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29 novembre 2009
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Un nouveau fil rouge pour la croissance et l’emploi [FR][en][de

Publié: mercredi 24 juin 2009   

La Stratégie de Lisbonne pour la croissance et l’emploi, la priorité ultime de la Commission européenne pour les cinq prochaines années, a un problème d’ « image de marque » et doit être révisée, selon un officiel de l’UE haut placé. La Suède, qui inaugurera le processus de révision de la stratégie cet automne, va donner le coup d’envoi à la recherche d’un nouveau fil rouge pour rendre ces priorités plus pertinentes pour les citoyens, a confié l’officiel lors d’un entretien accordé à EurActiv.

Contexte:

En 2000, l’UE a lancé son ambitieuse Stratégie de Lisbonne pour devenir l’économie basée sur la connaissance la plus dynamique au monde, avant 2010 (voir LinksDossier EurActiv).

Après cinq ans et un résultat limité, les dirigeants européens ont relancé la stratégie en mars 2005, mettant l’accent sur la croissance et les emplois, et sur le transfert de davantage de propriété aux Etats membres par le biais de plans d’action nationaux. 

En réponse aux inquiétudes du public sur le changement climatique, le vieillissement de la population et l’exclusion sociale, les chefs d’Etat et de gouvernement européens ont convenu de détourner l’Agenda de Lisbonne du pur objectif « croissance et emploi » des trois dernières années, en préférant mettre l’environnement et les citoyens à l’avant-plan (EurActiv 18/03/08).

Etant donné la tourmente économique d’aujourd’hui, on assiste aujourd’hui à un retour de balancier, faisant de la création d’emplois et l’augmentation de la compétitivité les priorités clé des Vingt-sept.

Gerard De Graaf, chef d’unité chargé de la Stratégie de Lisbonne à la Commission, a affirmé que l’UE devait accélérer sa mise en oeuvre de son agenda de réformes économiques, mais a aussi suggéré qu’aucun changement radical dans sa substance n’était à l’horizon de la révision de la stratégie qui doit prendre place plus tard dans l’année.

Le problème fondamental est celui de la vitesse. C’est pourquoi, quoi que l’on envisage et que l’on propose en termes de modification de la stratégie après 2010 doit répondre à cette question, a-t-il déclaré à EurActiv.

En termes de politiques, nous voulons davantage d’innovation, par exemple, et nous voulons faire des progrès sur le marché du travail, mais si nous faisons cela et échouons à enregistrer des avancées sur l’environnement des affaires, c’est l’échec assuré. Nous devons progresser sur tous ces fronts.
La stratégie a subi un déluge de critique les dernières années : on lui a reproché son échec à avoir atteint son objectif de transformer l’UE en « l’économie la plus compétitive du monde avant 2010 ».

Le premier ministre suédois Fredrik Reinfeldt, dont le pays reprend la présidence tournante de l’UE le 1er juillet, a récemment mis en évidence l’échec de la stratégie, affirmant qu’une révision et un nouveau coup d’envoi de la stratégie étaient nécessaire (EurActiv 03/06/09).

Agenda de Lisbonne : le secret le mieux gardé de l’UE ?

La stratégie, lancée dans la capitale portugaise en 2000, prend fin en 2010 et doit être révisée plus tard dans l’année. Une large consultation publique sera lancée à l’automne sur Internet, ainsi qu’un accord général sur l’agenda qui sera révisé à un sommet européen sous présidence espagnole en mars de l’année prochaine (EurActiv 19/05/09).

Mais M. De Graaf a concédé que très peu pouvait être réalisé sans un engagement renouvelé des Etats membres à appréhender la société civile au niveau national. 
Le point de départ, c’est la volonté politique, a affirmé M. De Graaf. Si un Etat membre veut impliquer ses actionnaires, alors Internet et les autres instruments s’avèrent très utiles. Mais si les Etats membres considèrent la Stratégie de Lisbonne comme un trésor à préserver jalousement des regards extérieurs, et n’essayent pas d’impliquer le Parlement dans le débat, alors de toute évidence les consultations Internet ne peuvent rien y faire.

Il a continué en affirmant que la Commission gardera l’œil ouvert sur les réponses à venir. Nous ne nous lançons pas dans une consultation pour être rassuré sur ce que nous pensons déjà. De toute évidence, le président a certains points de vues, tout comme nous en avons aussi. Il est très important que nous renforcions nos atouts.

Problème d’image : il faut trouver un nouveau fil rouge

M. De Graaf admet que la perception qu’a le public, et la communication sur le sujet, ont sans doute été le point faible de la stratégie. Si l’on analyse le problème, on ne peut pas nier que nous avons un problème d’image. Si nous étions une société privée, on aurait recours à une société de marketing, et demander comment transformer notre image.

