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L’agriculture doit elle payer le prix climatique ? [FR]

Publié 25 novembre 2009
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Alors que l’agriculture et la production alimentaire ont longtemps été considérées comme intouchables dans les négociations climatiques internationales, les demandes pour que ce secteur contribue aux efforts d’atténuation des émissions de gaz à effet de serre se multiplient.

L’alimentation est stratégique et la production agricole est un secteur vital pour beaucoup d’économies nationales. Pourtant, les discussions se déplacent du thème « comment adapter l’agriculture au changement climatique » vers le thème « comment faire en sorte que l’agriculture contribue à l’atténuation du réchauffement climatique ».

Dans un entretien récent avec EurActiv, la commissaire sortante en charge de l’agriculture Mariann Fischer Boel a même soutenu la possibilité d’un plan d’échange d’émissions pour l’agriculture. Tandis que l’UE a réduit ses émissions de gaz à effet de serre émanant du secteur agricole de 21 % comparé à 1990, d’après la Commission européenne, les émissions issues de l’agriculture des autres parties du monde ont grimpé de presque 17 %, en majeure partie en raison des augmentations dans les pays en développement.

Les agriculteurs du monde en développement sont ceux qui émettent le plus de gaz à effet de serre en raison de l’inefficacité des pratiques agricoles et de la médiocrité de la gestion des ressources naturelles. Pendant ce temps, les experts se mis d’accord pour dire que le changement climatique représente davantage un défi pour la sécurité alimentaire dans les pays en développement que partout ailleurs dans le monde : un dilemme qui souligne le besoin de mesures de réduction urgentes.

Un rapport récent de FAO sur les synergies entre la sécurité alimentaire et l’atténuation agricole dans les pays en développement identifie l’amélioration de la gestion des terres arables, de l’eau et des pâturages de même que la restauration des terrains dégradés comme les principaux moyens de réduire les émissions.

Cependant, la plus grosse inquiétude des pays pauvres, qui sont confrontés à une famine chronique, est en premier lieu l’alimentation issue de l’agriculture. Ils s’intéressent peu à la manière dont est produite cette alimentation ni aux impacts potentiels de leurs pratiques sur le changement climatique.

De ce fait, si la communauté internationale veut réduire les 14 % d’émissions de gaz à effet de serre mondiale qui proviennent de l’agriculture – dont 74 % vient des pays en développement – l’aide aux pays les plus pauvres est requise.

Les engagements pris par les dirigeants mondiaux au Sommet sur la sécurité alimentaire mondiale la semaine dernière – et les discussions des ministres de l’UE sur la mise en relation de l’aide au développement avec le combat contre le changement climatique – ont montré les premiers signes de la manière dont la communauté internationale prévoit d’aider les pays en développement à s’engager vers un développement agricole durable et une sécurité alimentaire adéquate.

L’agriculture, moteur du développement économique

Par ailleurs, beaucoup considèrent le développement agricole comme un moteur de la croissance économique dans les pays pauvres.

Avec une économie menée par l’agriculture en Afrique, où plus de 80 % de la main d’œuvre est ancrée dans ce secteur, il est logique que le développement agricole mérite à juste titre toute l’attention qu’il reçoit actuellement en tant qu’instrument de notre révolution industrielle et de notre développement économique, a déclaré  l’ambassadeur Mahamat Saleh Annadif, Représentant permanent de l’Union africaine à Bruxelles.

M. Annadif a souligné que la situation demande un plus grand investissement dans l’agriculture en Afrique. Il s’agit également de placer le secteur agricole au cœur du programme de développement des régions si l’on veut atteindre les Objectifs du Millénaires pour le développement des Nations unies de réduire de moitié l’extrême pauvreté et la faim d’ici 2015.

Financer la croissance verte dans les pays en développement

Le sommet de la semaine dernière s’est engagé à améliorer et à développer les mécanismes de financement et autres mesures appropriées pour soutenir l’adaptation et l’atténuation du changement climatique qui sont accessibles aux petits exploitants, et basés sur des dispositions institutionnelle équitables, transparentes et efficaces.

