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La « sécurité dure » sera au centre du sommet UE-Russie dans la ville orientale russe de Khabarovsk près de la frontière chinoise, les 21 et 22 mai. C’est ce qu’ont appris les journalistes par le biais de l’ambassadeur du pays auprès de l’UE, hier (13 mai) à Bruxelles.
Les relations de la Russie avec l’Ouest connaissent des temps difficiles, en particulier après une récente affaire d’espionnage à l’OTAN, où deux diplomats russes accrédités auprès de l’Allience ont été expulsés de Belgique sous l’accusation d’être des espions. L’un d’entre eux est Vasily V. Chizhov, le fils de l’ambassadeur russe auprès de l’UE, Vladimir Chizhov.
De plus, Moscou a violemment critiqué une initiative récente de la Commission européenne qui vise à moderniser le système ukrainien de gazoducs (EurActiv 24/03/09). Aux yeux de la Russie, l’exécutif européen aurait dû mieux coordonner ses projets avec le pays, qui est le principal fournisseur de gaz de l’Europe.
La Russie réprouve également le Partenariat oriental de l’UE (EurActiv 08/05/09), un projet visant à encourager le développement de liens politiques et économiques avec six ex-républiques soviétiques, suspectant qu’il soit conçu pour remplacer la Communauté des Etats indépendants (CEI) tournant autour de Moscou, par une alternative « bruxello-centriste ».
Le 13 mai, la Russie a dévoilé sa « Stratégie de sécurité nationale jusqu’à 2020 », qui n’exclut pas de possibles affrontements militaires, y compris pour les ressources énergétiques, dans les régions arctique, caspienne ou d’Asie centrale.
Vladimir Chizhov a insisté sur le fait que le temps était venu d’avancer sur une proposition récente du Président russe Dimitri Medvedev d’examiner un nouveau Traité de sécurité européen (EurActiv 09/10/09) et de troquer l’ensemble existant d’engagements politiques plutôt vagues contre des obligations légales contraignantes.
Parmi ces obligations, M. Chizhov a mis en avant l’engagement de ne pas accroître la sécurité de l’un au détriment de la sécurité des autres. La Russie s’est opposée aux tentatives des pays qui l’entourent de rejoindre l’OTAN, en particulier dans le cas de la Géorgie.
L’ambassadeur russe a distingué la République tchèque, affirmant que Moscou mettrait en question le rôle d’un des membres de l’UE. Il a expliqué plus tard qu’il se référait à l’ancien ministre tchèque des affaires étrangères, M. Karel Schwarzenberg, qui a dit que la Biélorussie ne serait pas autorisée à participer au Partenariat oriental avec l’UE si elle reconnaissait la sécession des régions géorgiennes d’Ossétie du Sud et d’Abkhazie.
Nous pensons que de telles méthodes de pression politique sont inacceptables, a-t-il ajouté.
La Roumanie accusée des tensions en Moldavie
M. Chizhov s’est aussi référé à la Moldavie, accusant les autorités roumaines d’y aggraver les tensions.
Nous n’avons pas manqué de remarquer quelques déclarations publiques de Bucarest, à propos de ceux qui vivent de l’autre côté de la rivière, et des références à la frontière comme étant une ligne temporaire, et le refus de la Roumanie, depuis des années, de signer un traité frontalier avec la Moldavie. Un problème sur lequel l’UE a été bien plus souple que lorsqu’il s’agissait des traités entre la Russie et les Etats baltes. Je ne sais pas si c’est système « deux poids deux mesures », ou simplement de l’ignorance, a encore déclaré M. Chizhov.
M. Chizhov a également exprimé sa consternation devant l’initiative du Président roumain d’accorder la nationalité roumaine à grande échelle à des nationaux moldaves d’origine roumaine (EurActiv 15/04/09).
Froid arctique
Pressé par EurActiv de commenter la présentation par la Russie hier de sa « Stratégie pour la sécurité nationale jusqu’en 2020 », qui met en garde contre de possibles conflits militaires, y compris dans la région arctique, où Moscou a de plus en plus montré ses muscles (EurActiv 19/09/08), M. Chizhov a bien explicité que ce n’était pas l’affaire de l’Europe.
