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La France décroche un compromis sur l’avenir de l’agriculture européenne [FR]

Publié 20 novembre 2008
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Après des négociations marathon menées la nuit dernière (19 novembre) par le ministre français de l’Agriculture Michel Barnier, l'UE des 27 membres a décidé d'affecter des fonds au développement rural dès 2009 et de libéraliser progressivement le secteur laitier européen avant l’expiration des quotas sur la production laitière en 2015. 

Aujourd’hui 20 novembre, la présidence française a décroché un accord de compromis en dépit des conflits d’intérêt nationaux. 

Selon cet accord, il faudra désormais destiner davantage de subventions agricoles à des mesures visant à protéger l’environnement plutôt qu’à des mesures destinées à soutenir le revenu des agriculteurs lié aux niveaux de production. 

Appuyée par les pays européens plus libéraux comme le Royaume-Uni et le Danemark, la commissaire à l’Agriculture Mariann Fischer-Boel a souhaité que 8 % de tous les paiements agricoles de l’UE soient destinés au développement rural. 

Mais après avoir rencontré la résistance de la France, de l’Italie et de l’Allemagne, ces propositions ont été rabaissées à un compromis de 5 %. 

Le compromis a été adopté à la majorité qualifiée, ce qui signifie que certains Etats membres se sont abstenus ou alors ont voté contre. Il inclut les éléments suivants :

  • la réduction des aides directes traditionnelles de l’UE aux agriculteurs afin de renforcer la production, le développement rural et la protection des campagnes :
    • tous les agriculteurs recevant au moins 5 000 euros devront destiner 5 % de l’aide européenne à des projets de développement rural d’ici 2012, en plus des 5 % d’ores et déjà obligatoires (la Commission avait espéré un chiffre d’au moins 8 %) ;
    • les grands domaines qui reçoivent plus de 300 000 euros d’aide européenne devront destiner 4 % en plus à ces projets d’ici 2012 ;
  • l’augmentation des quotas laitiers :
    • les quotas seront augmentés annuellement de 1 % entre 2009 et 2013 (5 % au total), conformément à la proposition de la Commission ;
    • cependant, l’Italie pourra augmenter directement ses quotas à 5 % en 2009 car elle estime avoir besoin de plus de lait pour produire ses fromages ;
  • la possibilité pour les Etats membres de réorienter les aides agricoles de l’UE vers des secteurs, zones ou types de productions fragiles.

La commissaire européenne à l’Agriculture Mariann Fischer-Boel a indiqué que les négociation n’ont certainement pas été facile et que le débat avec le secteur laitier était extrêmement difficile. Elle a souligné le fait que pour arriver à un accord, tous les participants ont dû faire des compromis. Parallèlement, les instruments fondamentaux de la politique agricole européenne ont été maintenus et l’Europe serait d’attaque pour l’avenir, selon elle. 

Michel Barnier, qui a présidé les négociations, a trouvé également que les discussions par rapport au secteur laitier ont été particulièrement difficiles. Toutefois, il a indiqué qu’avec le compromis, l’UE dispose de bons outils pour protéger les agriculteurs et les producteurs de différents secteurs, tels que le secteur laitier ou celui de l’élevage. 

Peu avant l’accord du Conseil, le Parlement a adopté une position sur le bilan de santé de la PAC. Les eurodéputés ont soutenu les mesures suivantes : des petites réductions de l’aide aux agriculteurs, une augmentation limitée des quotas laitiers et une aide spéciale pour les producteurs laitiers et les éleveurs. Le Parlement a également appelé à ce qu’une part des fonds moins importante que prévue soit destinée au développement rural, au lieu de maintenir des systèmes d’intervention et un lien entre les subventions et la production pour certains secteurs sensibles. 

Les positions du Parlement sur le bilan de santé de la PAC ne sont pas contraignantes, mais si le traité de Lisbonne entre en vigueur, l’assemblée disposera de droits de codécision en matière d’agriculture.  

Réactions : 

L’eurodéputé conservateur britannique Neil Parish, président du comité de l’agriculture du Parlement européen, a déclaré que le bilan santé de la PAC aurait dû complètement couper les liens entre les quantités produites et les subventions reçues, déployer une plus grande proportion des subsides de manière uniforme vers les systèmes de développement rural et préparer le terrain pour un marché laitier libéralisé. 

L’Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe s’est opposée au rapport parlementaire sur le bilan santé, déclarant que « le compromis dégagé par le PPE et le PSE est en effet notoirement conservateur et l'ADLE considère que c'est un mauvais signal politique » qui vise à « freiner toute réforme de fond ». 

« J'aurais préféré que le Parlement soutienne davantage les propositions initiales de la Commission européenne qui préparaient mieux l'agriculture européenne aux défis du XXIème siècle », a commenté Niels Busk, coordinateur de l'ADLE au sein du comité de l’agriculture. M. Busk a également regretté la timidité du rapport en matière de modulation, ce mécanisme permettant de réduire les aides directes à la production au profit du développement rural. 

Jan Mulder (ADLE, Pays-Bas) a lui aussi déploré que « l'UE, en refusant de libéraliser plus largement sa production laitière, abandonne ce marché mondial porteur aux Américains et aux Brésiliens ».

En vue du vote du Conseil, Copa-Cogeca, l’organisation représentant les agriculteurs européens, a souligné le fait qu’un grand nombre d’organisations agricoles appellent toujours à ce que les quotas laitiers ne soit pas augmentés si cette mesure compromet l’équilibre délicat entre le marché et la survie des producteurs. 

Prochaines étapes : 
  • D’ici fin 2012 : la Commission doit préparer un rapport sur la mise en œuvre du bilan de santé.
Contexte : 

Après la dernière réforme de la politique agricole commune (PAC) de l’UE en 2003, la Commission européenne a adopté une communication sur le « bilan de santé » de la PAC en novembre 2007. L’objectif de cet « examen à mi-parcours » est de déterminer si la politique agricole fonctionne de façon optimale dans l’UE élargie malgré la volatilité des marchés mondiaux, la crise alimentaire et les défis énergétiques. 

En mai 2008, la Commission a proposé une série de régulations pour moderniser, simplifier et rationaliser encore plus la PAC, à savoir moins de paiements liés à la production et plus de fonds pour le développement rural. L’objectif de la Commission est d’abandonner les restrictions de marché restantes à l’égard des agriculteurs afin de les aider à suivre les signes du marché et à répondre aux changements de la demande alimentaire. 

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