Sections
Mini Sections
Il existe un manque général de compréhension quant à l'impact des progrès scientifiques et technologiques sur nos vies. Face à ce constat, des rapports controversés ou sensationnels sur la sécurité alimentaire, les OGM, la grippe aviaire, le réchauffement climatique ou par, exemple, la recherche sur les cellules souches peuvent laisser le citoyen déconcerté ou effrayé sans qu'il comprenne la teneur scientifique du sujet. C'est pourquoi les scientifiques sont de plus en plus sollicités pour davantage communiquer sur leurs travaux. Les communicateurs en sciences et les médias sont eux priés d'agir comme relais responsables entre les scientifiques et la société.
La Commission a adopté en 2001 un Plan d'action science et société. Ce programme soutient des activités qui réunissent les décideurs politiques, les chercheurs et les citoyens. Son objectif est d'aider la société à contribuer à l'élaboration des politiques de façon plus informée, d'encourager une communication rapide et ouverte des opinions scientifiques et de promouvoir les initiatives de la communauté scientifique avec les médias et la société.
Les projets de recherche financés pas les programmes-cadres de l'UE ont l'obligation contractuelle de communiquer leurs résultats. Pour faire en sorte que les projets produisent des informations et fassent de la publicité sur leurs objectifs de recherche, leurs résultats et les bénéfices pour le citoyen, la Commission a publié un "Guide de la communication réussie
" en juillet 2004.
Selon les résultats d'un récent sondage Eurobaromètre (juin 2005) sur les Européens, la science et la technologie
, il existe un intérêt "latent" chez les citoyens européens pour la science et la technologie et une demande implicite pour davantage d'informations. L'enquête confirme également "un manque de compréhension" entre la science et la société (la façon dont les scientifiques diffusent l'information auprès du grand public est critiquée et ceux qui ne sont pas intéressés par ces domaines invoquent le "manque de compréhension" comme principale raison de leur absence d'intérêt.)
En Europe, la majeure partie des fonds consacrés à la recherche provient d'investisseurs publics. Par conséquent, les chercheurs doivent expliquer comment ces fonds sont dépensés et quels sont les bénéfices de leurs recherches. Les médias étant la principale source d'informations sur la science et la technologie pour le grand public, aider les journalistes à diffuser des informations factuelles et compréhensibles est d'une importance primordiale pour la société.
De plus, communiquer sur la science aide les chercheurs de différentes disciplines à partager des informations scientifiques, un aspect essentiel de la recherche interdisciplinaire. La Commission a d'ailleurs largement mis l'accent sur la recherche interdisciplinaire dans sa proposition pour le Septième programme-cadre pour la recherche et le développement (7ème PC). La recherche acquiert naturellement un plus grand soutien lorsque les informations liées à la science et la technologie sont couvertes de façon attrayante et intelligible, et incite davantage les étudiants talentueux à s'engager dans des carrières scientifiques. Ces questions figurent parmi les priorités du programme actuel de la Commission sur la politique de recherche.
La Commission a commencé à prêter une attention particulière à la communication sur la science et différentes initiatives à l'échelon européen ont vu le jour depuis l'adoption du Plan d'action science et société en 2001:
En mai 2004, la Commission a organisé une conférence intitulée 'Communiquer la recherche européenne'
. Elle a été la première d'une série de conférences sur le thème Communiquer la recherche européenne (CER) et a rassemblé des coordinateurs de projets financés par l'UE ainsi que des journalistes de plus de 30 pays.
La seconde conférence CER, '
Communiquer la recherche européenne 2005
', s'est tenue les 14 et 15 novembre 2005. Elle a rassemblé des coordinateurs de projets, des représentants d'organismes de recherche, des journalistes, des attachés de presse et d'autres professionnels de la communication afin de promouvoir une compréhension mutuelle entre leurs rôles respectifs et de définir des stratégies visant à améliorer la façon dont la science est communiquée aux citoyens.
Le portail Internet audiovisuel d'information scientifique appelé AthenaWeb
est dédié à promouvoir la communication scientifique en Europe. Lancé en juin 2005, ce portail est conçu pour attirer les professionnels de la communication scientifique et apporter une valeur ajoutée aux programmes audiovisuels scientifiques produits en Europe, encourager leur distribution, faciliter les coproductions et améliorer en général la visibilité des informations sur la science et à la recherche. Ce portail propose gratuitement des films et des photos scientifiques de qualité professionnelle à des communicateurs en science professionnels dans toute l'Europe.
Le Prix européen René Descartes pour la communication en science
soutient des projets qui visent à rapprocher la science des citoyens. Lancé en 2004, il récompense (à hauteur de 275 000 euros) les scientifiques professionnels et les professionnels de la communication qui ont mené des projets de communication en sciences brillants et novateurs pour présenter la science au grand public.
En juin 2005, un portail Internet a été lancé pour favoriser l'enseignement des sciences en Europe. Xplora
est appelé "le portail européen pour l'enseignement des sciences" et s'adresse aux professeurs, élèves, scientifiques, communicateurs en sciences et enseignants en sciences. Xplora vise les écoles primaires et secondaires en Europe afin d'attirer les jeunes vers les sciences en rendant plus intéressant l'enseignement des sciences.
