La Turquie et la Commission européenne ont paraphé hier (21 juin) un « accord de réadmission », selon lequel la Turquie reprendrait les immigrés clandestins originaires de pays tiers qui seraient entrés sur le territoire de l'UE en traversant ses frontières. Le paraphe est la première étape avant la signature officielle. Pendant des années, la Turquie a résisté aux pressions de l'UE qui souhaitait conclure ce type d'accord.
La commissaire aux affaires intérieures, Cecilia Malmström, a salué la nouvelle, ajoutant qu'elle avait hâte que l'accord soit signé.
« Cela nous permettra également de progresser sur le dossier de la libéralisation du régime des visas, ce qui montrera à la population et aux autorités turques que l'UE respecte ses engagements en matière de mobilité des citoyens », a-t-elle déclaré.
De nombreux immigrés clandestins ont traversé la frontière gréco-turque ces dernières années, surtout dans une zone d'une vingtaine de kilomètres aux alentours des villes d'Orestiada en Grèce et d'Edirne en Turquie, à l'endroit où la rivière Evros (Meriç en turc, Maritsa en bulgare) traverse la frontière. Ce flux d'immigrés clandestins a accru les pressions sur la Grèce déjà en difficulté financière et a même failli entraîner son expulsion de l'espace Schengen.
Suite aux mesures prises par Frontex, l'agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures, le nombre d'immigrés traversant la frontière gréco-turque serait passé de 2000 à 500 par semaine ces derniers mois.
Depuis plusieurs années, le premier ministre, Recep Tayyip Erdoğan, promet une meilleure coopération pour réduire l'immigration illégale en échange de l'aide de la Grèce pour l'assouplissement du régime des visas pour la Turquie.
La Turquie est candidate à l'adhésion, mais ses citoyens doivent obtenir un visa pour entrer dans l'espace Schengen (voir « Contexte »). Il est difficile de savoir dans quelle mesure le gouvernement turc a utilisé le problème de l'immigration clandestine pour contrer la réticence de l'Union à discuter d'un régime sans visa pour les Turcs.
En 2010, la Turquie a établi un régime sans visa avec des pays comme l'Iran, la Syrie, le Yémen, la Libye, le Liban, le Maroc et la Tunisie, pour lesquels l'UE conserve des exigences de visa très strictes.
Ankara réclame une feuille de route
La presse turque a cité le ministère des affaires étrangères à Ankara qui a affirmé que dans la mesure où les Etats membres de l'UE avaient autorisé la Commission européenne à mener des négociations sur la libéralisation du régime des visas avec la Turquie et où l'accord de réadmission avait été paraphé à Bruxelles, un plan d'action sur l'exemption de visa serait à présent préparé par l'exécutif européen.
Avant de signer l'accord de réadmission, la Turquie réclame une feuille de route menant à la levée totale des exigences de visa pour ses citoyens. Selon le quotidien Hurriyet, Ankara pense que cela sera possible d'ici 2014-15. C'est la raison pour laquelle la Turquie compte attendre de voir le contenu du plan d'action de la Commission avant de s'engager davantage. Ce plan d'action devrait être prêt à l'automne prochain.
Une procédure de libéralisation du régime des visas est également prévue, ce qui devrait permettre aux journalistes, aux hommes et femmes d'affaires, aux artistes et aux athlètes d'obtenir de visas à entrées multiples valables de 2 à 5 ans, au lieu de devoir faire une demande pour chaque voyage dans les pays de l'espace Schengen.
La réadmission des citoyens des pays tiers ne sera pas automatique dès le début. Une période transitoire de trois ans est prévue pour permettre la construction de centre d'accueil pour les réfugiés.
Les dirigeants européens doivent par ailleurs encore approuver l'accord sur les visas.
Difficile de savoir également comment s'appliquerait l'accord de réadmission avec Chypre, un Etat membre de l'UE sérieusement exposé à l'immigration clandestine, y compris en provenance de la Turquie, mais qui n'est pas reconnu par Ankara.




