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29 novembre 2009
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La France cherche à relancer la défense européenne [FR][en][de

Publié: vendredi 6 juin 2008   

Stimuler la politique européenne de sécurité et de défense (PESD) figure au sommet de l’agenda de la présidence française. Les chances d’accomplir des progrès substantiels sont élevées étant donné le rôle de la France comme l’une des principales puissances militaires en Europe.

Contexte:

Presque dix ans se sont écoulés depuis que la France et le Royaume-Uni – dont les budgets pour la défense sont les plus importants après les Etats-Unis (55 milliards de dollars pour le RU et 45 milliards pour la France comparé aux 535 milliards de dollars pour les Etats-Unis, selon les chiffres de 2006) – ont créé la politique européenne de sécurité et de défense avec la célèbre Déclaration de St. Maloexternal

La déclaration de 1998, écrite par le Premier ministre français Lionel Jospin et son homologue britannique Tony Blair, stipule : « l'Union doit avoir une capacité autonome d'action, appuyée sur des forces militaires crédibles, avec les moyens de les utiliser et en étant prête à le faire afin de répondre aux crises internationales ».

Les deux dirigeants ont également souligné la nécessité « de forces armées renforcées, capables de faire face rapidement aux nouveaux risques et s'appuyant sur une base industrielle et technologique de défense compétitive et forte ».

En mars 2008, les nouveaux dirigeants français et britannique, le président Nicolas Sarkozy et le Premier ministre Gordon Brown, ont relancé la traditionnelle « entente formidable » entre leurs deux pays, soulignant la poursuite de leur détermination commune visant à jouer un rôle moteur en matière de défense et de sécurité.

Ils ont appelé tous les partenaires européens à franchir des étapes décisives pour renforcer les capacités européennes civiles et militaires de gestion de crise durant la présidence française de l’UE.

En s’adressant à l’assemblée de l’Union de l’Europe occidentale (UEO) le 2 juin, Jean-Pierre Jouyet, le secrétaire d’Etat français pour les Affaires européennes, a appelé à une « vision politique renouvelée » en faveur de la PESD et a fait des cinq objectifs suivants des priorités pour la « relancer » :

Elaborer et réactualiser la stratégie européenne de sécurité (SES) de 2003

Cette tâche est considérée comme essentielle étant donné les nouvelles menaces émergeantes, comme la sécurité alimentaire et énergétique, le changement climatique, l’immigration clandestine, la sécurité des informations, la non-prolifération et la cyberdéfense. Il semble possible qu’une stratégie réactualisée soit présentée dès le sommet européen en décembre, étant donné le soutien des Etats membres.

Selon les spécialistes de la défense, il s’agit uniquement de la formulation finale du texte. Le Parlement européen a également soutenu l’initiative française, adoptant un rapport hier, 5 juin, qui appelle le Haut représentant pour la politique étrangère et de sécurité commune, Javier Solana, d’évaluer, dans un livre blanc, les progrès réalisés ainsi que tous les points faibles dans la mise en œuvre de la SES depuis 2003.

Renforcer les capacités civiles et militaires

La priorité est donnée au développement d’un groupe naval européen autour du porte-avion britannique ou français, et pour une flotte commune d’A400M pour le transport stratégique. On constate également l’existence actuelle de pénuries critiques en terme de capacité concernant les hélicoptères en opération.

MM. Sarkozy et Brown ont fait de cette question l’une des principales priorités lors de la visite du président français au Royaume-Uni en mars et le Parlement a également abordé la question dans un rapport présenté par son rapporteur, l’eurodéputé allemand socialiste Helmut Kuhne.

Coopération structurée permanente CSP)

La mise en place d’une coopération structurée permanente entre Etats membres, qui remplissent des critères plus élevés et se sont fortement engagés concernant la capacité militaire, avait déjà été prévue dans la défunte constitution européenne et doit maintenant être ancrée dans le traité de Lisbonne.

Tout pays européen souhaitant participer doit notifier son intention au Conseil des ministres des Affaires étrangères. Une décision européenne doit ensuite établir cette coopération sous une période de trois mois, et déterminer la liste des Etats membres participants à la majorité qualifiée.

Les Etats membres peuvent rejoindre la coopération ou en sortir à un stade ultérieur. En outre, un pays peut être suspendu si le Conseil décide qu’il ne remplit plus les critères nécessaires.

Cette disposition constitue sans aucun doute une avancée majeure, comparé aux dispositions actuelles dans le traité de l’UE en matière de PCSD.

M. Jouyet a déclaré que la France lancerait le débat sur les conditions de sa mise en œuvre mais que dans tous les cas, ces dispositions ne seraient pas mises en œuvre avant 2009. Les Etats membres plus petits craignent que la CSP n’entraîne la création d’une « Europe principale » construite autour des « quatre grands » - l’Allemagne, la France, l’Italie et le Royaume-Uni.

Dynamiser le marché européen de l’armement

La France souhaite parvenir à un accord sur le paquet défense présenté par la Commission en novembre dernier afin de dynamiser le marché européen de l’armement, en particulier par une Agence européenne de défense (AED).