Lancé en août 2005, MESSENGER
(acronyme en anglais de 'Media, Science and Society: Engagement and Governance in Europe') est un projet de 12 mois financé par l'UE dans le cadre du programme Science et société. Des scientifiques, des journalistes, des membres de la société civile, des décideurs politiques et des industriels seront consultés pour déterminer comment encourager un débat approfondi sur la science et la technologie. Le rôle des médias est le principal sujet d'intérêt du projet MESSENGER car il est essentiel pour créer les conditions d'une participation informée au processus décisionnel.
Une semaine paneuropéenne de la science et de la technologie
est célébrée depuis 2000. L'objectif de cet événement annuel est de montrer, plutôt que de dire, aux Européens l'importance de la science pour tous. Cette semaine soutient des projets visuels, animés et des activités qui suscitent l'imagination des citoyens et tentent de créer une perspective totalement nouvelle sur la science.
Selon le Président de l'Association européenne pour l'organisation d'événements scientifiques (EUSCEA), Mikkel Bohm, "les événements de nature scientifique constituent une méthode grandissante dans le domaine de la communication scientifique et ils osnt désormais considérés comme une part très importante de l'ensemble des efforts visant à communiquer sur la science en Europe."
Dr. Alan I. Leshner, administrateur en chef de l'Association américaine pour l'avancée de la science (AAAS), estime que le dialogue science -société est "plus tendu" qu'autrefois et affirme que "l'hypothèse selon laquelle la littérature scientifique est un problème est fausse". Faisant référence à la nécessité avérée de communiquer davantage et mieux sur la science auprès du grand public, il considère qu'il "ne suffit pas d'éduquer les citoyens à notre manière sans tenir compte de la division qui existe entre science et société, car le problème n'est pas le manque de compréhension des citoyens sur les sujets scientifiques, mais simplement le fait qu'ils n'aiment pas certains progrès scientifiques". "Si la recherche a toujours été évaluée selon l'équation coûts/bénéfices-risques, aujourd'hui l'essentiel des recherches portent sur des questions relatives aux valeurs humaines essentielles, ce qui explique pourquoi la société souhaite influencer la science au lieu d'être simplement influencée par elle", explique-t-il, faisant référence au clonage, aux cellules souches, aux études sur des thèmes qui renvoient à l'individu comme le sexe et la génétique du comportement (agression, intelligence).
Le Dr Leshner souligne ainsi la nécessité de passer d'une communication scientifique auprès du grand public à une communication scientifique avec le grand public. "Nous devons modifier la nature de la communication scientifique : passer du monologue au dialogue et écouter le grand public et ses préoccupations".
Martin Rees, scientifique, déclare pour sa part : "Les idées d'Einstein ont pénétré notre culture, mais peu ont lu ses travaux originaux. La barrière est notamment élevée lorsque des idées ne peuvent être exprimées que par des formules mathématiques. En effet, cette barrière existait déjà au 17ème siècle. L'oeuvre la plus remarquable de Newton, le Principia, très mathématique et rédigé en latin, était même difficile à appréhender pour certains de ses contemporains les plus éminents comme Halley et Hooke. D'autres auteurs ont diffusé les idées de Newton sous une forme plus accessible, et ce dès 1730 avec la parution d'un ouvrage "Le Newtonianisme pour les Dames."
Le gagnant 2005 du prix Descartes pour la communication scientifique, Bill Bryson
, a confié à CORDIS News: "L'enseignement est le point de départ. Les manuels ne devraient pas être rédigés comme des thèses; il n'y a aucune raison de ne pas pouvoir rendre intéressants les manuels. L'essentiel des informations scientifiques est par nature intéressant, et des efforts supplémentaires sont nécessaires pour parvenir à le rendre intéressant. De plus, les établissements scolaires devraient enseigner la science aux élèves de deux façons différentes : de façon sérieuse, afin d'encourager plus de jeunes à devenir scientifiques, mais il faut également enseigner aux gens "normaux" les merveilles de la science; vous devez être en mesure de comprendre même si vous n'allez jamais devenir un scientifique." Son message aux scientifiques qui souhaitent communiquer sur leurs travaux auprès du grand public est le suivant: "Ne perdez pas votre sens de l'émerveillement et du sensationnel. C'est la même chose pour tout le monde, mais pour les scientifiques, qui ne sont pas forcément les meilleurs communicateurs, le perdre peut s'avérer particulièrement tragique."
Le gagnant 2004 du prix Descartes pour la communication scientifique, Wolfgang Heckl, résume son opinion sur la communication scientifique comme suit: "Ne sous-estimez pas le grand public, ne donnez jamais de leçons, soyez simples mais pas simplistes, et touchez le public au niveau émotionnel tout en respectant leurs émotions." Il souhaite également que les politiques et scientifiques améliorent l'interface entre la science et la société et considère que les centres et les musées consacrés à la science sont de bons exemples d'un environnement neutre et informel, propice à des débats publics sur la science."
