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Dans sa recherche du soutien parlementaire pour un nouveau mandat à la tête de la Commission européenne, José Manuel Barroso a publié aujourd'hui (3 septembre) un document de 41 pages contrastant fortement tant en longueur qu'en contenu avec la courte lettre qui l'avait aidé à gagner la bénédiction des chefs d'Etat et de gouvernement en juin.
José Manuel Barroso a reçu le soutien unanime des chefs d’Etat et de gouvernement en juin, pour son second mandat de cinq ans à la tête de la Commission européenne (EurActiv 19/06/09).
Le 9 juillet, les chefs d’Etat et de gouvernement ont adopté par procédure écrite la décision de soutenir officiellement M. Barroso (EurActiv 09/07/09). La Suède, actuelle titulaire de la présidence tournante de l’UE, insiste sur la nomination immédiate de M. Barroso par le Conseil européen; elle soutient qu’en temps de crise, l’Union a besoin d’un président de la Commission qui est pleinement au pouvoir (voir LinksDossier d'EurActiv sur la présidence suédoise de l’UE).
Cependant, après des consultations arbitrées par la présidence suédoise de l’UE, il est apparu que le Parlement européen ne voterait pas sur la nomination de M. Barroso à sa séance plénière de juillet (EurActiv 02/07/09).
Les eurodéputés des groupes socialiste et libéral, soutenus par les Verts et députés d’extrême gauche, ont déclaré que toute décision sur des nominations importantes devrait attendre la fin des élections générales de septembre en Allemagne, et le second référendum sur le traité de Lisbonne en Irlande, qui se tient le 2 octobre.
En conséquence, juste avant les vacances estivales, les chefs des groupes politiques du Parlement européen ont convenu de reporter au 10 décembre leur décision sur a date du vote concernant les postes haut placés (EurActiv 07/07/09). Le 25 août, M. Barroso, qui a travaillé lors de la pause estivale, a déclaré qu’il enverrait son programme pour les cinq prochaines années aux groupes politiques du Parlement européen, et organiserait des discussions avec eux (EurActiv 26/08/09).
Les travaux d’été de M. Barroso, qu’il a préparés lors de la pause estivale (EurActiv 26/08/09), ont été rendus public quelques heures après qu’il les ait envoyés aux groupes politiques du Parlement européen, avec qui il devrait discuter de sa candidature la semaine prochaine.
S’exprimant en français, M. Barroso a dévoilé les grandes lignes de ses ambitions devant la presse bruxelloise et a répondu à quelques questions. Il a insisté pour dire que ses « Orientations politiques pour la prochaine Commission », intitulé du document, étaient exactement les mêmes que celles de la lettre
de deux pages qu’il avait envoyé aux dirigeants européens, qui lui ont apporté un soutien unanime pour un second mandat en juin.
Le chômage m’inquiète
Cependant, cette affirmation peut être remise en question : les cinq lignes directrices de juin ne contenaient même pas le mot chômage, qui apparaît désormais neuf fois, y compris dans les titres , dans le nouveau document. Le groupe socialiste avait envoyé un signal d’alarme fort à M. Barroso pour qu’il prenne en compte les priorités du groupe, parmi lesquelles la bataille contre le chômage figurait en haut de liste (EurActiv 14/07/09).
Le chômage m’inquiète et la priorité sociale est beaucoup plus importante aujourd’hui qu’elle l’était il y a cinq ans de cela, a dit M. Barroso aux journalistes.
On ne peut pas dire que M. Barroso ait négligé l’emploi pendant son mandat. Un sommet sur l’emploi a eu lieu à Prague en mai dernier (voir EurActiv 08/05/09), qui avait été convoqué pour évaluer l’impact des crises financière et économique et identifier les bonnes pratiques permettant d’atténuer leurs effet sur le marché du travail. Cependant, à cause d’une avalanche de sommet lors de la présidence tchèque (voir EurActiv 15/04/09), le sommet de l’Emploi a eu lieu avec une poignée de dirigeants de l’UE seulement, et les partenaires sociaux ont refusé de signer le document final.
Revoir la Stratégie de Lisbonne
Les « devoirs » de M. Barroso parlent de réviser l’actuelle Stratégie de Lisbonne pour s’adapter à la période post-2010, la transformant en stratégie pour une vision intégrée de l’Europe en 2020.
L’ambitieuse Stratégie de Lisbonne, qui vise à faire de l’UE l’économie de la connaissance la plus compétitive en 2010 a échoué sur de nombreux aspects, selon l’opinion de beaucoup d’experts (EurActiv 08/07/09). Or, la lettre de M. Barroso aux dirigeants européens ne mentionne même pas cette stratégie.
Cette fois, M. Barroso appelle à une approche plus convergente et coordonnée pour la réforme des économies européennes à travers l’investissement dans de nouvelles sources de croissance et, entre autres choses, dans la sécurisation de finances publiques solides pour le projet, afin de sortir avec succès de la crise. S’adressant à la presse, il a dit que deux voies s’offraient à l’Europe : vers le leadership ou la marginalisation.