L’officiel affirme que la Commission est convaincu que la stratégie elle-même est un bon produit, mais reconnaît la confusion sur son nom et sa visibilité, ainsi que les sentiments négatifs de ses réalisations, en particulier au niveau national.

De trop nombreuses personnes associent encore la Stratégie de Lisbonne avec 2000 – l’économie la plus compétitive du monde - ; de trop nombreuses personnes ont déjà conclu à l’échec de la Stratégie de Lisbonne et en conséquence n’y prêtent plus attention. Ensuite, il y a un très grand groupe de gens qui ne sont très franchement pas du tout à l’écoute de ce débat, explique-t-il.

Mais il affirme qu’il reste des perspectives pour redresser la barre pour la stratégie. Il y a clairement un problème, dit-il. Allons-nous avoir un ersatz de Stratégie de Lisbonne après 2010? Ou est-ce une opportunité de vraiment se présenter avec quelques chose de nouveau? Je pense que pour tout évènement, indépendamment de son nom, ce qui est une question qui doit être discutée, évidemment, le nouveau fil rouge est important, a-t-il affirmé.

Du point de vue d’un nouveau fil rouge, où l’Europe veut-elle être en 2015? Quel genre d’Europe aurons-nous après la crise? Quelle est la stratégie de sortie ? Au bout du tunnel,  où nous trouverons-nous? Il faudra prendre tout cela en compte au moment de décider du prochain fil rouge, a-t-il déclaré.

Un économe plus intelligence et plus verte

Selon M. De Graaf, certains éléments de ce fil rouge sont déjà connus, tels que le besoin d’une économie plus verte ou la nécessité d’investir dans une économie intelligente fondée sur l’enseignement, la connaissance et l’innovation.

Ce qui est durable et ce qui est intelligent, voilà ce sur quoi les gens sont tombés d’accord. Là où précédemment, le débat faisait rage – « la compétitivité d’abord ? »-, cette discussion a maintenant pris fin. Le débat idéologique est bien moins important qu’il ne l’était, ce que je considère comme un progrès.

Il faut qu’on ait une discussion sur la direction à prendre. Mais il ne s’agit pas tant du « quoi » que du « comment » : il s’agit de mise en œuvre. Le problème en Europe n’est pas que nous ne savons pas où nous devons aller, mais c’est que nous ne faisons pas toujours en sorte de mettre en place les mesures qui nous y mèneront.

Rendre plus opérationnelle la politique d’innovation

Selon M. De Graaf, la même chose vaut pour la politique européenne d’innovation : la question n’est pas tant à propos des objectifs que de leur mise en oeuvre.
Tout le monde convient qu’il devrait y avoir plus de place laissée à l’innovation. Je n’ai jamais rencontré personne qui dise être contre l’innovation. Y a-t-il quelqu’un qui n’aime pas les pandas ? Ou le Père Noël ?, demande-t-il.

Je pense que ce qu’il faut faire avec l’innovation ? La rendre plus opérationnelle, répond-il. L’innovation est un concept relativement flou, mais nous devons le traduire en termes politiques en quelque chose de concret.

Selon M. De Graaf, cela signifie une prise de décisions au niveau opérationnel. Si vous voulez que cela reste une stratégie politique, et pas seulement une stratégie bureaucratique, il faut la garder concrète. Elle doit être traduite en décisions opérationnelles que le Conseil européen de printemps et les ministres peuvent prendre.
L’innovation demande des changements au régime juridique de la propriété intellectuelle. Si nous voulons plus d’innovation, est-ce qu’on est d’accord? Cela demande une standardisation plus rapide, plus de standardisation interopérable. Est-ce qu’on est d’accord ? Telles sont les questions que nous devons vraiment mettre en évidence, conclut-il.

L’enseignement à l’échelle mondiale

De manière similaire, l’enseignement demeure une grande priorité dans la stratégie renouvelée. Dans le cadre de la mondialisation, ce sont les personnes ayant eu une bonne formation qui s’en tireront le mieux, déclare M. De Graaf. Si nous allons concourir avec succès avec le reste du monde, c’est grâce à notre matière grise, grâce aux compétences de nos travailleurs, dit-il.

Et face au chômage croissant à cause de la récession, l’enseignement ne va certainement pas arrêter d’être une priorité politique des gouvernements européen. Ceux qui quittent l’école prématurément sont ceux qui seront les plus vulnérables, déclare M. De Graaf. C’est ce que l’on constate avec l’arrivée de la récession. Ce sont les gens qui ont le plus tendance à être éjecté du système en premier.

De nouveau, il y aura un bon nombre de discussions et de consultations, mais je serais surpris si l’enseignement ne recevait pas une place centrale dans la stratégie d’après-2010.

Des synergies avec le Pacte de stabilité et de croissance

En conséquent, le contenu de l’agenda révisé ne va probablement pas différer fondamentalement du précédent : la compétitivité, la recherche, l’innovation et l’environnement seront ses principaux piliers. 