La nouvelle législation proposée devrait contribuer à « créer un marché européen véritable dans le secteur, dans lequel les États membres resteront maîtres de la protection des intérêts essentiels de leur défense et de leur sécurité » a déclaré la Commission.

MM. Sarkozy et Brown espèrent que cela permettra d’améliorer la coopération industrielle, d’optimiser les chaînes d’approvisionnement et apportera une contribution essentielle à une base de défense européenne industrielle et technologique plus compétitive.

De meilleures relations entre l’UE et l’OTAN

En août 2007, le président français Nicolas Sarkozy a plaidé en faveur de la « rénovation » des relations avec l’OTAN, en annonçant les projets de réintégrer son pays au sein de la structure de commande militaire de l’OTAN, que le président de l’époque Charles de Gaulle avait ordonné de quitter en 1966.

Cette initiative a été considérée comme une tentative visant à réchauffer les relations avec les Etats-Unis, qui ont été tendues sous la présidence de son prédécesseur Jacques Chirac. Les spécialistes prévoient même la possibilité d’une amélioration considérable de la collaboration entre l’ UE et l’OTAN. 

M. Sarkozy a précisé lors du récent sommet de l’OTAN à Bucarest que le jour du retour de la France tomberait sous la présidence française.

Positions:

L’eurodéputé français PPE-DE Alain Lamassoure a applaudi l’initiative de M. Sarkozy, en déclarant qu’il était le premier président français depuis 1958 à avoir compris qu’il était impossible de progresser sans avoir une défense européenne commune contre les Etats-Unis.

Il a également souligné la nécessité d’obtenir l’adhésion du Royaume-Uni dans la mesure où la PESD n’est pas crédible sans les capacités britanniques.

L’eurodéputé allemand socialiste Helmut Kuhne, rapporteur du parlement de la résolution sur la PESD, a demandé à ce que la stratégie actuelle en matière de sécurité soit complétée avec des éléments de sécurité humaine, comme les répercussions du changement climatique ou la sécurité de l’approvisionnement énergétique.

Il a déclaré que ce nouveau concept de sécurité tarde à se réaliser. Le temps où la sécurité était centrée sur les Etats nationaux et non sur leurs citoyens doit finalement arriver à terme.

Le président polonais de la commission Affaire étrangères du Parlement  et membre du groupe socialiste, Jacek Saryusy-Wolski, a souligné la nécessité de compléter la dimension tempérée de l’UE avec une ligne plus dure qui renforce la PESD et les capacités militaires, ainsi qu’avec une définition plus stratégique des intérêts européens, en abordant les véritables causes et pas uniquement les effets.

Le président allemand de la sous-commission sur la Sécurité et la défense du Parlement  et membre du PPE-DE Karl von Wogau, a insisté sur la nécessité d’envisager davantage la politique spatiale comme une dimension importante de la PESD.

Le porte-parole britannique conservateur en matière de défense, l’eurodéputé Geoffrey van Orden, a fortement critiqué l’initiative française et le soutien apporté par le Parlement, affirmant que son groupe est fermement opposé à toute tentative destinée à affaiblir l’alliance transatlantique de laquelle dépend la sécurité des démocraties.

M. van Orden a indiqué qu’aucune raison militaire n’avait encore justifié l’implication de l’UE dans la défense, ajoutant que l’UE ignore l’OTAN, mais qu’elle cherche à imiter son rôle.

De plus, il a considéré que le rapport du Parlement est un manifeste en faveur d’un coup de l’UE afin de s’emparer des forces armées britanniques et a affirmé qu’il était sceptique à l’idée que la vente d’armes devrait passer sous le contrôle de l’UE.

Selon lui, le Royaume-Uni a la chance de posséder la plus grande et la plus puissante industrie de la défense en Europe. Les secteurs stratégiques et les emplois britanniques pourraient être compromis si l’UE pouvait les limiter en augmentant la charge administrative.

Nick Whitney du European Council on Foreign Relations (Conseil européen des relations étrangères) était plutôt pessimiste quant aux réalisations potentielles pendant la présidence française, en déclarant qu’elle n’aura certainement pas le champ d’application d’un second St. Malo.

Il a ajouté qu’il n’y aura tout simplement pas suffisamment de sandwichs pour faire un bon pique-nique, en faisant référence au manque de volonté des Britanniques à s’engager totalement dans le projet de défense européenne. Cependant, il considère qu’il y a de bons espoirs d’amélioration des relations transatlantiques, en estimant que l’agenda ambitieux de M. Sarkozy visait au moins en partie à impressionner le prochain président des Etats-Unis.

Prochaines étapes:

  • 1 juillet 2008: la France reprend la présidence de l’UE.
  • 2-3 oct. 2008: réunion informelle des ministres de la Défense.
  • 15-16 oct. 2008: sommet de l’UE.
  • 10 nov. 2008: réunion des ministres de la Défense.
  • 11-12 déc. 2008: sommet de l’UE.  

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