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Les oeuvres européennes exclues de l’accord Google Books [FR]

Publié 16 novembre 2009
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Les œuvres publiées aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, en Australie et au Canada seront inclues dans le projet de recherche de livres numériques de Google, ont convenu vendredi (13 novembre) Google et les représentants de l’industrie livresque.

Les œuvres figureront dans « Google Books » uniquement si elles ont été enregistrées aux Etats-Unis, ou si elles viennent du Royaume-Uni, d’Australie ou du Canada, d’après le nouvel accord conclu à New York la semaine dernière.

Ce changement implique que 95 % de l’ensemble des ouvrages étrangers ne feront plus partie des archives numériques de Google Books, a dit Richard Sarnoff, président de l’ « Association of American publishers » (association des éditeurs américains), au Financial Times.

Beaucoup de pays européens ont fait part de leur inquiétude quant à la possibilité que Google Books porte préjudice à l’industrie de l’édition européenne (EurActiv 27/05/09). La France et l’Allemagne font partie de  ceux qui craignent que le projet ne respecte pas de façon adéquate le droit européen de la protection des droits d’auteurs.

Pendant ce temps, les concurrents de Google sont pleins de ressentiment à l’égard du quasi-monopole du géant américain sur le nouveau marché du livre numérique.

Dans un précédent accord entre l’AAP et l’Authors Guild (association des auteurs) d’octobre 2008, Google avait accepté de payer 125 millions de dollars pour créer le « Book Rights Registry », dans lequel les auteurs et les éditeurs peuvent enregistrer les ouvrages et obtenir une compensation via les abonnements institutionnels ou la vente des livres.

D’après les termes de cet accord, tous les ouvrages - y compris ceux qui n’ont jamais été publiés aux Etats-Unis - auraient été éligibles pour faire partie du projet de Google sauf si les droits d’auteurs étaient explicitement exclus du texte.

Cependant, le ministère américain de la justice a décidé d’enquêter sur cet accord et les inquiétudes qu’il a soulevées sur les droits d’auteur et l’antitrust, malgré la reconnaissance du potentiel de Google Books pour donner un nouveau souffle à des millions d’ouvrages qui sont maintenant effectivement inaccessibles pour le public.

D’après l’accord de vendredi, Google Books inclura seulement les œuvres enregistrées dans les pays qui ont contribué au plus grand nombre d’ouvrages écrits en anglais dans les bibliothèques américaines, ce qui est rendu possible par des similarités entre leurs systèmes juridiques et la structure de leurs industries d’édition.

Les éditeurs britanniques, canadiens et australiens feront partie du conseil d’administration supervisant le registre des droits aux côtés de leurs homologues américains.

Les opposants de Google, représentés par l’Open Book Alliance qui comprend Microsoft et Amazon, ont rapidement qualifié les dernières évolutions de « tour de passe passe ».

Fondamentalement, cet accord reste une opération planifiée créée pour servir les intérêts commerciaux privés de Google et de ses partenaires. Aucune des modifications proposées ne semble prendre en compte les défauts majeurs mis en avant par le ministère de la justice ni les autres critiques qui pourraient avoir un impact sur l’intérêt du public, a dit Peter Brantley, co-président de l’Open Book Alliance.

Accord sur les « œuvres orphelines »

La controverse a été vive sur la question des dénommés « ouvrages orphelins » : œuvres qui ne sont plus imprimées ou dont l’auteur ne peut être retrouvé.

L’accord de vendredi énonce que tout argent émanant de ce type d’ouvrage devrait être retenu durant 10 ans dans l’hypothèse où l’auteur se ferait connaître, délai au-delà duquel l’argent serait réparti parmi les œuvres de charité des Etats-Unis, du Canada, de l’Australie et du Royaume-Uni.

Une part des revenus générés par les œuvres orphelines devra aussi être utilisée par Google pour rechercher les bons auteurs.

L’accord permet à Google d’utiliser son registre pour vendre des abonnements en ligne, des téléchargements numériques et services d’imprimerie.

Réactions : 

Réagissant sur cet accord, la Fédération des éditeurs européens (FEE), qui représente 26 éditeurs nationaux, a déclaré qu’il était positif que les parties aient pris en considération les inquiétudes des éditeurs européens et aient pris des mesures. Mais, l’association a annoncé son intention d’analyser plus en détails le nouvel accord avant de faire des commentaires définitifs.

