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Alors que la Suède se prépare à assumer la présidence tournante de l’UE le 1er juillet, le monde des affaires ainsi que la société civile et les groupes de défense des droits de l’homme pèsent de tout leur poids à Stockholm pour résoudre les crises financière, économique et climatique, en promouvant une réforme structurelle et des politiques ambitieuses.
Lors d’un discours au Riksdag mardi (23 juin), Fredrik Reinfeldt, premier ministre suédois, a exposé les priorités de son gouvernement pour la présidence de l’UE. Il a déclaré devant le Parlement suédois que s’occuper de la crise économique et du changement climatique serait les deux priorités qui domineront cette présidence.
Les autres dossiers clefs de la présidence sont : trouver des financements pour les petites entreprises, une stratégie de sortie pour les déficits budgétaires en expansion, développer un successeur à la stratégie de Lisbonne, et des politiques de marché du travail plus actives.
M. Reinfeldt a déclaré que les circonstances de la présidence suédoise sont particulières. Les défis sont nombreux, et ils sont loin d’être simples, a reconnu le premier ministre.
S’appuyant sur la réussite de la présidence suédoise de 2001, les ONG environnementales, sociales et des droits humains ont exprimé leurs espoirs et leurs attentes.
Les entreprises dans l’UE vivent toujours dans un environnement difficile, et les derniers chiffres de l’OCDE publiés cette semaine ne poussent pas à l’optimisme. La relance sera probablement faible, et fragile, et les dégâts économiques et sociaux causés par la crise ne se guériront pas de sitôt, a prédit ce rapport de l’OCDE.
Les plans de relance ne ciblent pas les bonnes personnes.
La présidence suédoise aura un rôle clé à jouer comme guide de l’Europe en ces temps difficiles, affirme Georg Toifl, président de l’UEAPME, un lobby des petites entreprises. Selon lui, les effets secondaires de la tourmente actuelle commencent à peine à apparaître, et le chômage frôlera un taux à deux chiffres dans les mois à venir.
M. Toifl a continué en affirmant que les petits entrepreneurs n’étaient, jusqu’ici, pas impressionnés par le ton pris par les plans de relance gouvernementaux. Les grandes banques, les entreprises syndiquées et les sociétés que l’on estime trop grande pour l’échec reçoivent un montant disproportionné des fonds de relance, alors qu’on prête trop peu attention aux PME, selon lui.
M. Toifl a exhorté la présidence suédoise à briser ce cercle vicieux en abordant les inquiétudes des petites entreprises, en simplifiant la réglementation et an aidant à former et à adapter la main d’oeuvre.
L’établissement d’une zone de libre-échange transatlantique est l’un des domaines où la Confédération de l’entreprise suédoise sent que la présidence suédoise doit faire des progrès. L’initiative est l’une des six idées élaborées par le lobby suédois des entreprises, qui a aussi demandé une redistribution des fonds agricoles vers la recherche et le développement.
Le cœur de nos six secteurs prioritaires est d’encourager la compétitivité européenne, a affirmé Jonas Berggren de la Confédération de l’entreprise suédoise. M. Berggren a ajouté que malgré leur optimisme sur ce qui peut être réalisé au cours de la présidence, les efforts sur la compétitivité doivent porter sur le long terme, puisque ces problèmes subsisteront après la présidence de la Suède.
La croissance des taux de chômage est tristement élevée, a déclaré Roshan Di Puppo, le directeur de Social Platform, en ajoutant qu’il s’attendait à ce que la présidence suédoise s’attaque au problème toutes griffes dehors. La présidence tchèque ne s’était concentrée que sur des mesures à court terme pour conserver les gens au travail, a soutenu Mme Di Puppo. Elle espère que la Suède élargira son approche pour s’attaquer également aux questions sociales.
Mme Di Puppo met en avant des exemples en France et au Royaume-Uni, où des budgets sociaux ont donné la priorité au soutien des chômeurs récents, ce qui avait eu comme résultat des réductions des dépenses sociales, une intégration des immigrants et d’autres dépenses pour les exclus sociaux de long terme.
Ce qui est positif sur la présidence suédoise, c’est qu’ils mettront l’accent sur l’intégration au marché du travail, a expliqué la directrice de l’ONG.
Mme Di Puppo espère aussi que les Suédois entameront le débat sur l’agenda de la stratégie post-Lisbonne et dévoileront leurs idées pour l’Année européenne contre la pauvreté, de manière à ce qu’ils puissent vraiment arriver à quelque chose lors de cette Année. Elle espère que le débat post-Lisbonne ne se tiendra pas à huis clos, et que le nouvel agenda se concentrera sur les gens et le climat plutôt qu’uniquement sur la compétitivité.
