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La Suède relance les projets de sécurité intérieure de l’UE [FR]

Publié 14 décembre 2009
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Les propositions de la présidence suédoise pour un nouveau programme en matière de justice et d’affaires intérieures, adoptées par les chefs d’Etat et de gouvernement lors de leur rencontre à Bruxelles la semaine dernière (10-11 décembre), devraient conduire à des actions nécessaires dans des domaines tels que l’immigration et l’asile, ont déclaré des experts à EurActiv.

Le projet final  du programme a été décrit par un fonctionnaire de l’UE comme constituant la feuille de route la plus détaillée de son genre.

Cette opinion a été reprise par l’eurodéputé socialiste britannique Claude Moraes, qui a dit que contrairement à ses prédécesseurs de Tampere et de la Hague, le modèle de Stockholm traitait de l’intégralité du domaine de la justice et des affaires intérieures.

M. Moraes, qui siège dans un groupement parlementaire spécialisé sur ces questions, a confié à EurActiv qu’il pensait que Stockholm offrirait à l’UE un potentiel changement de vitesse pour au final faire certains progrès concrets dans les discussions qui ont en réalité été gelées depuis plusieurs années.

Les questions controversées et politiquement sensibles de la politique d’immigration, de l’asile, des droits fondamentaux et de la sécurité ont causé de nombreuses fractures parmi les Etats membres de l’UE lors de ces dernières décennies.

Accroître l’engagement du Parlement va « accélérer les choses »

Cependant, avec l’entrée en vigueur du traité de Lisbonne, le Parlement a désormais un pouvoir législatif équivalent à celui du Conseil des ministres de l’UE, dans la quasi-majorité des domaines liés à la justice et aux affaires intérieures. M. Moraes et d’autres pensent que cela va débloquer un grand nombre de débats primordiaux.

Un fonctionnaire de la Commission a dit à EurActiv qu’il pensait que les décisions clefs seraient prises bien plus rapidement à l’avenir, car l’extension du pouvoir de co-décision en matière de justice et d’affaires intérieures va engendrer une plus forte implication du Parlement.

M. Moraes, d’autre part, affirme qu’il s’agit plus de certitude que de rapidité. Peu importe si ces sujets sont controversés ou non, nous serons en mesure de légiférer, a-t-il dit, déclarant que lorsque l’on abordera ces questions dans le forum démocratique du Parlement, cela fera certainement bouger les choses.

Le programme de Stockholm, bien qu’il soit délibérément vague, commence néanmoins à se diriger dans la bonne direction, a remarqué une source de la Commission. Par exemple, sur la question épineuse du nombre croissant de demandeurs d’asile et d’immigrés clandestins qui souhaitent entrer dans l’UE par la Méditerranée, le programme reconnaît le besoin de soutenir Frontex, l’agence de l’UE pour la sécurité des frontières extérieures.

Cela devrait en fait conduire à augmenter le partage des outils – bateaux, avions et équipage – entre les Etats membres de l’UE, en réponse aux vaisseaux remplis d’immigrés clandestins. D’après les eurodéputés italiens, il s’agit de quelque chose qui manque ostensiblement à l’heure actuelle.

Le programme de Stockholm identifiant Frontex comme un élément clé du renforcement des stratégies pour lutter contre l’immigration clandestine, il devrait mettre la pression sur les Etats-membres pour travailler davantage en coopérant, et de la même manière donner plus d’atouts à la Commission afin de développer les compétences de Frontex autour de la Méditerranée, pense M. Moraes. Il nous appartient de combler les vides, a-t-il ajouté.

Vers une politique d’asile européenne ?

Alors que la source de la Commission a dit que l’exécutif était satisfait de la feuille de route suédoise, des sources diplomatiques ont dit à EurActiv qu’en réalité l’exécutif avait été mécontent qu’il n’y ait pas de progrès sur la reconnaissance mutuelle de l’asile – un domaine sur lequel beaucoup d’Etats membres ont été réticents à avancer trop vite.

Rebondissant sur ce point, Kris Pollett, chargé de mission en vue au Conseil européen sur les réfugiés et les exilés, a déclaré que le manque de volonté chez certains Etats membres pour chercher à établir des standards plus élevés de protection des réfugiés et à atteindre un régime d'asile européen commun se répercutait dans le programme à travers le langage ambitieux sur l’harmonisation de la législation sur l’asile.

M. Pollett a dit que le Conseil européen sur les réfugiés et les exilés était très déçu de l’imprécision des mots utilisés par le programme dans ce sens, alors que M. Moraes affirme que le projet final met trop l’accent sur la sécurité et le contrôle concernant la traversée des frontières, les contrôles de visas et la criminalité.

Par-dessus tout, le programme se concentre fortement sur les droits des citoyens, s’établissant comme le but recherché en faisait de la citoyenneté européenne une « réalité tangible ».