Nous croyons que dans le futur proche, les efforts combinés des pays arctiques sont suffisants. Laissez-moi vous rappeler qu’il n’y a pas d’Etat membre de l’UE parmi les pays arctiques, a affirmé M. Chizhov.
La position de la Commission européenne sur ce sujet est différente. L’exécutif européen pense que le cadre légal actuel ne doit pas empêcher l’adoption de nouveaux instruments sectoriels spécifiques (EurActiv 24/11/08).
Les Etats entourant l’Arctique sont la Russie, les Etats-Unis, le Canada, la Norvège et le Groenland, qui deviendra en juin 2009 un pays à part entière en se séparant du Danemark, à la suite d’un référendum qui s’est déroulé récemment. La Commission a décidé de se porter candidate à un poste d’observateur au Conseil de l’Arctique, un forum intergouvernemental pour les pays et les peuples, y compris les communautés indigènes d’Arctique.
La Russie va demander à Klaus pour le Traité de Lisbonne
Chizhov n’a pas caché sa satisfaction de voir le Président tchèque Václav Klaus représenter la Présidence européenne au sommet de Khabarovsk, à côté du Président de la Commission José Manuel Barroso et du Haut représentant de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité Javier Solana. Il a ajouté qu’il avait des attentes plus importantes quant au nouveau gouvernement tchèque, mené par le premier ministre Jan Fischer, puisqu’il est supposé être moins politisé et moins idéologique.
Et nous allons entendre ce que le Président Klaus a à dire à propos du traité de Lisbonne, a déclaré M. Chizhov avec un large sourire. Interrogé sur le fait de savoir si ses commentaires révélait un dégoût personnel pour le nouvel traité européen en sachant que M. Klaus ne fait pas secret de son opposition à ce traité, il a répondu :
Je veux plus de clarté, en fait, a-t-il déclaré. Parce que lorsque l’on en vient à nos négociations sur le dernier chapitre [du futur traité UE-Russie], relatif aux mécanismes de coopération, j’aurai besoin de clarté à ce moment là, a-t-il ajouté.
Non à une « Gay Pride » à Moscou
Interrogé sur l’interdiction par le maire de Moscou d’une « Gay Pride », prévue le 16 mai pour coïncider avec le concours de chant de l’Eurovision, un évènement kitch pour lequel la capitale russe a dépensé des dizaines de millions d’euros, Chizhov a déclaré que la principale motivation des autorités avait été d’éviter des affrontements.
Je n’exclurais pas de fortes réactions de ceux qui n’aiment pas la « gay pride », a-t-il continué.
De nombreux nationalistes et l’Eglise orthodoxe russe ont déclaré que l’homosexualité est un mal qui doit être réprimé.
Une affaire personnelle ?
Les journalistes ont sommé M. Chizov de commenter un scandale à l’OTAN dans lequel son fils, travaillant comme diplomate accrédité auprès de l’Alliance, avait été expulsé pour espionnage.
Mon fils a été mis dans le rôle de la victime d’une provocation flagrante, a déclaré M. Chizhov, ajoutant qu’il parlait en tant que père, et non comme diplomate. Il a souligné qu’il avait été mis au courant de la nouvelle avec un mélange d’indignation et de dégoût.
M. Chizhov a expliqué bien connaitre l’OTAN, ayant été lui-même responsable des relations Russie-OTAN en tant qu’adjoint au ministre des Affaires étrangères avant de venir à Bruxelles.
Je sais comment fonctionne l’organisation, a-t-il poursuivi. C’est pourquoi je trouve difficile de croire que ceux qui ont pris cette décision d’expulser mon fils étaient assez ignorants pour ne pas réaliser qui fait, ou plutôt n’a pas fait, ce dont il a été accusé, a-t-il déclaré.
Le représentant russe a estimé que la décision d’expulser son fils était une manœuvre politique sans aucun fondement, ajoutant que son fils était diplômé il y a moins de trois ans de l’Institut de Moscou de relations internationales et promouvait les relations Russie-OTAN.
Quand aux insinuations dans la presse selon laquelle cela pourrait saper sa position, il a répété que si c’était le cas, la manoeuvre avait raté sa cible et que cette affaire n’aurait aucune conséquence dans la coopération russo-européenne.