Une vue d’ensemble
M. Barroso écrit que les initiatives européennes existantes les plus importantes doivent être reformulées et liées toutes ensembles, puisqu’elles n’offrent pas une vue d’ensemble de ce que l’Europe souhaite réaliser. Il propose que soient « mises en réseau » les stratégies suivantes pour parvenir en 2020 au type d’économie sociale de marché que les européens, selon lui, appellent de leurs vœux : la Stratégie de Lisbonne pour la croissance et l’emploi, l’agenda social renouvelé, le Pacte de stabilité et de croissance, la politique relative à la concurrence et aux aides d’Etat, la Stratégie en faveur du développement durable, la stratégie du changement climatique et de l’énergie, l’Espace européen de recherche, les programmes de La Haye –et maintenant de Stockholm- sur la justice et les affaires intérieures.
S’occuper de la crise
M. Barroso admet que régler la question des déficits excessifs de la plupart des Etats membres de l’UE, conséquence des crises économique et financière, sera un vrai défi pour la Commission. Il écrit que la Commission devra s’assurer du bon timing dans la correction de ces déficits, avec des dates limites différentes pour les différents Etats membres, y compris en ce qui concerne la question du soutien aux balances de paiement pour certains pays européens. Dans l’ensemble, ramener les déficits sous la barre des 3 % comme le prévoit Maastricht prendra du temps, a-t-il admis.
M. Barroso semble s’avancer un peu plus vers la promotion d’une coordination plus importante des politiques économiques dans l’UE, une politique dont le chantre n’est autre que le président français Nicolas Sarkozy, qui a parlé d’un vrai gouvernement économique de l’eurozone (EurActiv 22/10/09), une idée rejetée par les autres pays européens.
Sous ma direction, la Commission usera de toutes les possibilités offertes par le traité pour renforcer la convergence des objectifs et la cohérence des effets de la politique économique, en particulier dans la zone euro, écrit M. Barroso.
L’agenda numérique et le super réseau électrique
Parmi d’autres remarques générales, plusieurs idées concrètes apparaissent dans le document de M. Barroso. Il écrit que la nouvelle Commission développera un Agenda numérique européen, accompagné d’un programme législatif, pour promouvoir les investissements dans l’Internet à haute vitesse et pour prévenir le fossé numérique. Il a également parlé d’un nouveau super réseau européen pour l’électricité et le gaz, satisfaisant les besoins énergétiques de manières plus intelligentes dans le contexte des objectifs climatiques de l’UE. Il a aussi suggéré une stratégie interne en matière de sécurité pour mieux protéger les citoyens, et une initiative pour la mobilité des jeunes, qui pourraient être considérée comme un programme Erasmus pour tous, permettant à tous les jeunes gens de passer une partie de leur cursus scolaire dans un autre Etat membre.
De meilleures communications
M. Barroso s’engage à examiner les moyens d’intensifier le dialogue entre la Commission et les médias. Mais il ajoute qu’on ne devrait pas se bercer d’illusions sur d’éventuelles améliorations à moins de mettre en place un partenariat entre avec les autorités régionales et nationales. Faisant écho aux remarques exprimées par le premier ministre du Luxembourg Jean-Claude Juncker (EurActiv 19/06/09) il y a quelque temps, M. Barroso a dit que les dirigeants européens devraient arrêter de s’arroger les bénéfices des réalisations positives de l’Europe, et arrêter de blâmer l’UE pour tout ce qu’ils n’aiment pas.
Porte ouverte pour les interdictions nationales des OGM
Une phrase en particulier pourrait être interprétée comme une concession aux Verts européens, qui sont particulièrement hostiles à la reconduction de M. Barroso (EurActiv 15/07/09), et qui tiendront une audience avec le candidat le 9 septembre. Parlant de la promotion de la diversité, M. Barroso a dit qu’il était prêt à approuver la liberté pour les Etats membres d’interdire les semences OGM sur leurs territoires.
Dans un domaine tel que le OGM, par exemple, il devrait être possible de combiner un système d’autorisation communautaire, basé sur la science, avec la liberté des Etats membres de décider si oui ou non ils souhaitent cultiver des semences génétiquement modifiées sur leurs territoires, a écrit M. Barroso.
L’élargissement en suspens
Après avoir salué l’élargissement comme l’un des plus grand succès de l’Union et comme un motif de satisfaction personnelle, M. Barroso indique qu’il ne prévoit pas de projets majeurs dans ce domaine à moyen terme.
L’élargissement n’est pas un processus infini, écrit M. Barroso, ajoutant que l’Union miserait sur le Partenariat Oriental et sur l’Union pour la Méditerranée pour développer ses relations avec les pays couverts par ces initiatives, parmi lesquels plusieurs ont identifié l’adhésion à l’UE comme leur principal objectif politique.