Réactions : 

L’agence de l’ONU pour les réfugiés, l’UNHCR, a salué l’adoption du programme de Stockholm, mais a appelé l’UE à s’assurer que les objectifs de gestion des migrations ne remettent pas en cause les principes de protection des réfugiés.

Les mesures proposées par le programme de Stockholm devraient aider à mettre un terme aux disparités en matière d’asile entre les Etats membres de l’UE, a déclaré Judith Kumin, directeur pour l’Europe du UNHCR. Les priorités confirmées aujourd’hui devraient rapprocher le système européen commun d’asile de son objectif, celui d’assurer des issues justes et efficaces pour les demandes d’asile à travers l’UE.

En matière de coopération pratique, l’UNHCR encourage les Etats membres de l’UE à soutenir pleinement le Bureau européen d’appui en matière d’asile (EASO) dans son travail d’amélioration de la cohérence et de la qualité de la prise de décision dans le domaine de l’asile. L’UNHCR veut dans l’avenir travailler avec et fournir de l’expertise au travail de l’EASO, y compris en tant que partie du conseil d’administration du Bureau.

Pour ce qui est des étapes concrètes du programme, l’UE va devoir réfléchir à la création d’un cadre de « transfert de protection » au sein de l’Union. L’UNHCR espère qu’une telle décision permettra aux réfugiés et aux autres personnes sous protection internationale de bénéficier de plus de droits à la liberté de mouvement à l’intérieur de l’UE, de la même manière que pour les autres personnes non ressortissantes de l’UE présentes légalement en Europe. Cela représenterait une étape importante, nécessaire pour assurer le traitement équitable des personnes qui se voient attribué une protection.

L’UNHCR soutient l’appel de l’UE pour davantage de partage de la responsabilité et de solidarité entre Etats membres et l’agence est prête à contribuer à ces efforts, mais elle en appelle aux Etats pour qu’ils restent concentrés sur de hauts standards de protection. Certains Etats membres ont des systèmes d’asile qui subissent une pression plus forte que la moyenne, en raison d’un très grand nombre d’arrivants. Les réponses à cette situation devraient notamment inclure des amendements au règlement Dublin, actuellement en discussion au Conseil, met en avant l’agence.

En plus des nombreux défis actuels pour la protection des réfugiés en Europe, le programme de Stockholm réaffirme le désir de l’UE de coopérer avec les pays tiers, y compris ceux accueillant des populations importantes de réfugiés. L’UNHCR a salué la volonté européenne de continuer à promouvoir l’adhésion à la Convention de Genève et ses protocoles pour les réfugiés. L’UNHCR peut fournir des conseils sur les stratégies et actions de l’UE en dehors de ses frontières, notamment en matière de réinstallation des réfugiés dans les Etats membres dans le cadre d’une proposition de programme conjoint de l’UE pour la réinstallation.

En ce qui concerne d’éventuelles nouvelles approches pour l’accès à l’asile dans les principaux pays de transit, potentiellement ceux le long des frontières méridionales et orientales de l’UE, l’UNHCR explique que l’attention devrait se focaliser sur la réalité des conditions dans certains pays de transit qui sont actuellement inadéquates pour assurer le respect des droits basiques des demandeurs d’asile et des réfugiés. Davantage de travail est nécessaire pour apporter des solutions durables pour les réfugiés et d’autres personnes en besoin de protection dans les pays voisins de l’UE.

Prochaines étapes : 
  • Fév-juin 2010: Proposition par la Commission de projets d’actions législatives basés sur la feuille de route du programme de Stockholm.
  • 2010-déc 2014: Durée de vie législative du programme de Stockholm.
Contexte : 

Le programme de Stockholm est le programme législatif proposé par la présidence suédoise de l’UE en matière de justice et d’affaires intérieures (JAI) pour la période 2010-2014.

L’actuel agenda JAI, le programme de La Haye, expire cette année (voir EurActiv LinksDossier).

Selon la présidence suédoise, le programme de Stockholm vise à définir le cadre pour une coopération douanière et policière en Europe, ainsi que pour les services de secours, la coopération en matière de droit civil et pénal, d’asile, de migration et de politique de visa.

De toutes ces questions, les politiques d’immigration et l’asile sont devenus les sujets politiques les plus brûlants, avec en particulier un certain nombre de pays méditerranéens (y compris Malte et l’Italie) qui ont appelé à une plus grande assistance de la part de leurs homologues du nord.

Dans un débat au Parlement européen en octobre 2009, la proposition suédoise avait été saluée par les eurodéputés libéraux, mais qualifiée de faible sur l’immigration par les pays du sud (EurActiv 12/10/09).

Le Parlement a appuyé en novembre le projet suédois à une large majorité (EurActiv 26/11/09).

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