Publié ce mois ci (16 juillet), il se penche sur la pertinence d’un point de vue économique pour l’Irlande d’investir dans la science, la technologie et l’innovation (STI) ainsi que sur la possible contre productivité de produire 20 % de doctorants en plus.
Ces questions sont contenues dans le lourd rapport réalisé par un universitaire économiste chargé de la rationalisation des dépenses publiques par les contribuables irlandais. Il note que les investissements STI sont promus en tant qu’élément clef de l’économie de la connaissance que l’Europe a épousée, mais il précise que les indices qu’il s’agit là d’un bon moyen d’utiliser les deniers publics sont maigres.
Aucun retour de cet investissement public ne peut être connu avec certitude au départ, dit-il, ajoutant que les indices accumulés à ce jour quant à l’impact sur l’économie réelle des investissements étatiques dans les STI ne sont pas convaincants.
L’Europe est fermement attachée à la vision suivante : injecter de l’argent dans l’innovation est la seule voie pour devenir plus compétitive. Il s’agit là de la doctrine centrale de la Stratégie de Lisbonne, qui se base sur le postulat que l’Europe ne peut pas faire concurrence sur les coûts car l’Asie, l’Afrique et l’Amérique du sud seront toujours moins chères, l’UE devant donc investir dans la matière grise.
Mais même cela pourrait ne pas être sage, selon le professeur Colm McCarthy, principal auteur du rapport et chargé de cours à la University College de Dublin.
L’Irlande et d’autres pays européens font des efforts pour augmenter le nombre de doctorants récompensés par leurs universités. L’Emerald Isle souhaite doubler le nombre de ses doctorants, mais l’efficacité d’une telle mesure pourrait aussi ne pas être confirmée par les indices recueillis, selon le rapport.
Il n’y a pas de besoin clair des entreprises pour augmenter le nombre de doctorants, et M. McCarthy explique que pousser à une augmentation du nombre de personnes obtenant un doctorat pourrait conduire à un sous emploi de ces personnes. Cela pourrait même forcer des jeunes personnes surdiplômées à émigrer, ajoute t-il.
En effet, des indices empiriques suggèrent que 20 % des nouveaux détenteurs de doctorat trouvent un emploi ailleurs, et pour ceux qui restent en Irlande, la plupart trouvent un emploi dans le secteur public plutôt que dans le privé. En bref, ces doctorats supplémentaires ne sont pas traduits en innovation dans le secteur privé – ce qui était censé être le but au départ.
Le rapport exprime des inquiétudes sur le fait que l’exubérance de l’Europe pour l’économie de la connaissance ait entraîné les décideurs politiques à prendre des décisions de politique publique non basée sur des preuves d’efficacité.
Une partie de la logique visant à doubler le nombre de doctorat vient du fait que l’Inde et la Chine produisent un nombre de doctorants vertigineux. Mais les diplômés connaissent là-bas le chômage, et deviennent frustrés d’avoir investi du temps et de l’énergie intellectuelle pour obtenir une qualification pour laquelle il existe au final peu de demande.
Il existe aussi des inquiétudes qu’une explosion massive du nombre de diplômés de haut vol ne conduise à l’avenir à une baisse du niveau de la formation doctorante, causant des dommages à la valeur de diplômes plus élevés. Le retour pour ces investissements est dès lors décroissant.
Alors que l’Europe débat sur la future Stratégie de Lisbonne pour la croissance et l’emploi, le rapport irlandais remet en question le bénéfice de ces investissements à ce jour.



