Tenues à l'écart du groupe Kok, composé d'experts chargés d'analyser les progrès du processus de Lisbonne, les ONG du secteur social viennent de rendre publique leur propre évaluation de la stratégie mise en oeuvre par l'UE pour devenir "l'économie la plus compétitive du monde d'ici à 2010."
Présentant cette étude, le 20 octobre dernier, la Plate-forme sociale a notamment dénoncé le fait que "les aspects sociaux de Lisbonne [aient été] subordonnés à la stabilité économique, ainsi qu'à la réduction des coûts et du déficit."
"L'érosion continue des objectifs de Lisbonne, d'une stratégie de développement durable à une approche de 'croissance à tout prix', a contribué à affaiblir le modèle social européen", déplore notamment la présidente de la Plate-forme, Anne-Sophie Parent.
Les progrès initiaux accomplis en matière de création d'emplois ont laissé la place à une phase de stagnation, regrette la Plate-forme, qui remarque que, d'une manière générale, les "initiatives récentes ont mis plus l'accent sur la quantité que sur la qualité de l'emploi". L'organisation dénonce le postulat des responsables politiques selon lequel les chômeurs ne sont pas motivés pour trouver un emploi - selon la Plate-forme, une telle approche permet d'occulter le réel problème, celui de la rareté des emplois de qualité.
En matière d'éducation et de formation, la Plate-forme sociale admet que certains progrès ont pu être enregistrés au cours de ces dernières années. Cependant, l'organisation juge préoccupant le fait que les débats autour de l'éducation soient désormais entièrement focalisés sur les questions d'emploi, et ne prennent que rarement en considération les problématiques d' "épanouissement personnel" et de "citoyenneté active".
Les ONG du secteur social estiment que Lisbonne n'a absolument pas contribué à moderniser les systèmes de protection sociale. Selon ces organisations, un programme de réformes, au lieu de se résumer "à la réduction des coûts et au transfert des risques de la société vers l'individu", devrait plutôt permettre aux systèmes de protection sociale de jouer leur rôle de garanties collectives contre la pauvreté et l'exclusion.
Le groupe d'experts dirigé par Wim Kok présentera son rapport à la Commission le 3 novembre, avant de le soumettre au Conseil européen le 5 novembre.