Changement climatique : transformer l’action domestique en leadership mondial
L’une des priorités de la Suède est de combattre le changement climatique et de regarnir les rangs pour un nouvel accord mondial sur le changement climatique à Copenhague plus tard cette année.
Lors de son discours au Riksdag, le premier ministre suédois a insisté qu’il n’y avait pas de temps à perdre. M. Reinfeldt s’est fortement opposé à ceux qui disent que les questions liées au changement climatique doivent être mises de côté en période de crise économique, et il explique que les objectifs sont compatibles. Les pays ne peuvent pas seulement mais ils doivent être à la fois intelligent en matière de climat et efficace en terme de ressources, a-t-il déclaré.
Les militants croient que le véritable test pour la présidence suédoise de l’UE sera sa capacité à traduire ses bons résultats domestiques en matière d’environnement et de développement en un vrai leadership de l’UE.
Selon Savio Carvalho, un expert du changement climatique à Oxfam International, il reste encore beaucoup à faire pour l’UE avant le sommet de Copenhague sur le climat en décembre.
Oxfam estime que M. Reinfeldt devrait adopter un ton plus pressant, par exemple en organisant une rencontre extraordinaire des chefs d’Etat de l’UE avant l’important sommet sur le climat qui se doit tenir à l’ONU (New York) en septembre, a déclaré Tim Gore, un expert du changement climatique chez Oxfam UE.
Attendre jusqu’à seulement six semaines avant Copenhague pour arriver avec une proposition sur le financement du changement climatique serait suicidaire, a ajouté M. Gore.
Ecrivant au gouvernement suédois au nom d’un groupe d’ONG environnementales, Matthias Duwe, le directeur du Réseau Europe Action Climatique (CANEurope), a averti qu’aucun progrès substantiel en préparation de Copenhague n’a été fait ces derniers mois. Il a appelé la Suède à donner urgemment une feuille de route européenne pour la réussite de Copenhague, notant que les décisions sur les questions clefs comme l’offre européenne de financement climatique public ne pouvait pas être retardé plus longtemps.
Partage des charges pour les demandeurs d’asile
La Suède espère développer et renforcer la coopération européenne dans les domaines de la justice et des affaires intérieures, a indiqué le premier ministre suédois. Il a fait part de son espoir que les pays européens signent un programme de coopération pluriannuel dans ce domaine, le Programme de Stockholm, dont M. Reinfeldt espère qu’il apportera une vision pour une Europe plus ouverte et plus sûre où les droits des individus sont sauvegardés (EurActiv 11/06/09).
Selon l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR), des évènements récents, y compris en Italie le retour de réfugiés arrivés en bateau et les élections où les partis anti-immigrants ont réalisés de bon scores dans un certain nombre de pays de l’UE, donnent du crédit aux inquiétudes à propos de l’engagement européen d’assurer un accès à la protection.
Différentes approches dans les Etats membres ont eu pour conséquences des traitements différents des demandeurs d’asile. Une décennie d’efforts pour harmoniser les règles d’asile dans l’UE a donné des résultats mitigés, selon le UNHCR. Il a appelé la Suède à pousser pour un traitement équitable dans les politiques d’asile des Vingt-Sept, qui devra être en place en décembre pour 2010-2014.
Les politiques d’immigration en Italie continuent de susciter des critiques, avec l’UNCHR appelant de nouveau l’Italie à examiner de manière adéquate les demandes d’asile, et de ne pas se contenter de les renvoyer. Néanmoins, l’agence de l’ONU est d’accord pour dire que les pays du Nord devraient plus d’engager pour que cette charge soit partagée.
L’initiative proposée a soulevé l’enthousiasme des ONG, qui espèrent que les Suédois mèneront la danse sur les questions des droits humains : un domaine où des ONG reconnues ont mis en question les engagements de l’UE.
La Suède a eu un impact considérable sur les priorités européennes sur les droits humains, lors de sa dernière présidence de l’UE en 2001, a affirmé Lise Bergh, secrétaire générale d’Amnesty International Suède : nous entretenons un bon espoir cette fois de voir une amélioration sensible des droits humains et sur la question de la torture en particulier, a-t-elle ajouté.
L’autorité de l’UE sur la lutte contre la torture dans ses relations extérieures a été mise en question par l’échec des Etats membres à faire preuve d’un engagement catégorique sur l’interdiction de la torture dans leurs mesures de contre-terrorisme, a déclaré Nicolas Beger, le directeur du bureau européen d’Amnesty International. Amnesty International affirme tourner ses regards actuellement vers la Suède pour une autorité renouvelée et une action qui fera la différence.