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La pénurie des terres rares menace les objectifs de l'UE pour une énergie plus propre

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Publié 16 novembre 2011, mis à jour 14 décembre 2012

La menace d’une pénurie de métaux très demandés et dont le marché est dominé par un seul fournisseur, la Chine, met en péril les objectifs européens pour un réseau de transport plus propre et une énergie durable, révèle une nouvelle étude réalisée pour la Commission européenne.

Cette étude, réalisée par le Centre commun de recherche, affirme que le déficit d'approvisionnement de ces métaux au cours des deux prochaines décennies mettra en péril la production de technologies solaires, éoliennes et nucléaires, de véhicules électriques et de systèmes de capture de carbone.

« Cela prouve une fois encore que l'Europe devrait se remettre en question [...] et accorder une plus grande importance à la question de la gestion des déchets, afin de réutiliser les métaux existants », a expliqué le Dr Raymond Moss, le principal auteur du rapport.

Les résultats de cette étude pourraient avoir des conséquences non négligeables pour la « Feuille de route vers une économie compétitive à faible intensité de carbone à l’horizon 2050 » qui dépend du développement des énergies renouvelables, de transports plus propres, ainsi que de la modernisation et de l'intégration des réseaux électriques européens.

Ces objectifs nécessitent un approvisionnement en néodyme, en dysprosium, en indium, en tellure et en gallium, des métaux qui font l'objet d'une demande importante partout dans le monde.

Les matières premières cruciales pour l'UE

La Commission a déjà identifié de nombreuses terres rares, ainsi que certains métaux comme le cobalt, dans une liste qui regroupe les 14 matières premières cruciales pour l'économie et qui risquent de ne pas être disponibles en quantités suffisantes. L'étude du CCR fait partie de l'analyse de la Commission sur les besoins en matières premières.

L'Europe dépend de l'importation pour près de la totalité des terres rares qu'elle utilise. Même si bon nombre d'entre eux sont présents en grande quantité sur la planète, ces métaux sont assez éparpillés ou difficiles d'accès. En outre, malgré leur importance en termes d'énergie verte, ils nécessitent une exploitation minière et un traitement intensifs. La Chine contrôle plus de 90 % du marché.

En juillet, l'Organisation mondiale du commerce a demandé à la Chine d'assouplir ses restrictions à l'exportation sur 17 métaux de terres rares utilisés dans le secteur de l'énergie, des transports et de l'électronique.

Le déficit ou la limitation de l'approvisionnement aurait un grave impact sur plusieurs secteurs. Dans la mesure où l'énergie solaire et éolienne est censée représenter la plus grande part du marché énergétique en croissance au cours des 20 prochaines années, l'impact sur les énergies renouvelables serait encore plus sérieux.

Le rapport du CCR estime que cinq métaux, le dysprosium, le néodyme, le tellure, le gallium et l'indium, sont les plus menacés par une pénurie étant donné la forte demande dont il font l'objet, de la concentration de l'offre et des « risques politiques élevés dus à l'extrême concentration de l'offre en Chine ». Cette étude a examiné 14 métaux de terres rares.

Les technologies de l'énergie solaire, par exemple, auront besoin pour pouvoir évoluer de la moitié de l'offre actuelle mondiale de tellure et de 25 % de l'offre d'indium, selon ce rapport. Les technologies européennes d'énergie éoliennes nécessiteront environ 4 % de l'offre de néodyme et de dysprosium.

« Même si ce pourcentage est relativement faible, il pourrait avoir des effets significatifs sur les technologies éoliennes », a confié M. Moss à EurActiv. Le problème, selon lui, c'est que « 90 % de ces métaux se trouvent en Chine pour le moment, la demande croît rapidement en Chine aussi et ils ont limité leurs exportations ».

Le recyclage, une alternative ?

Il est expliqué dans ce rapport que les décideurs politiques devraient envisager de rouvrir les mines européennes où se trouvent des métaux rares, de se tourner davantage vers le recyclage et de trouver des solutions de substitution avec des matériaux plus communs.

Les Amis de la Terre Europe, un groupe de défense de l'environnement, ont récemment demandé aux gouvernements européens d'intensifier le recours au recyclage et à la récupération, afin de limiter la consommation de matières premières et de ressources naturelles, car cette consommation a un impact sur l'environnement et sur les pays producteurs en développement.

L'organisation a affirmé dans un récent rapport que la consommation d'eau, de métaux, de minéraux, de carburants fossiles et de biomasse pour les produits manufacturés avait atteint des niveaux alarmants. « Cette situation met en péril le fonctionnement durable de nos écosystèmes et les services qu'ils fournissent. Des stratégies visant à rendre l'utilisation des ressources plus durable doivent être mises en place de toute urgence. »

Ariadna Rodrigo, une militante des Amis de la Terre Europe qui travaille sur les ressources naturelles, a déclaré à EurActiv que l'UE et les gouvernements nationaux devaient adopter des systèmes de contrôle des quantités d'eau - mais aussi de carburants, de sols et de matières premières - utilisées dans les produits finis importés dans les 27 pays du bloc européen.

Elle a affirmé qu'un tel contrôle permettrait d'orienter les politiques commerciales et environnementales et d'aider les consommateurs à comprendre l'impact écologique de leurs achats.

Réactions : 

Justin Wilkes, le directeur politique de l'Association européenne de l'énergie éolienne (EWEA), a déclaré : « La part de néodyme et de dysprosium qui sera utilisée par le secteur éolien européen entre 2020 et 2030 restera de 1 % des ressources mondiales, à la condition que les estimations effectuées soient réalistes. »

Craig Winneker, le reponsable de la communication politique pour la European Photovoltaic Industry Association a publié un communiqué dans lequel elle a déclaré : « Le secteur photovoltaïque a enregistré une croissance remarquable au cours de la dernière décennie grâce à son engagement sans faille pour l'innovation. La continuité des recherches et des efforts visant le développement du secteur permettront à l'industrie du PV de ne pas avoir à subir de restrictions de l'approvisionnement dans un futur proche. Dans la mesure où il devient de plus en plus compétitif par rapport aux sources conventionnelles d'énergie, le PV contribuera de plus en plus aux objectifs d'énergie stratégiques de l'Europe. »

Prochaines étapes : 
  • Mi-2012 : le Centre commun de recherche de la Commission européenne examinera les autres secteurs qui utilisent des métaux de terres rares.
  • Début 2013 : le CCR examinera l'analyse du cycle de vie des terres rares, la question des mines et des coûts.
Timothy Spence - traduit de l'anglais par Amandine Gillet
Contexte : 

La Chine produit 95 % des terres rares et en consomme actuellement 60 %, selon l'US Geological Survey.

Les experts affirment que le projet de Beijing de restreindre les exportations de ces métaux à partir de 2015 inquiète les fabricants de produits high-tech, qu'il s'agisse d'ordinateurs, de batteries de voitures électriques ou encore de turbines éoliennes.

En juin 2011, un groupe d'experts de l'UE a rassemblé certaines terres rares dans une liste comportant 14 métaux considérés comme « cruciaux » pour l'industrie européenne. Ce groupe a fait savoir que la diplomatie européenne devrait s'apprêter à agir pour s'assurer que les entreprises y aient suffisamment accès à l'avenir.

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