S’associer aux eurodéputés
Un autre aspect de son programme mis en avant par M. Barroso est l’établissement d’un partenariat spécial entre la Commission et le Parlement. Il a expliqué qu’il proposait qu’une heure dédiée aux questions soit instaurée de manière régulière entre le président de la Commission et les eurodéputés, pendant laquelle les législateurs pourraient poser n’importe quelle question sans que l’agenda ne soit décidé à l’avance. Il a aussi indiqué qu’il était prêt à assister aux réunions entre les présidents des groupes politiques du Parlement européen, connues sous le nom de Conférence des présidents.
Son principal but dans son engagement plus important avec le Parlement, a-t-il expliqué, est de travailler à l’établissement d’un véritable espace public européen, puisque pour l’instant il a expliqué qu’il y avait 28 espaces différents – celui de chaque Etat membre, plus ceux de Bruxelles et de Strasbourg.
M. Barroso n’a pas répondu lorsqu’on lui a demandé de mettre ne avant les échecs de son premier mandat, expliquant qu’il préférait parler du futur. Il a répété qu’il était fier de ce que la Commission avait réalisé lors des cinq années précédentes, notamment en ce qui concerne la consolidation de l’Europe à 27 membres.
En réponse aux Orientations politiques de M. Barroso, l’eurodéputé polonais Michal Kaminski, président du groupe des conservateurs et des réformateurs européens, a déclaré :
Le président Barroso a présenté un programme ambitieux pour les cinq prochaines années, et notre groupe est impatient d’en discuter avec lui lors de notre réunion de lundi (7 septembre).
Lors des élections européennes, les électeurs ont nettement rejeté les politiques dépassées des socialistes. La victoire des partis de centre droit n’est pas seulement reflétée dans l’élection d’un responsable politique de centre droit, mais aussi dans la mise en œuvre d’un programme de centre droit à la Commission. Nous saluons la plupart des lignes directrices présentées par M. Barroso, comme l’accent mis sur la finalisation d’un marché unique.
Nous ne rejoignons pas le président Barroso sur tout, mais il est de loin le candidat le plus crédible et le seul éligible sur le terrain. La prochaine tâche du président Barroso est maintenant de bâtir une coalition de partis de centre droit qui veulent que l’Europe se concentre sur les domaines où elle peut jouer son rôle, comme la sécurité énergétique, la crise financière, l’environnement et les relations avec les voisins de l’UE, tout en respectant la souveraineté de l’Etat nation, a conclu M. Kaminski.
Pour le compte de son groupe, le président du PPE Joseph Daul s’est dit satisfait, saluant le « modèle d'économie sociale de marché » présenté par M. Barroso.
« Le Président de la principale force parlementaire européenne se reconnaît pleinement dans les propositions de M. Barroso, dont le fondement est la défense des valeurs qui font la spécificité de l'Europe: ouverture, tolérance, respect de l'autre, solidarité et cohésion sociale », lit-on dans la déclaration.
« Ces valeurs se reflètent dans le modèle d'économie sociale de marché qu'a toujours défendu le PPE, et elles n'ont jamais été autant d'actualité que dans la période de crise que nous traversons, qui nécessite une solidarité et un effort accru envers les plus démunis », a déclaré Joseph Daul.
« Le PPE est le seul à présenter un candidat à la tête de la Commission européenne, et il en est fier. Nous sommes confiants quant à l'issue positive du vote », conclut la déclaration.
« Le Groupe PPE souhaite que le débat sur le prochain Président de la Commission soit un débat de fond, un débat d'idées, et non pas une question de personne », poursuit-elle.
Le journaliste Jean Quatremer du quotidien français Libération, depuis longtemps critique à l’égard de M. Barroso, écrit sur son blog que son plan d’action n’est guère plus qu’un « catalogue de bonnes intentions ». Il s’agit surtout d’une déclaration qui montre que M. Barroso n’a pas d’idées pour l’avenir et se refuse à imposer une réelle autorité. Il « veut faire plus, mais il ne dit pas comment », de peur de déplaire à un ou plusieurs gouvernements.
M. Quatremer ajoute que sur les politiques macro-économiques, M. Barroso est faible et minimaliste, comme attendu, se concentrant essentiellement sur la sortie de crise. On ne trouve rien dans sa déclaration sur les stratégies d’adhésion à l’euro pour les nouveaux membres, sur la manière d’adhérer au Pacte de stabilité et de croissance à l’avenir, sur les moyens de gérer les déséquilibres du secteur privé. M. Barroso semble croire que la lutte contre le chômage requiert des politiques visant l’amélioration des compétences, la flexisécurité, etc. Nous avons déjà entendu plusieurs réponses scandalisées en provenance du Parlement européen, il sera intéressant de voir comment cela va finir, a conclu M. Quatremer.
Le président de la Confédération européenne des syndicats (CES), John Monks, a déclaré qu’étant donné la crise, il fallait inciter M. Barroso à préciser davantage les solutions qu’il propose.
Nous appelons la prochaine Commission et le nouveau Parlement à être plus combatifs sur la politique sociale et l’emploi. Le libéralisme excessif du « laissez-faire » de ces derniers temps a contribué au naufrage des économies mondiales et européennes, et les travailleurs européens en payent le prix avec leurs salaires, leurs imôts et de plus en plus souvent, leur emploi, a affirmé M. Monks.