Nous apprécions l’intention d’exclure les livres non anglophones, même si nous allons encore devoir analyser les impacts de cette exclusion et les conséquences pratiques de la définition adoptée, qui inclue également les livres non anglophones sous certaines conditions, selon le communiqué de la FEE.

La définition de disponibilité commerciale a également été significativement améliorée et certaines dispositions concernant les œuvres orphelines, en particulier les projets visant à localiser les réels détenteurs de droits, semblent être un signal attestant du fait que l’accord se rapproche du concept d’autorisation préalable défendu par les éditeurs européens, et convenu avec d’autres parties prenantes européennes, a affirmé la FEE. Ce concept, principe clef contenu inscrit dans la Convention de Berne, implique une autorisation avant tout acte de reproduction (scannage) et/ou de mise à disposition. 

La FEE soutient  Europeana en tant que point d’accès unique au contenu culturel européen, avec d’autres initiatives telles que Libreka en Allemagne ou Gallica2 en France.

Réagissant à l’accord de ce week-end, Peter Brantley, co-président de la Open Book Alliance, qui représente entre autres Amazon et Microsoft, a déclaré qu’en procédant à des arrangements cosmétiques, Google, l’Association of American Publishers et l’Author’s Guild tentaient une diversion afin de faire oublier aux gens leurs efforts continuels d’établir un monopole sur l’accès et la distribution au contenu numérique.

M. Brantley les a aussi accusé d’essayer d’usurper le rôle du Congrès en matière de définition de la politique des droits d’auteurs ; enfermer les écrivains dans leur registre non désiré, les priver de leurs droits contractuels individuels, mise en danger des budgets des bibliothèques et de la vie privée des usagers ; et l’établissement d’un dangereux précédent en termes d’abus de la procédure d’action collective.

La numérisation des livres a le potentiel de débloquer d’énormes volumes de notre connaissance culturelle partagée, et l’Open Book Alliance soutient les efforts pour rendre les livres trouvables, lisibles et téléchargeables. Mais il existe une bonne voie et une mauvaise voie pour remplir cet objectif. La bonne voie, c’est l’ouverture, la concurrence, et l’intérêt général, a déclaré l’Open Book Alliance dans un communiqué.

En réaction à l’accord, Paul Aitken, directeur exécutif de l’Author’s Guild, a déclaré, selon le FT, qu’il y avait des changements substantiels mais que le principal avait été protégé, ajoutant qu’il y avait un accord de base qui etait assez bon pour tout le monde.

Dan Clancy, en charge de la numérisation des livres chez Google, a déclaré que certaines parties fondamentales de l’accord original ne pouvaient pas être modifiées. Seul un amendement à la loi américaine rendrait possible pour d’autres entreprises Internet d’offrir des œuvres orphelines en ligne de la même manière que Google pourra le faire légalement dans le cadre de l’accord, a rapporté le FT, citant M. Clancy.

Prochaines étapes : 
  • D’ici 2010 : la Commission espère atteindre la barre des 10 millions d’œuvres numérisées disponibles sur Europeana.
Contexte : 

En mai dernier, les pays de l’UE ont demandé à la Commission européenne d’enquêter sur les conséquences économiques de Google Books, craignant qu’il ne nuise à l’industrie de l’édition européenne (EurActiv 27/05/09).

La Fédération des éditeurs européens considère que la publication des livres contribue à hauteur de 24,5 milliards d’euros à l’économie européenne dans un marché du détail qui en vaut 40 milliards.

En novembre 2008, l’UE a lancé sa propre bibliothèque en ligne, « Europeana  », qui donne accès à des milliers de livres. Moins d’un an après son lancement, Europeana propose déjà plus de 4,5 millions d’œuvres numérisées, y compris des livres, des cartes, des extraits de films et des photographies. Bruxelles veut que ce chiffre atteigne 10 millions avant 2010. 

Google signale qu’il a atteint deux jalons importants depuis qu’il a commencé la numérisation des livres en 1995. Selon des chiffres de la société, il a déjà scanné plus de 10 millions de livres en environ 40 langues, et a aussi redonné vie à de nombreux livres en rupture d’édition, certains remontant à 200 ans.

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