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Des experts de l’industrie chimique européenne ont souligné que le libre échange et le développement de produits durables étaient la clé de la survie des entreprises européennes de produits chimiques. L’accès à l’énergie et aux matières premières est également un élément essentiel de la compétitivité à long terme, selon un nouveau rapport.
L’industrie chimique en Europe emploie directement 1,2 millions de personnes, représente 29 000 entreprises, dont 96 % de PME et a généré en 2007 un chiffre d’affaires d’au moins 537 milliards d’euros.
Toutefois, l’industrie fait face à une rude concurrence de la part des industries chinoises et indiennes à croissance rapide, ainsi que des pays du Moyen-Orient, qui ont lourdement investi dans les produits pétrochimiques.
En décembre 2006, des règles strictes d’enregistrement, d’évaluation et d’autorisation des substances chimiques (REACH) ont été introduites en vue d’améliorer les normes de sécurité. Des groupes d’industriels ont alors exprimé leurs craintes que cette législation n’entame la compétitivité de l’Europe.
Des parties intéressées, notamment des responsables politiques, des représentants de l’industrie et des groupes environnementaux, se sont réunis en 2007 pour la première réunion du groupe de haut niveau sur l’industrie chimique.
Le groupe de 27 membres s’est rencontré pour examiner les moyens de stimuler la compétitivité du secteur, qui représente 5 % du PIB européen. Il a également été chargé de faire connaître l’industrie et de chercher les moyens de l’adapter aux défis posés par le changement climatique et par le besoin d’efficacité énergétique.
Jürgen Hambrecht, président du conseil d’administration de l’entreprise de produits chimique BASF et membre du groupe de haut niveau de la Commission, a déclaré que l’industrie chimique avait subi une restructuration considérable et qu’elle ne cherchait pas le soutien des gouvernements.
Il a déclaré qu’un secteur industriel fort est essentiel pour l’Europe mais que l’industrie chimique n’avait pas besoin de subventions, mais plutôt d’un environnement dans lequel tous les acteurs sont sur un même niveau de compétitivité (« level playing field »). Il a ajouté que l’industrie chimique s’occupera elle-même de sa restructuration.
M. Hambrecht a souligné le besoin de plus de libéralisation du commerce au travers de la réduction des droits de douane. Il a en outre mis en garde contre le protectionnisme rampant en Europe et au niveau mondial.
Le rapport du groupe indique que le meilleur moyen de se protéger contre les politiques protectionnistes internationales est par le biais de l’Organisation mondiale du commerce.
Dans l’actuel cycle de Doha pour le développement, cela pourrait être atteint par un accord horizontal ambitieux diminuant les droits de douane, complété par un nouvel accord sectoriel sur les produits chimiques, peut-on lire dans le rapport.
L’UE devrait également chercher à conclure des accords de libre-échange avec ses partenaires commerciaux clés. Par ailleurs, des règles communes relatives à l’antidumping devraient également être recherchées auprès de l’OMC, a laissé entendre le groupe de haut niveau.
Le rapport a également souligné le besoin de développer des produits durables et d’investir dans la recherche et le développement.
Les principales recommandations du rapport sont les suivantes:
Présentant le rapport, Günter Verheugen, vice-président de la Commission européenne chargé des entreprises et de l’industrie, a indiqué que le secteur industriel est indispensable à l’Europe si elle veut survivre à la crise économique actuelle. Toutefois, il a averti que l’innovation écologique ne devait pas être retirée de l’agenda.
Nous ne pouvons pas ne pas tenir compte de la révolution verte au cours de la crise, a déclaré M. Verheugen. Selon lui, cette révolution rendra l’Europe plus forte et lui permettra de se concentrer désormais sur les produits et la production durables. Nous ne devons pas permettre à des besoins à court terme de mettre en péril des objectifs à long terme, a-t-il souligné.
Il a salué l’opposition des industries du secteur chimique au protectionnisme, ajoutant que les subventions qui bloquent les changements structurels nécessaires entravent la compétitivité à long terme.
Milan Hovorka, ministre adjoint au ministère tchèque de l’Industrie et du commerce, dont le pays occupe actuellement la présidence tournante de l’UE, a indiqué que la santé de l’industrie chimique européenne dépend de son succès sur les marchés internationaux. Une plus ample libéralisation est vitale pour la croissance, et les négociations de Doha constituent le moyen le plus prometteur d’y arriver, a-t-il souligné. Selon lui, il faut que les entreprises européennes aient un accès plus important aux nouveaux marchés. Le manque d’avancée sur cette question est à l’origine de préoccupations particulières, a-t-il conclu.
Mikael Karlsson, président du Bureau européen de l'environnement, a mis en garde contre le fait que les nouvelles politiques industrielles ne doivent pas mettre en péril des objectifs sociétaux plus larges, soulignant l’importance d’appliquer le principe de précaution aux nouveaux produits. Le principe de précaution ne signifie pas interdire des produits ou restreindre l’innovation, il peut en effet encourager l’innovation, a-t-il fait remarquer, indiquant que les politiques n’en font actuellement pas assez pour stimuler l’efficacité énergétique.
Christian Jourquin, président du Cefic et PDG de Solvay, a indiqué que les conclusions du groupe de haut niveau fournissaient une vision pour la viabilité à long terme de l’industrie chimique. Nous ne pouvons pas, toutefois, négliger les difficultés actuelles à court terme qui pourraient entraver la réalisation de cette vision, a-t-il souligné. Nous devons désormais travailler conjointement avec la Commission européenne et les Etats membres pour assurer que les difficultés à court terme soient surmontées et pour créer de bonnes conditions aux investissements nécessaires à l’avenir de notre industrie, a-t-il indiqué. Selon lui, c’est uniquement par le biais de telles actions que l’Europe gardera son industrie chimique, un facteur indispensable à un avenir durable.
SusChem, une plate-forme qui réunit des acteurs dans le but de promouvoir la technologie durable, a indiqué que l’innovation était un élément essentiel à la préparation de la relance économique. Selon SusChem, le rapport du groupe de haut niveau met l’accent là où c’est nécessaire, à savoir sur l’innovation, qui transpose les idées du domaine de la recherche dans des valeurs sociétales par le biais de technologies et de produits.
SusChem a encouragé toutes les parties dans l’UE et les Etats membres de mettre de côté la segmentation et les barrières institutionnelles pour construire grâce à l’innovation un avenir plus fort et plus durable pour l’Europe.
Friends of the Earth a publié une déclaration avant la publication du rapport indiquant que le groupe de haut niveau de la Commission avait un préjugé favorable à l’égard des entreprises. L’organisation a relevé que sept groupes créés pour conseiller la Commission sur des questions clés, notamment celle sur l’industrie chimique, penchaient pour les intérêts des entreprises et que les résultats du rapport visaient la compétitivité au détriment d’autres intérêts publics (EurActiv 11/02/09).
Selon Christine Pohl, militante pour la transparence auprès de Friends of the Earth, Europe, la Commission européenne a le devoir de protéger l’environnement par le biais de ses politiques ; par conséquent, ce n’est pas une bonne chose qu’elle reçoive des conseils de la part de groupes motivés par des intérêts commerciaux. Le fait que la Commission n’a pas pris en compte un grand nombre de points de vue très divers contredit clairement ses propres normes en matière de consultation, a-t-elle conclu.