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Mettre une annonceL’ouverture d’enquêtes nationales sur les décisions qui ont conduit les gouvernements britanniques et néerlandais à soutenir l’invasion américaine en Irak pourrait être très pertinente dans le contexte de la course aux postes européens de haut niveau. C’est ce qu’a déclaré une source diplomatique à EurActiv.
Le 27 janvier, l’Information Tribunal britannique a soutenu la décision de révéler les procès-verbaux des réunions du Cabinet tenues les 13 et 17 mars 2003. Lors de ces rencontres, les ministres avaient examiné si la décision de partir en guerre était conforme au droit international. L’Information Tribunal est une institution publique britannique, anciennement connue sous le nom de Data Protection Tribunal, créée afin d’examiner les recours basés sur le Data Protection Act de 1984.
Les minutes des réunions du Cabinet traitent des discussions sur la question de savoir si l’invasion en Irak était ou non légale. Ces documents restent en principe secrets pendant des années, mais le Tribunal a déclaré qu’il s’agissait d’un cas exceptionnel et que l’intérêt public l’emportait sur la confidentialité. Le gouvernement dispose de 28 jours pour interjeter l’appel de la décision.
Le 2 février, à la demande du parti travailliste néerlandais membre de la coalition tripartite, le Premier ministre néerlandais, Jan Peter Balkenende, a donné son feu vert à la tenue d’une enquête similaire.
Le Premier ministre aurait annoncé que l’enquête sera menée par une commission spéciale regroupant des responsables politiques de haut niveau et présidée par l’ancien président de la Cour suprême, Willibrord Davids. Un rapport devrait être publié avant le 1er novembre 2009.
Le rôle joué par les responsables politiques européens dans la décision qui a conduit à la guerre en Irak pourrait bien affecter la course aux postes de haut niveau de l’UE. Cette dernière doit débuter au printemps de cette année, ont indiqué des sources, qui se sont confiées sous couvert d’anonymat.
En effet, la question pourrait s’avérer pertinente, en particulier par rapport au choix du nouveau président de la Commission et, si le traité de Lisbonne est ratifié, du président permanent de l’UE et du chef de la politique étrangère de l’UE.
Parmi les responsables politiques qui pourraient être affectés par ces enquêtes figurent l’ancien Premier ministre britannique Tony Blair, le Premier ministre néerlandais, Jan Peter Balkenende, le ministre des Affaires étrangères néerlandais, Jaap de Hoop Scheffer, et le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, qui était à l’époque Premier ministre du Portugal.
Enquête au Royaume-Uni
Le gouvernement britannique décidera avant le 23 février s’il ouvrira la boîte de Pandore qui révélera la part de responsabilité de Tony Blair dans la décision d’attaquer l’Irak, qui avait été soupçonné à tort de fabriquer des armes de destruction massive.
Beaucoup d’observateurs considèrent Tony Blair comme l’un des candidats les plus sérieux au poste de président permanent de l’UE. Ce poste, a été créé par le traité de Lisbonne, qui doit encore être ratifié par tous les Etats membres de l’UE. Il y a quelques jours, Alain Minc, membre du groupe restreint de conseillers du président français, Nicolas Sarkozy, a déclaré lors d’un événement public que M. Sarkozy allait soutenir la nomination de M. Blair à ce poste.
M. Blair a été beaucoup critiqué pour avoir soutenu l’intervention militaire en Irak conduite par l’ancien président américain, George W. Bush, qui visait à évincer le dictateur Saddam Hussein, alors que les Nations-Unies n’avait pas encore approuvé de seconde résolution. Lorsqu’il était encore en fonction, M. Blair avait refusé de fournir des informations sur les décisions prises par rapport à l’invasion en Irak.
Enquête aux Pays-Bas
Aux Pays-Bas, le Premier ministre Jan Peter Balkenende a subi les pressions du parti travailliste, qui est membre de la coalition tripartite, à la suite de la publication dans la presse de quelques notes secrètes du gouvernement. Dans ces dernières, les fonctionnaires avaient mis en garde le gouvernement, conduit par M. Balkenende, contre la faiblesse des fondements juridiques pouvant justifier une invasion.
M. Balkenende a été suffisamment influent pour reporter à la fin du mois d’octobre la présentation du rapport de la commission spéciale, soit après les élections européennes, a indiqué une source, ajoutant que même tardivement, les résultats de l’enquête pourraient restreindre les présumées ambitions de M. Balkenende au poste de président de la Commission.
Officiellement, M. Balkenende a nié tout intérêt pour ce poste. L’enquête pourrait toutefois nuire aux candidats néerlandais visant d’autres postes européens de haut niveau, ainsi qu’à l’actuel secrétaire général de l’OTAN, Jaap de Hoop Scheffer. Un document, rédigé par les conseillers juridiques du ministère néerlandais des Affaires étrangères, aurait averti Jaap de Hoop Scheffer – qui était alors ministre des Affaires étrangères – qu’il n’y avait aucun véritable fondement juridique justifiant l’invasion par le pays.
Jaap de Hoop Scheffer est sur le point de quitter son poste à l’OTAN et son nom a été évoqué pour le poste de chef des Affaires étrangères de l’UE.
Les chances de Barroso compromises ?
Selon diverses sources, l’actuel président de la Commission, José Manuel Barroso, est de moins en moins sûr d’obtenir un second mandat. La principale raison semble être une baisse du soutien du président français, Nicolas Sarkozy. M. Barroso est également considéré comme un ardent défenseur de la guerre menée par les Etats-Unis en Irak.
Lorsqu’il occupait le poste de Premier ministre du Portugal, M. Barroso a organisé le 16 mars 2003 aux Açores une réunion pro-guerre cruciale à laquelle ont participé George W. Bush, Tony Blair et le responsable politique espagnol Jose Maria Aznar.
La plupart des pays de l’UE ont cédé à la pression et ont soutenu la guerre en Irak. Mais des sources diplomatiques ont insisté sur le fait que seuls quelques leaders européens ont joué un rôle central à la veille de la guerre, et que c’est l’avenir politique de ceux-ci qui est maintenant en jeu.
L’invasion en Irak a débuté le 20 mars, 4 jours après la réunion des Açores. L’organisation Iraq Body Count a estimé qu’entre 90 000 et 99 000 civils ont été depuis lors tués dans le pays.
L’eurodéputé travailliste britannique Richard Corbett a été catégorique lorsqu’il a insisté sur le fait que la guerre en Irak ne sera pas un point de débat lors des élections européennes. Il a déclaré que de l’eau avait coulé sous les ponts et qu’il y aurait toujours des controverses sur les positions adoptées, à tort ou à raison, par les responsables politiques européens à propos de l’offensive américaine en Irak. Mais il estime que désormais, l’on est passé à autre chose et que la situation n’est plus la même en Irak.
Quant à la possibilité qu’un responsable politique en faveur de la guerre, à l’instar de Tony Blair, soit élu à un poste européen de haut niveau, M. Corbett ne voit pas de lien direct entre les deux problèmes. Selon lui, à ce moment-là, tous les actuels 27 Etats membres, à l’exception d’un ou deux, soutenaient l’intervention.