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Le sommet de printemps surmontera-t-il l'hiver protectionniste? [FR]

Publié 23 mars 2006
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Le sommet européen des 23 et 24 mars 2006 doit se prononcer en faveur des programmes de réforme nationaux et européens dans le cadre de la stratégie de Lisbonne et jeter les fondations d'une coopération plus soutenue sur la politique énergétique, mais l'esprit de "patriotisme économique" pourrrait bien freiner ces bonnes intentions.

Officiellement, le Conseil de printemps devrait donner les résultats suivants:

  • l'approbation des programmes de réformes nationaux pour la croissance et l'emploi;
  • la soutien au concept de "flexicurité" (flexibilité et sécurité) pour les réformes du marché du travail;
  • la décision de créer d'un Fonds européen d'ajustement à la mondialisation, qui aidera les travailleurs ayant perdu leur emploi du fait de la mondialisation;
  • le soutien à l'idée d'un Institut européen de technologie;
  • la demande d'une politique énergétique pour l'Europe équilibrant les besoins de viabilité économique, de compétitivité et de sécurité de l'approvisionnement
Réactions : 

Dans un communiqué de presse, le président de la Commission, M. Barroso, a demandé aux dirigeants européens de "se détourner du protectionnisme" et d'"engager des réformes progressives".

La Table ronde européenne des industriels (European Round Table of Industrialists,  ERT) a prévenu que la "montée en puissance du nationalisme économique" contribuera à "l'érosion du marché unique européen". Le communiqué de presse de l'ERT conclut : "Des décideurs politiques responsables ne prennent pas de décisions irresponsables. Ils ont le devoir de résister fermement à de telles tendances dans l'intérêt sur le long terme de leur électorat".

Cependant, les manifestations populaires contre les réformes et la crainte de perdre les prochaines élections font en sorte que certains hommes politiques jouent de nouveau la carte de l'intérêt national.

La Confédération européenne des syndicats (CES) a fait l'analyse suivante dans une résolution adressée au Sommet de printemps : "Les travailleurs en Europe sont préoccupés par le manque d’emplois décents, par les emplois précaires et incertains qui se multiplient dans l’économie et par l’accroissement du niveau de pauvreté et de l’exclusion sociale. Ils rejettent un agenda politique qui, en utilisant l’alibi d’une compétitivité orientée vers les entreprises, rendra encore plus difficile la situation en réduisant les salaires, les conditions de travail et la protection sociale et en prolongeant les heures de travail".

Dans une note présentée le 14 mars 2006, le think tank européen Bruegel a émis une forte mise en garde contre le programme européen de réformes de Lisbonne. Dans leur rapport, les chercheurs Jean Pisani-Ferry et André Sapir ont recommandé aux dirigeants européens de ne pas manquer la "dernière sortie vers Lisbonne".

 

Contexte : 

Les chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE se réuniront lors du Sommet annuel de printemps les 23 et 24 mars 2006. Certains d'entre eux sont confrontés à des défis importants dans leur pays et pourraient tenter d'utiliser le sommet pour assurer leur propre crédibilité ou leur survie interne.

Le président français Jacques Chirac et son Premier ministre Dominique de Villepin sont confrontés à des troubles sociaux et des manifestations contre les réformes du marché du travail. L'italien Silvio Berlusconi est empêtré dans une campagne électorale difficile et souhaite peut-être marquer quelques points lors du sommet tandis que le Premier ministre britannique Tony Blair est touché par des scandales de prêts secrets versés à son parti.

De plus, une nouvelle vague de fusions transfrontalières potentielles dans le secteur de l'énergie et l'affaire Mittal-Arcelor ont renforcé les arguments en faveur d'un nouveau protectionnisme, qui se cachent derrrière l'expression "patriotisme économique".

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