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Martin Schuurmans, président de l’Institut européen d’innovation et de technologie (EIT), a réfuté les affirmations d’un universitaire majeur selon lesquelles les projets d’innovation phare de l’institut deviendront des monopoles de la connaissance.
La pièce maîtresse des efforts de la Commission européenne visant à renforcer la coopération européenne dans le domaine de la recherche est l’Institut européen de technologie, créé à l’origine sur le modèle de l’Institut de technologie du Massachusetts (MIT).
Toutefois, la proposition, présentée pour la première fois par le président de la Commission, José Manuel Barroso, en février 2005, dans le cadre de la nouvelle version de l’Agenda de Lisbonne, a déclenché des querelles intestines. Le président a depuis considérablement assoupli sa vision initiale.
Le directoire de l’EIT est chargé de sélectionner les premières communautés européennes de connaissances et d’innovation (CCI) dès le début de 2010. Au total, six CCI devront être créées d’ici à 2013 dans un effort d’intégration de l’infrastructure fragmentée de l’UE dans le domaine de la recherche, par l’association des départements des universités, des entreprises et des instituts de recherche, afin que ces derniers se concentrent sur des secteurs stratégiques clés.
L’accent devrait tout d’abord être mis sur le changement climatique, les énergies renouvelables et les technologies de l’information et de la communication de la prochaine génération.
Prenant la parole à l’European Policy Center lors du premier de six débats qui rythmeront l’Année européenne de la créativité et de l’innovation, Bengt-Åke Lundvall, professeur au département de gestion de l’Université d’Aalbord au Danemark, a comparé les communautés de la connaissance et de l’innovation (CCI) à Airbus, déclarant que le manque de concurrence conduira à moins d’innovation.
Le professeur n’est pas très satisfait des CCI et souhaiterait qu’on les renomme communautés concurrentes. Il estime qu’à l’heure actuelle, on met en place deux ou trois monopoles de la connaissance. De par son expérience, il a constaté que la concurrence est efficace pour stimuler les élèves, les chercheurs et les entrepreneurs.
Il s’est toujours dit critique envers le syndrome Airbus selon lequel, si on met tous ses œufs dans le même panier, les choses iront mieux que s’il y a de la concurrence. Je suis en désaccord total avec cette idée, a-t-il expliqué.
M. Schuurmans a rejeté cette critique acerbe et a insisté sur le fait que les CCI conduiront à une utilisation plus efficace des activités de recherche existantes, en réunissant un grand nombre d’élèves, d’étudiants et d’industries.
Selon lui, la concurrence est essentielle, et l’Europe s’en rendra compte par la suite, lorsqu’elle mettra sur pied les CCI. Ce qu’il souhaite véritablement, c’est de ne pas ne pas avoir affaire aux réseaux peu développés, a-t-il indiqué, soulignant que l’EIT encouragerait le changement dans la manière dont l’UE utilise ses capacités d’innovation.
Les capacités sont suffisantes en Europe, mais il estime qu’il faut les utiliser judicieusement, afin d’obtenir un impact maximum. Selon le président de l’EIT, les CCI seront des réseaux d’excellence et conduiront les scientifiques sur un site unique. Chaque communauté disposera de quatre à six nœuds principaux, dans lesquels les équipes pourront travailler ensemble.
Pour chaque CCI, l’un des instituts de recherche participants pourrait prendre la tête du projet pendant quelques années et accueillir les chercheurs sur son campus.
Toutes les universités impliquées dans les CCI pourront tirer profit de plus de publications, de résultats de recherche et de développements personnels.
Les CCI auront une durée de vie située entre sept et quinze ans, et utiliseront un budget total de 50 à 100 millions d’euros par an. Toutefois, M. Schuurman a reconnu que le budget de l’EIT est plus restreint que celui qu’il aurait souhaité.
Les 300 millions d’euros de budget de l’institut ne sont évidemment pas suffisants, mais ils suffiront à lui faire prendre son envol. Les CCI devront attirer des fonds privés et exploiter des programmes de financement public déjà existants.
Lors du choix des CCI, en début d’année prochaine, l’EIT se concentrera sur l’énergie durable, le changement climatique et la société de l’information. M. Schuurmans a déclaré que des pressions étaient exercées sur l’EIT pour que l’institut élargisse ses attributions aux domaines de la santé et de l’alimentation.
Jan Figel', commissaire européen à l’Education et à la formation, a déclaré que la concurrence doit faire partie de la réflexion et des réalisations de l’EIT. Selon lui, l’Europe doit être ouverte d’esprit et faire preuve d’imagination pour trouver des réponses à la crise économique. Nous devons ressortir leader de cette crise, a-t-il indiqué, soulignant que l’Europe doit trouver des solutions pour les présenter au sommet du G20 à Londres. La réponse de la Commission est selon lui d’investir plus et mieux.
L’eurodéputé socialiste finlandais Reino Paasilinna a indiqué que les pays ne réussissaient pas à atteindre les objectifs fixés par l’Agenda de Lisbonne. Les pays n’investissent pas dans l’innovation, c’est pourquoi la situation est mauvaise, selon lui. Il fait remarquer que les plans de relance parlent de l’énergie et de l’infrastructure, mais ne mentionnent pas l’innovation.
Il a ajouté que les investisseurs évitent de prendre des risques et investissent dans des entreprises de renom plutôt qu’en soutenant de jeunes chercheurs. Nous avons besoin de plus d’argent pour l’innovation, ou il n’y aura pas d’idées nouvelles, a-t-il indiqué.
Selon Maria João Rodrigues, professeur d’économie à l’Université de Lisbonne, l’EIT, le processus de Bologne et l’adoption de l’Agenda culturel européen faisaient partie des efforts européens visant à réorienter les politiques vers une économie fondée sur la connaissance. L’Année européenne de la créativité et de l’innovation est une étape naturelle dans un long processus qui a commencé à Lisbonne, a-t-elle ajouté, soulignant que cette étape a lieu à un moment où la créativité est plus importante que jamais.
Nous avons besoin de créativité dans les domaines de la science, de la technologie et de la culture, nous avons besoin de créativité pour modifier les modèles de production et de consommation que doivent adopter nos services publics, a-t-elle déclaré.
Jan Muehlfeit, président européen de Microsoft Corporation, a indiqué que c’était la première fois dans l’histoire que les nouvelles générations comprennent mieux la technologie que les personnes plus âgées, alors que les ordinateurs battent les humains aux échecs. Selon lui, les avancées futures dépendent des progrès dans le domaine de la créativité.
Il s’agit pour lui d’un élément essentiel de l’éducation. Il pense que le système scolaire actuel se fonde trop sur la mémorisation. Selon lui, la raison pour laquelle l’Europe n’aime pas prendre de risque se trouve dans l’éducation.