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Un rapport clé lancé hier (26 mars) au Sommet européen des affaires appelle les gouvernements à financer la formation de travailleurs qui seraient, dans le cas contraire, licenciés. Cette mesure vise à combler les écarts grandissants entre les compétences des travailleurs en Europe.
En dépit du chômage croissant, des millions d’emplois européens ne peuvent être pourvus, selon une étude de la Fédération des entreprises en Belgique (EurActiv 03/03/09).
Près de 4 millions d’emplois ne sont pas pourvus chaque année car 18 millions de chômeurs européens ne disposent pas des qualifications requises pour être engagés à ces postes vacants.
Les langues et les compétences relatives aux TIC (voir LinksDossier EurActiv) font partie des domaines dans lesquels une amélioration est requise. En outre, des observateurs soulignent souvent que l’éducation à la culture d’entreprise (EurActiv 13/06/2008) est faible en Europe en comparaison des Etats-Unis, et que pour promouvoir l’innovation, il faut un système éducatif fort.
La proposition de développer des programmes de formation soutenus par le gouvernement s’inspire d’un système mis en œuvre par le gouvernement néerlandais en décembre 2008. Dans ce système, le gouvernement investit dans la formation des employés travaillant dans des entreprises qui envisagent de réduire leurs équipes.
Sous l’empire du plan proposé, les entreprises qui envisagent de licencier du personnel ou de diminuer la semaine de travail de leurs employés pourront demander des fonds publics pour augmenter les compétences de leurs équipes.
Le rapport
sur les compétences et l’innovation, rédigé par l’école de commerce INSEAD, montre que l’Europe a un bon niveau dans le domaine des compétences de base et de la littérature. Le document dépeint toutefois un tableau sombre quant à la capacité européenne à concourir dans l’économie mondiale de la connaissance.
L’étude a souligné que les niveaux élevés de l’éducation à eux seuls ne constituent pas une garantie de compétitivité durable.
Ne pas doter la main-d’œuvre de l’ensemble des compétences nécessaires au monde des affaires moderne pourrait coûter des millions à l’Europe, selon Bruno Lanvin, directeur général de l’eLab, à l’INSEAD, et auteur du rapport présenté hier (26 mars).
Selon lui, sans une action rapide et significative pour créer les compétences requises, beaucoup de paquets de relance et d’investissements déjà effectués pourraient ne servir à rien. L’Europe doit désormais maintenir et développer ses compétences et ses ressources humaines pour sortir de la crise, a-t-il indiqué.
Le rapport, financé par Microsoft
et Shell
, appelle à un pacte européen des compétences entre les acteurs du système éducatif, les employeurs, les investisseurs, les décideurs et les citoyens. Le document fixe six actions prioritaires qui doivent être menées immédiatement :
Le rapport a été présenté par le vice-président de la Commission européenne Günter Verheugen, qui a déclaré que les compétences seraient au centre du projet de la Commission pour la succession de l’agenda de Lisbonne
.
S’exprimant lors de la session plénière du Sommet européen des affaires
, intitulée « Is Europe Really Daring and Caring? », le Premier ministre belge, Herman Van Rompuy, a indiqué que le modèle social européen était sous pression en raison de la crise économique. Il a ajouté que les deux priorités pour l’avenir sont de répondre financièrement au vieillissement de la population et de soutenir le marché unique. Nous avons également besoin d’un marché unique pour l’énergie afin de lutter contre le changement climatique, de maintenir des prix bas et de stimuler la croissance, a-t-il indiqué. Nous devons réformer le système pour survivre, a-t-il conclu.
Rudi Thomaes, PDG de la Fédération des entreprises de Belgique, a déclaré que les entreprises avaient besoin d’une force de travail plus dynamique et ouverte à différentes cultures. Nous avons besoin de personnes qui peuvent diriger des équipes multiculturelles et multilingues, des personnes qui peuvent faire face au changement et promouvoir l’innovation, a-t-il indiqué.
Selon M. Thomaes, il y a un lien fort entre le développement des compétences et la compétitivité. Quelques pays scandinaves sont dans le peloton de tête en termes de développement des compétences, alors que d’autres, en particulier en Europe de l’Est et du Sud, ont un énorme potentiel humain inexploité, a relevé M. Thomaes. Disposer d’un bon système éducatif ne suffit pas pour faire de vous un champion en termes d’innovation et de compétitivité, selon M. Thomaes.
Frank Brown, doyen de l’école de commerce INSEAD, estime que la mobilité des travailleurs compétents est essentielle. Il a toutefois averti qu’il y a actuellement des obstacles à la mobilité dans le monde entier. Selon lui, l’éducation est la clé de la croissance durable. De plus, il a appelé à plus de partenariat entre les entreprises et l’industrie.
L’inadéquation des compétences est une question générationnelle qui prendra du temps à être résolue. Mais l’histoire montrera qu’il n’y a pas de meilleure période qu’une crise pour investir dans le capital humain, a-t-il souligné.
Le président de Microsoft International, Jean Philippe Courtois, a indiqué que l’Europe devrait se concentrer sur l’innovation comme moyen de sortir de la crise économique. Si l’innovation n’est pas au centre des paquets d’aide, les chances de relance sont faibles, a-t-il relevé.
Hans van der Loo, chef du bureau de liaison bruxellois de Shell, a mis l’accent sur l’éducation scientifique. Nous utilisons de plus en plus de technologies, mais paradoxalement, les jeunes ne sont pas intéressés par une carrière dans les sciences et les maths. Il a indiqué que le statut d’enseignant a perdu de son importance alors que les richesses ont augmenté, et ce constat aura un impact sur la manière dont les sciences sont enseignées à l’école.
Le vice-président de la Commission européenne, Günter Verheugen, a indiqué qu’une stratégie qui remplacera l’agenda de Lisbonne est en cours d’élaboration. Ce dernier échoit l’année prochaine, et un consensus clair s’est dégagé selon lequel un nouveau plan devrait mettre davantage l’accent sur l’innovation et les compétences, a-t-il ajouté. L’accent sera mis sur les compétences, l’éducation et la formation, selon M. Verheugen. Là où l’Europe domine le marché, ce n’est parce que nous sommes moins chers, mais parce que nous sommes les meilleurs, a-t-il déclaré. La meilleure façon d’être les meilleurs, c’est de se concentrer sur l’innovation, a-t-il souligné.
Lucas D. Papademos, vice-président de la Banque centrale européenne, a indiqué que la BCE a pris des mesures peu conventionnelles pour atténuer l’impact de la crise sur l’économie en général, et elle pourrait envisager d’autres mesures à l’avenir. Toutefois, il a rejeté l’affirmation selon laquelle il faut un paquet de relance coordonné au niveau mondial.
Par rapport aux vastes implications de la crise financière actuelle, le professeur Jagdish Bhagwati de l’Université de Columbia, New York, a indiqué que le protectionnisme était à la hausse en Europe et aux Etats-Unis. Il a ajouté qu’aux Etats-Unis, où il n’y a de système de protection sociale à l’européenne, les citoyens qui ont le plus souffert de la crise demandent de l’aide à leur famille ou se retrouvent à la rue.