Dans un communiqué
, AlphaGalileo déclare que "les médias sont la source d'informations majeure des citoyens européens et du commerce dans le monde. Une large couverture de la recherche européenne est une étape incontournable pour atteindre les objectifs établis à Lisbonne. Malheureusement, la stratégie de divulgation des résultats des recherches européennes est rarement à la hauteur de l’excellence des recherches elles-mêmes. Les médias européens et mondiaux sont largement dominés par l’actualité des recherches nord américaines."
La Fondation européenne de la science (ESF) a publié un rapport sur la communication scientifique en Europe. Ce document contient une série de recommandations
visant à améliorer la communication scientifique aux niveaux régional, national et européen.
Depuis 2002, l'Association européenne de biologie moléculaire (EMBO) décerne des récompenses aux scientifiques qui communiquent sur la science auprès du grand public tout en restant pleinement actifs dans leurs travaux de recherche. En 2005, l'EMBO a récompensé le professeur Boncinelli, qui a déclaré à cette occasion: "Communiquer des idées scientifiques au grand public de façon neutre nécessite des efforts énormes mais est de plus en plus nécessaire. [...] J'espère que davantage de scientifiques se consacreront à cette activité, qui nous oblige par ailleurs à analyser en profondeur différentes questions et leurs implications sociales." L'EMBO décerne également un prix annuel de l'Ecrit scientifique qui récompense l'auteur d'un "écrit scientifique remarquable portant sur un sujet d'actualité et s'adressant à un public de non-spécialistes".
EIROforum, partenariat entre les sept plus grandes organisations de recherche intergouvernementales en Europe, a lancé, en mars 2006, un journal intitulé Science in School afin de promouvoir un enseignement des sciences stimulant en Europe.
Certains programmes nationaux novateurs, comme le concept de Café Scientifique du British Council, tentent également de sensibiliser davantage la société sur la recherche scientifique. Selon Hervé Gouget, chargé des sciences: "l'objectif de ces réunions est d'intéresser les citoyens à la science et repose sur un principe démocratique car il n'est pas nécessaire d'avoir des connaissances scientifiques pour prendre part au débat".
Le ministère français de la recherche parraine un programme télévisé d'une minute appelé "La science avance" diffusé tous les week-ends. Il précise que "l'objectif de ce programme est d'expliquer de façon claire les défis de la recherche française, ses objectifs et ses implications pour notre avenir".
En mars 2006, susciter une prise de conscience chez le grand public de l'importance de la science a été promulguée comme l'une des missions officielles de la stratégie de développement nationale de la Chine. Le programme du Conseil de l'Etat, qui s'étend sur 15 ans et vise à stimuler la sensibilisation du grand public aux sciences, estime que le manque de connaissances scientifiques de la population a considérablement gêné le développement économique et social de la Chine.
L'Association de Shanghai pour la science et la technologie (SAST) a lancé une initiative intitulée "Messaging science". L'objectif est d'améliorer les connaissances scientifiques des citoyens en leur envoyant des SMS sur leurs téléphones portables. SAST pense que cette méthode de communication sur la science aura beaucoup plus d'impact que les méthodes traditionnelles, comme les expositions.
Selon l'ancienne présidente de l'Association britannique pour l'avancée de la science, Dame Julia Higgins, bien que la science soit financée par l'argent des contribuables, ces derniers n'ont guère de contrôle sur les projets de recherche et ont donc toutes les raisons de s'inquiéter sur les éventuels dangers que les technologies développées par la recherche scientifique pourraient constituer.
Selon SciDevNet, un portail Internet d'actualités, d'opinions et d'informations relatives à la science, à la technologie et au monde en développement, la vice-présidente de l'Association chinoise pour la science et la technologie, Hu Qiheng, affirme que la communication scientifique est essentielle pour créer et maintenir la capacité d'innovation d'un pays, notamment dans les pays en développement, car "grâce à une communication scientifique efficace, les programmes de recherche peuvent profiter au plus grand nombre". Elle considère qu'une meilleure communication scientifique nécessite un talent très créatif et un système qui encourage la libre circulation des informations scientifiques.
"En réunissant des journalistes du monde entier, la Fédération mondiale des journalistes scientifiques (WFSJ) pourrait jouer un rôle essentiel pour combler le fossé qui sépare science et société", affirme Véronique Morin, ancienne présidente de la WSFJ, soulignant le rôle qu'une fédération mondiale peut jouer pour accroître la précision et la qualité des reportages scientifiques et encourager de bonnes pratiques éthiques dans ce domaine.
Selon l'Association nationale américaine des écrivains scientifiques (NASW), "personne ne peut douter de l'impact immense de la science et de la technologie sur la société aujourd'hui. Nous sommes confrontés à des défis qui consistent non seulement à comprendre les multiples révolutions actuelles dans les domaines de la science et de la technologie, mais également à évaluer dans quelle mesure ils affectent l'avenir de l'humanité et de la planète. Les médias sont la principale source d'informations sur la science et la technologie pour le grand public. Il est donc très important pour la société d'aider les journalistes scientifiques à produire des informations opportunes, intelligibles et factuelles. "