Les militants de Climate Farmers promeuvent des pratiques agricoles permettant de conserver les ressources, de réduire les émissions et d'améliorer la qualité des terres grâce à une utilisation moins intensive des produits chimiques. Ils tentent également d'influencer l'avenir du programme de soutien à l'agriculture de l'Union européenne, la politique agricole commune (PAC).
Les débats politiques et la recherche sur les différentes manières de réduire l'empreinte écologique de la production alimentaire donnent rarement lieu à des informations utilisables par les agriculteurs, a expliqué Sander Kerkhoffs, l'un des responsables du projet Climate Farmers.
« Beaucoup d'études sont réalisées par des universités et d'autres institutions, mais une grande partie des résultats de ces recherches ne sont pas adaptables aux réalités agricoles », a-t-il déclaré.
« Nous avons donc décidé d'examiner des mesures pratiques déjà mises en oeuvre dans certaines exploitations et qui ont fait leurs preuves en termes de réduction des émissions par exemple et pourraient être appliquées dans d'autres fermes. »
Climate Farmers fournit des informations sur des méthodes agricoles durables utilisées en Espagne, en Irlande, aux Pays-Bas et en Suède et souhaiterait voir ces pratiques se répandre partout en Europe. Un site Internet, soutenu par le Conseil européen des jeunes agriculteurs et l'Organisation des jeunes agriculteurs néerlandais, a été lancé fin 2011.
Les militants ont recours à des études de cas pour prouver que les agriculteurs peuvent jouer un rôle dans la réduction des émissions de carbone, de l'utilisation d'engrais et de pesticides et de leur empreinte hydrique. Selon ces études, les exploitants parviennent également à améliorer leur production et leurs activités d'élevage.
Il s'agit de méthodes très simples, comme la réduction du labourage, le mélange des cultures de couverture pour augmenter le taux de matière organique dans le sol ou encore l'accroissement du temps de pâturage des animaux afin de réduire la demande d'aliments importés. Dans l'une de ces exploitations, le fumier est utilisé pour créer du biogaz servant à alimenter les tracteurs et à générer de l'électricité tout en réduisant la pollution au méthane issue des déjections animales.
M. Kerkhoffs a expliqué lors d'un entretien téléphonique que ces méthodes durables étaient bénéfiques à son exploitation laitière et porcine située dans la ville de Braamt aux Pays-Bas. Les animaux passent plus de temps à paître pour réduire les besoins en aliments importés et la famille a amélioré ses techniques de traite pour réduire le temps de réfrigération et donc la consommation en énergie : « Cela demande plus de travail, mais c'est productif ».
Durabilité versus production
La durabilité est un sujet épineux dans les discussions européennes sur le futur budget de la PAC pour 2014-2020. La Commission est en train de présenter des propositions pour encourager l'agriculture biologique et la rotation des cultures, afin de réduire l'utilisation des engrais. Les propositions dévoilées en octobre dernier ont également pour objectif de récompenser les agriculteurs qui laissent leurs terres en jachères et agrandissent leurs zones tampons.
Certaines organisations agricoles affirment cependant que dans la mesure où la demande alimentaire mondiale et les prix des matières premières sont en plein essor, retirer des terres à la production et mettre en péril les rendements serait contreproductif.
Les débats sur l'avenir de la PAC s'intensifieront cette année, étant donné que le Parlement européen et les Etats membres font pression pour que les propositions de l'exécutif soient amendées.
Les politiques de verdissement peuvent néanmoins compter sur le soutien de certaines parties prenantes.
« Les plus grands défis auxquels nous serons confrontés à l'avenir sont le développement d'un système de production alimentaire durable et la sécurité alimentaire mondiale. Les solutions à ces deux problèmes sont tout à fait liées », a déclaré l'eurodéputé George Lyon (ADLE), agriculteur écossais et membre de la commission de l'agriculture au Parlement européen.
« L'Europe est obligée de relever ces défis », a-t-il expliqué lors d'une conférence à Oxford sur l'agriculture la semaine dernière. « Nous avons un rôle majeur à jouer s'agissant de trouver des solutions durables et nous devons continuer à contribuer à la sécurité alimentaire mondiale. »
S'exprimant depuis son exploitation aux Pays-Bas, M. Kerkhoffs a affirmé que les études réalisées par Climate Farmers montrent que les pratiques vertes et durables n'entravent pas la productivité. Il a expliqué que les vieux agriculteurs étaient habitués à labourer et à utiliser des produits chimiques pour nourrir les plantes et les sols et qu'il fallait donc les persuader de changer leurs habitudes. Il a insisté sur le fait que ce genre de mesures pouvait faire économiser de l'argent aux exploitants tout en accroissant la productivité.
Laisser les cultures en paix jusqu'à la prochaine saison, par exemple, accroît le taux de matières organiques sans avoir besoin de recourir à des engrais et permet d'économiser le temps passé à labourer, a-t-il martelé. Le labourage libère également le carbone emprisonné dans les sols, ce qui augmente les émissions de gaz à effet de serre.
M. Kerkhoffs est persuadé que les recommandations de Climate Farmers pourraient être présentées comme un compromis dans les débats européens. La Commission propose par exemple de laisser 7 % des terres en jachère ou en zones tampons, alors que M. Kerkhoffs affirme que les méthodes qu'il promeut peuvent agir sur les deux tableaux : sauvegarder l'environnement sans diminuer la part des terres cultivées.
« Peut-être est-il possible de trouver une solution permettant de continuer à utiliser ces terres tout en augmentant la production de matières organiques et en diminuant l'utilisation des carburants fossiles en comparaison aux techniques agricoles ordinaires », a-t-il déclaré.




