La réduction du budget alloué à la PAC pourrait entraîner les protestations des agriculteurs français qui bénéficient de subventions généreuses depuis des décennies. La plupart d'entre eux se sont résignés à recevoir moins d'aide au total et font plutôt pression en faveur d'un remaniement plus large du secteur qui leur permettrait d’obtenir une part plus grande de la demande en alimentation croissante dans le monde.
« Nous sommes confrontés à une concurrence féroce sur le marché mondial », a déclaré Pascal Clément, un producteur de produits laitiers et de céréales au Mans, une ville française du nord-ouest célèbre pour sa course automobile de 24 heures.
« Nous devons simplement obtenir les moyens d’être concurrentiels. Nous avons beaucoup de portes à ouvrir », a expliqué l'agriculteur à Reuters.
De tels comportements révèlent une révolution dans les mentalités depuis la création de la politique agricole commune (PAC), sous l'impulsion du président Charles de Gaulle en 1962, qui visait à accorder des subventions aux agriculteurs afin de garantir l’approvisionnement alimentaire dans les six pays membres de la Communauté économique européenne.
Le modèle de la PAC tiré par la production a été discrédité par des excès comme les surplus de montagnes de nourriture qui ont dégoûté l'opinion publique dans les années 1980. La PAC a également subi de nombreuses critiques parce qu'elle dénature le commerce mondial et porte préjudice aux agriculteurs des pays en développement.
Se serrer la ceinture
Les ministres français et allemands de l'agriculture avaient conclu un pacte en vue de maintenir le budget de la PAC pour 2014-2020 à son niveau nominal de 2013. Ce pacte a cependant été victime de l'austérité budgétaire quand la chancelière allemande, Angela Merkel, a insisté en novembre 2012 pour réduire le budget malgré tout.
D'après son entourage, François Hollande continuera à lutter avec acharnement pour défendre le budget de la PAC lorsqu’il rencontrera ses homologues à Bruxelles jeudi et vendredi afin de discuter du prochain budget à long terme de l'UE. Stéphane Le Foll, le ministre français de l'agriculture, a cependant admis en décembre 2012 que les subventions pour le secteur agricole seraient diminuées.
Les agriculteurs français vieillissants représentent maintenant moins de 2 % de la production nationale, contre 80 % pour le secteur tertiaire.
Les Français témoignent toutefois d'un attachement particulier à la terre et aucun président ne peut ignorer leurs intérêts. Les prédécesseurs conservateurs du président socialiste, Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy, ont défendu les intérêts des agriculteurs français en Europe.
Une aubaine pour les agriculteurs français
La PAC représente 39 % de l'ensemble du budget de l'UE. En 2011, la France à elle seule bénéficiait de près de 17 % de la PAC et d'environ 20 % des paiements directs aux agriculteurs, que Paris souhaite protéger avant tout.
Les subventions peuvent constituer le double des revenus des éleveurs de bétail, confrontés à une hausse du coût des aliments céréaliers pour les animaux, et les empêchent de subir des pertes. Selon le ministère de l'agriculture, ces éleveurs gagnent en moyenne 15 000 euros par an avec les subventions, alors que le salaire minimum d'un travailleur en France s'élève à 13 300 euros.
Ces disparités constituent l’une des raisons pour laquelle M. Hollande pourrait gérer une réduction générale du budget de la PAC sur le plan politique.
Son ministre de l'agriculture veut déplacer les aides, éventuellement plusieurs centaines de millions d'euros, vers les éleveurs de bétail moins bien lotis dans le cadre d’une réforme de la PAC. Ce projet a fait sourciller les cultivateurs.
« La PAC est un problème explosif à l'échelle de la France », a déclaré Patrick Theet, un cultivateur de céréales et de betterave sucrière près de Paris.
Davantage de flexibilité
Les agriculteurs sont en faveur d'un système de subvention plus flexible, comme celui des États-Unis, qui leur permettrait de recevoir plus d'aides pendant les mauvaises années et moins au cours des périodes favorables. Ils estiment que la recherche doit également être mieux financée, notamment afin de stimuler les productions stagnantes de céréales et de compenser le refus de la France d'adopter des cultures génétiquement modifiées.
Des contraintes environnementales font partie des premières plaintes des agriculteurs français. Ils redoutent qu'un « verdissement » de la PAC n'engendre plus de paperasseries.
« Quand nous nous réveillons le matin, c'est pour faire notre travail, et non pour vérifier que nous avons rempli le bon formulaire ou que nous sommes en règle », a expliqué Michel Dauton, un éleveur de bétail au sud du Mans.
Alors qu’une bonne partie de l'économie devrait stagner en 2013, les décideurs politiques devraient s'assurer qu'ils ne fassent rien pour nuire à un secteur dont les perspectives de croissance sont rayonnantes.
« En temps de crise économique, nous avons un secteur avec des marchés en expansion », a-t-il ajouté. « Que peut souhaiter un directeur d'entreprise de plus que des marchés qui l'attendent ? »




