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La Commission bute sur la définition de la nanotechnologie

Publié 01 avril 2011 - Mis à jour 04 avril 2011
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Les hésitations de la Commission européenne concernant la définition de la nanotechnologie mettent en exergue les divergences d'opinion entre les différentes parties prenantes et suscitent une certaine inquiétude dans le secteur.

Les participants d'une conférence internationale à Bruxelles, le Safety for Success Dialogue (en français : la sécurité au service du succès), ont discuté des recherches effectuées par la Commission pour réviser un projet de définition de la nanotechnologie qui a été soumis à une consultation publique l'année dernière. Ils ont toutefois précisé qu'aucune réponse n'avait encore été trouvée.

Henrik Laursen, coordinateur de l'équipe en charge des nanotechnologies à la DG environnement de la Commission, a déclaré que l'exécutif de l'UE avait reçu environ 200 réponses à la consultation. Il a précisé : « Il est clair qu'à un certain niveau, de nombreuses parties prenantes ont des avis différents, et il n'existe pas de définition scientifique absolue ».

Il a ajouté que la Commission prendrait son temps pour mettre au point sa décision car, une fois déterminée, il ne s'agira pas d'un modèle de travail mais bien d'une décision avec un effet contraignant immédiat.

Toutefois, Chiara Giovanini, porte-parole pour ANEC, l'association européenne pour la coordination de la représentation des consommateurs dans la normalisation, a fait remarquer que l'absence de définition suscitait des incertitudes juridiques en termes de réglementation et entravait le développement de tests de sûreté adéquats et de méthodes de mesure.

Elle a demandé à la Commission d'adopter « sans plus attendre » le projet de définition des nanomatériaux présent dans la consultation de la fin de l'année dernière.

M. Laursen a affirmé que même si la Commission prendrait en considération la consultation publique et les conseils des principaux organes scientifiques, comme le Comité scientifique des risques sanitaires émergents et nouveaux (CSRSEN), au final, la définition serait une « décision de politique ».

La Commission tenterait de formuler une définition avant la fin de l'été. Toutefois, les détails subtils de la définition des nanomatériaux fait l’objet d’un fervent désaccord entre les parties prenantes en arrière-plan.

Wim de Jong, vice-président du CSRSEN, a confié à EurActiv que son organisation avait recommandé à la Commission que le nombre de particules, plutôt que leur poids, soit utilisé comme guide pour déterminer la définition.

« C’est important car les dangers potentiels d’utilisation de ces particules sont liés à leur nombre au sein d’un produit particulier », a-t-il dit.

Mais d’autres parties prenantes sont opposées à l’utilisation des nombres comme critère pour définir les nanomatériaux. Par exemple, le Conseil européen des fédérations de l’industrie chimique (CEFIC) a recommandé à la Commission de plutôt utiliser le poids.

La réponse du CEFIC a la consultation de la Commission a été la suivante : « Le poids est généralement utilisé dans toute la législation et les procédures de tests chimiques et devrait par conséquent être utilisé à la place de la concentration du nombre de particules ».

Réactions : 

Carlos Peña, directeur des nouveaux programmes au bureau du scientifique principal de la US Food and Drug Administration américaine, le régulateur de la consommation aux Etats-Unis, a déclaré que le pays n’avait pas défini les nanotechnologies et essayait plutôt de garder un œil sur comment elles étaient introduites dans différents secteurs, tels que l’alimentation, les médicaments et les cosmétiques, pour s'assurer que la réglementation au sein de ces secteurs prennent en compte leur utilisation.

Henrik Laursen, coordinateur de l’équipe nano à la DG environnement de la Commission européenne, a déclaré : « Nous avons encore quelques décisions à prendre mais ce à quoi nous aboutirons ne sera pas une définition de travail, ce sera une définition qui sera applicable [...]. Nous n’avons pas la possibilité d’introduire une définition par essai et erreur, on attend de nous que nous agissions et il faut que nous trouvions quelque chose ».

M. Laursen a déclaré qu’au sein de l’ébauche de définition fournie par la Commission, il existait une clause de révision, « il est possible d’y revenir pour voir si nous avons vu juste ». Il a ajouté : « La définition ne peut pas et ne va pas résoudre tous les problèmes, il s’agira du début du processus ».

Qasim Chaudry, le principal scientifique de recherche à la Food and Environment Research Agency britannique, a déclaré que son agence envisageait actuellement le premier cas d’ingrédients nano qui deviendraient disponibles pour les consommateurs dans l’industrie cosmétique. L’issue de cette affaire, a-t-il dit « créerait un précédent pour une évaluation future ».

Il a ajouté : « Les défis incluent le fait qu’il n’y ait pas de définition de la nanotechnologie, et le fait que nous fixions des normes systématiques pour l’utilisation des nanotechnologies ».

Chiara Giovanini, une porte-parole pour l’ANEC, a déclaré : « Nous soutenons l’approche basée sur la science selon laquelle la distribution de la taille du matériau devrait être présentée sur la concentration numérique (soit le nombre de particules) et non pas sur la concentration en masse d’un produit nanomatériau. C’est parce que la faible concentration massique peut contenir la plus grande proportion ».

Elle a ajouté : « Les matériaux de cette échelle présentent différentes propriétés comparées à des particules « plus grosses » (par exemple, une plus grande réactivité et mobilité dans le corps) et sont de plus en plus utilisées pour créer de nouveaux produits. Les produits qui contiendraient des nanomatériaux sont déjà largement répandus sur le marché européen et il est impératif de s’assurer qu’ils sont sûrs pour les consommateurs. Nous croyons que le point de départ de toute approche sûre de réglementation est un accord sur la définition de ce que sont exactement les nanomatériaux ».

Prochaines étapes : 
  • 2011 : la Commission doit formuler une définition, pas de date précise spécifiée.
Contexte : 

Les nanotechnologies utilisent des matériaux à une échelle infiniment petite. Un nanomètre représente un millionième d’un millimètre.

Les propriétés et le comportement de l’échelle nano, et ses caractéristiques d’habilitation signifient que les nouvelles technologies pourraient profondément transformer l’industrie et la vie de tous les jours. Cependant, des inquiétudes ont été évoquées concernant les questions éthiques, juridiques et de santé associées aux nanotechnologies.

Le Parlement européen, dans une résolution du 24 avril 2009, a appelé la Commission à se battre pour une définition internationalement harmonisée du terme « nanomatériau ». En octobre de l’année dernière, la Commission a publié une ébauche de définition pour consultation. La consultation s’est terminée en novembre de l’année dernière mais la Commission doit encore publier sa définition finale.

Une telle définition jouera un rôle vital dans toute politique future relative à la nanotechnologie. La Commission envisage actuellement un nouveau Plan d’action pour la nanotechnologie, qui réponde aux enjeux technologiques et sociétaux des cinq années à venir. Une consultation distincte sur le Plan d’action s’est terminée en février dernier.

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