Mais alors que les Etats membres de l’UE combattent leur pire récession économique depuis leur Deuxième Guerre Mondiale, M. De Graaf a déclaré que la stratégie pourrait recevoir une impulsion politique renouvelée.

Nous devrons nous éloigner de cette idée qui veut que nous puissions nous permettre de reporter des réformes dans l’après-crise, déclare l’officiel. Ces réformes doivent être adoptées maintenant, mais nous devons accepter que cela prenne un peu plus de temps avant de voir les résultats.

A court terme, cela ne vas probablement pas nous aider beaucoup, mais notre message aux Etats membres est de préserver les dépenses de R&D, voire de les augmenter si possible, parce que cela va nous aider dans le moyen à long terme.

Selon l’officiel de l’UE, les Etats membres ne vont de toute façon pas tarder à tomber à court de « muscle fiscal » pour soutenir leurs économies. C’est pourquoi, le seul moyen d’avancer est une réforme structurelle. Je pense que ces deux éléments vont certainement bénéficier à la stratégie après 2010.
Elle n’exclut pas des ajustements ultérieurs au Pacte de stabilité et de croissance, qui limite actuellement les déficits budgétaires afin de conduire des synergies avec la stratégie de Lisbonne.

Si vous considérez les prochaines années, on peut voir que vous devrez démarrer le processus de consolidation fiscale pour inverser la relance fiscale. Cela aura bien sûr un impact sur la Stratégie de Lisbonne. En particulier, les questions qui demandent des dépenses publiques devront affronter des contraintes budgétaires. Nous devons donc en tenir compte, a-t-il expliqué.

Il nous faudra envisager, dans la prochaine phase, le lien entre la Pacte de stabilité et de croissance et la Stratégie de Lisbonne. Les deux stratégies devraient se soutenir mutuellement, selon lui.

Surmonter le conflit de compétence

M. De Graaf n’a pas tardé à écarter ce qui a été considéré comme l’un des problèmes durables de l’agenda de Lisbonne : le fait que l’UE n’ait pas de mandat pour agir sur des questions qui sont pour la plupart de la compétence des Etats membres.

La Stratégie de Lisbonne a pour ainsi dire surmonté ce problème de savoir si nous étions compétents ou non, selon l’officiel. Nous n’avons pas la compétence d’enjoindre à un Etat membre de mettre en place un mécanisme qui permettrait aux jeunes entreprises de démarrer en une semaine. Nous n’avons pas de compétence, mais nous nous sommes débrouillés pour y arriver, a-t-il déclaré.

Les chefs d’Etat et de gouvernement ont pensé que ce serait une sacrément bonne idée. Ils ont en convenu. Nous avons donc une surveillance en place. Nous avons recouru aux Méthodes ouvertes de coordination (MOC) pour échanger des bonnes pratiques. Les Etats membres comme le Portugal, où les habitants peuvent créer une société en une heure, pourraient dire comment raccourcir ce délai aux Etats membres où on a besoin de quarante jours : cela a fonctionné.

En termes d’enseignement, nous allons faire une proposition de directive sur l’enseignement. Nous allons tomber d’accord sur un certain nombre de propositions concrètes au niveau européen. Des idées solides que les Etats membres, et les chefs d’Etat et de gouvernement conviennent de mettre en œuvre dans leur propre Etat, sous la surveillance de la Commission qui vérifie que cela se produise bien en réalitén a-t-il conclu.

Pour lire l’entretien en intégralité, cliquez ici.

Prochaines étapes:

  • Début automne 2009 : la Commission doit lancer une consultation une large consultation sur Internet des parties européennes et nationales intéressées sur la Stratégie de Lisbonne après-2010 (en se basant sur un document d’analyse).
  • Fin 2009 / début 2010 : la nouvelle Commission présente ses propositions formelles pour « Lisbonne après-2010 ».
  • Mars 2010  : le sommet de l’UE doit adopter les principales orientations politiques.
  • Mars 2010 / juin 2010 : le sommet de l’UE doit fournir des décisions plus détaillées, y compris des directives intégrées, des recommandations spécifiques au pays, un nouveau genre de Programme communautaire de Lisbonne et des propositions plus élaborées dans certains domaines politiques (comme la stratégie européenne d’innovation). 

La Fondation EurActiv a récemment organisé un séminaire sur les priorités de la Stratégie de Lisbonne d’après-2010 (voir programme word ici). A l’installation de la nouvelle Commission et du nouveau Parlement, EurActiv continuera à couvrir la révision de l’Agenda de Lisbonne dans sa section  Priorités dans l’UE et durant la « semaine spéciale » des présidences suédoises et espagnoles de l’UE ( voir programme ici ). 

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