres". Il explique qu'en réalité, les pays ayant ouvert leur marché aux travailleurs d'Europe centrale et orientale se sont développés plus rapidement que les autres, tout en observant une baisse de leur taux de chômage, dans certains cas, de manière significative : "Le travail génère plus de travail".

Le secrétaire général de BusinessEurope, Philippe De Buck, a déclaré que, l'impact le plus important de l'évolution démographique pèserait sur la société : "Plus une société est ancienne, moins la prise de risque sera importante". Il a déclaré que l'impact sur la capacité d'innovation de l'Europe à innover tout en demeurant compétitive sera négatif.

Il a indiqué que la réduction de la main d'oeuvre devait être compensée par la productivité : "Nous devons rajeunir le marché du travail. Mais pour cela, nous devons inciter plus de personnes à venir travailler en Europe et résoudre le problème actuel de la fuite des cerveaux", soulignant que l'Europe devrait commencer à proposer le même type de perspective de carrière que les Etats-Unis.

Selon lui, les personnes doivent s'investir davantage sur leur lieu de travail que par le passé. Le réél problème consiste à changer les mentalités, en particulier celles des syndicats, afin que les employés continuent à travailler au-delà de l'âge de la pré-retraite.

Il faudrait également que les entreprises cessent de chercher à se défaire de leurs employés plus âgés, ce qui impliquerait en revanche que les personnes restent "employables" et demanderait des investissements dans l'apprentissage tout au long de la vie. 

Il a finalement conclu que l'Europe devrait "totalement réviser" son système de retraite et mettre davantage l'accent sur le financement personnel.

Le secrétaire général adjoint de la confédération européenne des syndicats (CES), Reiner Hoffman, a toutefois souligné que la protection sociale devait être perçue comme un investissement et non comme un coût pour la société.

Il a remarqué que l'égalité des salaires posait toujours problème dans l'UE, même après 50 ans, et que prendre des mesures pourrait contribuer à accroître la participation des femmes au marché du travail. Il a indiqué qu'il y avait clairement de la place pour une action au niveau européen, se référant à la législation issue des accords entre partenaires sociaux européens, notamment les directives sur le travail à temps-partiel et le congé parental. Selon lui, les partenaires sociaux devraient continuer à conclure de tels accords-cadres pour la diffusion de principes communs à travers l'Europe. 

Il a également insisté sur le fait que l'Europe avait besoin d'une politique migratoire proactive dans laquelle l'immigration serait "gérée" au lieu d'être évitée. Cependant, il a souligné que les dirigeants devaient veiller à ce que tous les travailleurs reçoivent le même traitement et ne soient pas en compétition dans des domaines tels que les heures de travail ou le salaire, ce qui s'appliquerait à la fois à la circulation au sein de l'Europe et à l'immigration en provenance de pays tiers.

Le PDG de l'agence de recrutement Adecco, Dieter Scheiff, a déclaré : "Le vieillissement aura un impact considérable sur les entreprises...C'est comme avoir de la tension artérielle : vous ne la sentez pas mais elle peut vous tuer". Il a toutefois remarqué que seules 6% des entreprises se préparaient au changement démographique. 

D'après lui, faire venir davantage de personnes en Europe ne représente qu'une solution temporaire : "Nous devons tirer davantage profit des ressources dont nous disposons".

D'après lui, l'intérim serait l'un des moyens pour améliorer la productivité. Lorsque les personnes occupent le même poste pendant 20 ans, elles finissent par "s'ennuyer" et devenir "cyniques". Avec l'intérim, au contraire, elles sont beaucoup plus motivées.

Prochaines étapes:

  • 9 mars 2007 : Les chefs d'Etat et de gouvernement européens ont annoncé la mise en place d'une plateforme "Alliance pour les familles" destinée à l'échange des bonnes pratiques sur les politiques de la famille.

  • Mai 2007 : La Commission présentera une communication sur les familles, qui fournira plus d'informations sur le travail des "Alliances européennes pour les familles". 

  • 2008: Le commissaire Vladimir Špidla a annoncé qu'il présenterait une communication sur la garde d'enfants, contenant des propositions concrètes sur la disponibilité, la qualité et l'accessibilité économique.

 

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