L'essentiel du débat depuis la publication du premier rapport d'André Sapir a porté sur la question de déterminer comment les caractéristiques des économies les plus florissantes (à savoir celles des pays nordiques) pourraient être appliquées à celles qui sont stagnantes. Ce débat s'est notamment penché sur les systèmes en France et en Allemagne, qui ont été le moteur de l'économie européenne pendant des années.
Dans la présentation d'André Sapir, la France et l'Allemagne sont dans le secteur 'continental'. Les systèmes sociaux des deux pays se caractérisent par un niveau relativement élevé de protection de l'emploi qui, selon les entreprises, rend difficile la décision d'embaucher des personnes qu'elles auront par la suite beaucoup de mal à licencier.
Durée moyenne en années avec le même employeur
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Danemark |
Allemagne |
France |
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1992 |
2000 |
1992 |
2000 |
1992 |
2000 |
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8.8 |
8.3 |
10.6 |
10.4 |
10.3 |
11.2 |
Source: http://www.socsci.auc.dk/carma/carma-1.pdf
En France, la tentative du Premier ministre Dominique de Villepin d'introduire de la 'flexicurité' dans les contrats de travail destinés aux jeunes de moins de 26 ans fait désormais l'objet de manifestations des organisations estudiantines, des syndicats et du Parti socialiste. Appelé 'Contrat Première Embauche’ (CPE), ce nouveau contrat de travail s'inspire du modèle de 'flexicurité' danois en permettant aux entreprises d'embaucher des jeunes et de les garder en période d'essai pendant deux ans. Concernant la sécurité, le CPE permet aux jeunes de demander des indemnités de chômage après 4 mois d'activité au lieu du système actuellement complexe où les indemnités sont payés à partir de 6 mois de travail sur les 22 derniers mois.
Le CPE a été présenté par Dominique de Villepin comme une réponse pragmatique au problème du chômage constant des jeunes. Présentant cette nouvelle mesure le 16 janvier 2006, il a souligné que le taux de chômage des jeunes était de près de 23%, par rapport à un taux de 9,6% pour la population dans son ensemble. "A la fin de leurs études, [les jeunes diplômés] mettent entre huit et dix ans à trouver un emploi stable. Dans le reste de l'Europe, cette période est réduite de moitié," a indiqué de Villepin.
En Allemagne, la popularité du gouvernement de 'grande coalition' dirigé par Angela Merkel repose en partie sur le fait que les mesures les plus impopulaires de la réforme importante du marché du travail ont déjà été transposées par l'ancien gouvernement de Gerhard Schröder. Certains considèrent ainsi que les réformes, notamment celle intitulée 'Hartz IV', ont coûté à M. Schröder son poste de chancelier : elles ont permis à la gauche allemande de remporter des voix qui auraient certainement suffi à M. Schröder pour être réélu.
La principale mesure de ces réformes a consisté à associer des indemnités de chômage sur le long terme à des allocations de sécurité sociale, les deux correspondant au niveau que les prétendants à la sécurité sociale recevaient avant la réforme (jusqu'à 345 euros par mois plus le coût d'un logement "adéquat") sous l'appellation Arbeitslosengeld II ("Indemnités de chômage II"). Les chômeurs reçoivent des indemnités comprises entre 60 et 67% de leur dernier salaire net pour un an (un an et demi pour les chômeurs de 55 ans ou plus); puis, ils rejoignent le système Arbeitslosengeld II.
Les chômeurs qui ont épargné ou contracté une assurance vie ne sont pas éligibles pour le système Arbeitslosengeld II avant que leurs fonds ne soient épuisés. Ils n'ont pas non plus droit aux indemnités s'ils ont des proches qui peuvent subvenir à leurs besoins. Contrairement à l'ancien système, les chômeurs peuvent également être forcés à accepter n'importe quel emploi, même s'il est très mal payé et ne correspond pas aux compétences professionnelles de la personne à la recherche d'un emploi.
Avec ces réformes, l'Allemagne s'est davantage éloignée du modèle de flexicurité qu'elle ne s'en est rapprochée. La principale idée derrière le modèle danois est de maintenir les travailleurs motivés même au cours de périodes de chômage en leur offrant des indemnités (jusqu'à 90% de leur ancien salaire) qui leur permettent de conserver leur niveau de vie et de profiter de ces périodes pour améliorer leurs compétences professionnelles. Le nouveau modèle allemand, par contraste, diminue le niveau de protection sociale et oblige les chômeurs qui ont pris des dispositions pour leur retraite sous la forme d'assurances vie ou d'épargnes à y renoncer. Ces derniers se retrouvent ainsi à un niveau minimal de protection sociale à l'âge de la retraite.
L'Allemagne a par ailleurs à peine touché à ses règles relativement strictes concernant la protection contre les licenciements. Par conséquent, les employeurs seront toujours réticents à embaucher plus de travailleurs qu'ils sont sûrs de pouvoir embaucher sur le long terme. Les petites et moyennes entreprises subiront notamment les conséquences de cette politique, et sur le moyen terme le nombre de personnes menacées de pauvreté parmi les retraités, qui augmente elle-même, entraînera une baisse de la consommation qui aura de nouvelles répercussions négatives sur la situation économique.