Les dirigeants du monde ont également dit qu’ils augmenteraient l’investissement public et encourageraient l’investissement privé dans les projets de développement d’infrastructure rurale et de services d’assistance dans ces pays, ce qui comporte les routes, le stockage, l’irrigation, les infrastructures de communication, l’éducation, le soutien technique, la santé et la recherche.

D’après la FAO, plusieurs possibilités de financement des actions d’atténuation sont actuellement en cours de négociation, notamment les sources de financement publiques, publiques-privées et privées ainsi que les mécanismes du marché du carbone.  L’agence  des Nations unies souligne que les nouveaux mécanismes de financement devraient encourager l’adoption de pratiques et de technologies agricoles durables et dédommager les gouvernements et les agriculteurs pour leurs contributions aux réductions d’émissions.

C’est exactement ce qui est prévu par la réforme de la PAC de l’UE. Alors qu’une partie des paiements directs serait conservée, une partie de l‘aide de l’UE aux agriculteurs serait conditionnée à la distribution de biens publics en matière d’atténuation du changement climatique (EurActiv 27/10/09).

Aide au développement de l’UE

Dans l’optique de rendre les politiques liées au changement climatique et au développement plus cohérentes, les Etats membres de l’UE se sont mis d’accord la semaine dernière sur le fait que la Commission européenne et les Etats membres devraient intégrer les questions de changement climatique dans leurs stratégies et budgets de développement.

Les ministres de l’UE ont fait remarquer que la réponse à la sécurité alimentaire  devait refléter une durabilité environnementale à long terme à travers une agriculture durable et des efforts d’adaptation aux objectifs d’assistance au développement dans le secteur de l’agriculture seront décisif de ce point de vue.

Réactions : 

Le président de la Commission européenne José Manuel Barroso a déclaré le 16 novembre qu’il allait sans dire qu’il était impossible de résoudre l’insécurité alimentaire sans avoir préalablement combattu le changement climatique avec succès. Il espère que la conférence climatique de Copenhague du mois prochain débouchera sur l’octroi d’argent supplémentaire pour gérer les problèmes de sécurité alimentaire. Le soutien à l’adaptation doit se concentrer sur les petits exploitants dans les pays en développement qui sont les plus touchés, a-t-il ajouté, soulignant le rôle de la biodiversité comme étant une partie importante de la solution. 

Alonzo Fulgham, administrateur suppléant de l’Agence des Etats-Unis pour le développement international (USAID)salué la déclaration finale du sommet de la FAO, expliquant qu’elle représentait un consensus global sur une nouvelle approche visant à réduire la faim et la sous-nutrition en mettant à profit le potentiel immense de l’agriculture de produire de la croissance économique.

La semaine dernière, l’eurodéputée irlandaise Mairead McGuinness a appelé les décideurs politiques européens à accorder une reconnaissance particulière au secteur agricole lorsque l’on parle d’atténuation du changement climatique. Elle a affirmé qu’il fallait se poser la question de savoir si oui ou non il était approprié de demander à l’agriculture de contribuer à la lutte contre le changement climatique au même titre que par exemple le secteur des transports.

Si des choix difficiles doivent être faits, alors des questions difficiles doivent être posées quant à ce que nous désirons pour notre secteur agricole et alimentaire. Nous ne pouvons pas permettre une diminution de la production alimentaire dans l’UE simplement pour réduire les émissions ici et transférer la production de ces aliments et leurs émissions liées autre part dans le monde, a-t-elle expliqué, ajoutant que l’alimentation est stratégique et pour l’agriculture irlandaise et pour la production alimentaire. Ce sont des secteurs vitaux de l’économie.

L’agriculture est le « mot manquant » des négociations climatiques des Nations unies, a déclaré Gerald Nelson, chargé de recherche à l’Institut international de recherche sur la politique alimentaire (IFPRI), ajoutant qu’alors que l’agriculture émet 14 % du total des émissions de gaz à effet de serre, elle a aussi un rôle unique dans l’absorption du carbone émis par d’autres secteurs.

De ce fait, tout fonds réservé à soutenir l’adaptation dans les négociations climatiques des Nations unies doit inclure l’agriculture, a-t-il dit. Nous devons réfléchir à de nouvelles variétés de graines, à de nouvelles infrastructures physiques pour rendre l’agriculture plus résistante ainsi qu’à de nouvelles institutions aux niveaux interne et international capables de soutenir cette résistance, a déclaré M. Nelson.

Selon l’IFPRI, l’agriculture peut atténuer les émissions grâce à des changements dans les technologies agricoles et les pratiques de gestion, et à de nouveaux mélanges de semences qui incluent davantage de plantes vivaces ou ont des systèmes d’enracinement plus profonds. De telles plantes permettent de stocker plus de carbone dans le sol. Moins de préparation superficielle du sol, et des changements dans la génétique des graines, dans l’irrigation, dans l’utilisation des fertilisants, dans les espèces de bétail et dans les pratiques d’alimentation peuvent aussi réduire les émissions, explique le rapport, affirmant que les changements pour rendre le système agricole plus résistant au changement climatique augmenteront également la séquestration de carbone.

Puisque la part totale d’émissions de l’agriculture est plus importante dans les pays en développement, une solution rentable doit être trouvée pour aider les personnes défavorisées à la fois à atténuer et à s’adapter au changement climatique, souligne M. Nelson. L’IFPRI appelle également à davantage d’investissements et de financements pour soutenir la recherche agricole, les infrastructures rurales, et l’accès aux marchés pour les petits agriculteurs dans les pays en développement.

Oxfam, l’ONG spécialisée dans le développement, appelle à plus d’investissements dans de meilleures politiques, institutions, services et formations pour encourager l’agriculture durable adaptée aux environnements agro-écologiques locaux. L’ONG dénonce la pression des pays riches pour une utilisation plus importante des fertilisants chimiques et des nouvelles technologies en Afrique car cela mènera seulement à une plus forte dégradation environnementale.

Les petits agriculteurs, pour la plupart des femmes, sont en première ligne du combat contre la pauvreté mondiale, la faim et le changement climatique, et nous ne pouvons pas continuer à les ignorer, a déclaré le porte-parole d’Oxfam Frederic Mousseau.  

Prochaines étapes : 
  • 8-10 mars 2010Conférence de haut niveau sur le développement de l'agro-économie et des agro-industries en Afrique (Abuja, Nigéria).
Contexte : 

Un document de travail  de l’UE sur l’agriculture (avril 2009) affirme que le secteur agricole va souffrir sur le long terme à moins que des changements structurels et technologiques ne soient apportés et que des mesures d’adaptation soient mises en œuvre. Le document reconnaît également la contribution de ce secteur au total des émissions, à côté de son potentiel d’atténuation, et souligne l’importance du développement des synergies entre ces deux aspects.

Un rapport récent  du think tank Worldwatch Institute, met également en avant le potentiel d’atténuation du changement climatique de l’agriculture. Il explique que l’agriculture et l’aménagement du territoire n’ont pas reçu suffisamment d’attention de la part des scientifiques et du personnel politique, alors qu’un certain nombre d’innovations dans la production alimentaire et l’utilisation des terres pourrait aider à combattre le réchauffement planétaire (EurActiv 09/06/09).

Alors que l’UE prépare une révision majeure de sa politique agricole pour la période post-2013, la Commission souligne que les agriculteurs européens doivent réduire leurs émissions de gaz à effet de serre agricoles d’au moins 20 % dès 2020, en premier lieu en produisant de la biomasse et en stockant le carbone dans le sol (EurActiv 16/09/09). La future PAC pourrait bien rendre les subventions agricoles sujettes à certaines obligations en matière de biodiversité, de pratiques agricoles durables et d’objectifs de réduction de CO2 (EurActiv 27/10/09).

Dans cette optique, la Suède développe des standards pour aider les consommateurs à faire des choix en conscience concernant l’impact de leurs décisions d’achat alimentaire sur le réchauffement planétaire (EurActiv 06/07/09).

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