Le changement climatique et la hausse des températures sont les principaux responsables de la migration des insectes et de la modification de leur schéma de reproduction, ce qui force les agriculteurs à lutter contre les invasions d'insectes.
« Nombreux sont ceux qui sous-estiment les effets des pesticides sur la qualité de l'eau », a déclaré hier (7 décembre) Matthias Liess, responsable de l'écotoxicologie au Helmholtz Centre for Environmental Research à Leipzig.
« Je dirais que ce scénario est plutôt classique, et qu'il appelle à mettre en place des bandes tampons, la solution la plus pratique et la plus efficace », a-t-il déclaré à EurActiv.
Les insecticides se répandent dans les rivières par le ruissellement agricole et peuvent parfois arriver directement dans l'eau lors de leur application. En 20 ans, les niveaux de contamination ont augmenté dans de nombreux pays du centre et du sud de l'Europe. Les pays dont les niveaux de pollution par pesticides agricoles sont à présent relativement bas sont ceux qui devraient subir l'augmentation la plus importante dans les prochaines années, selon une étude du centre Helmholtz fondée sur des projections pour 2090.
Selon M. Leipzig et ses collègues chercheurs, les conditions climatiques, notamment le réchauffement dans les pays scandinaves et baltes, forceront les agriculteurs à utiliser de plus en plus d'insecticides pour protéger leurs cultures.
Cela aura des effets dévastateurs sur la biodiversité dans la mesure où les agriculteurs devront se battre contre les invasions d'insectes et où la contamination de l'eau tuera des espèces indigènes qui font partie de la chaîne alimentaire des oiseaux et des poissons, entre autres. Les chercheurs estiment qu'au cours des prochaines décennies, quelque 40 % des eaux européennes seront dégradées.
Ils recommandent la diminution de l'utilisation de pesticides grâce à l'agriculture biologique, mais l'approche la plus efficace serait la création de zones tampons le long des cours d'eau pour filtrer les produits chimiques.
La Commission souhaite instaurer des zones tampons
Dans ses propositions pour la prochaine politique agricole commune, la Commission européenne souhaite encourager les agriculteurs qui utilisent des zones tampons et le système de rotation des cultures, deux mesures qui pourraient permettre de réduire l'utilisation d'engrais et de pesticides.
Si elles sont approuvées, les propositions devraient entrer en vigueur en 2014. Les projets de « verdissement » de la Commission font l'objet de critiques, dans un contexte d'augmentation de la demande alimentaire mondiale et de conflits entre conservation et production.
L'UE réglemente depuis longtemps la pollution à l'azote issue des carburants et des pesticides, et elle tente de protéger les eaux européennes, mais les organisations de conservation soutiennent que les pesticides continuent de menacer la qualité de l'air et de l'eau.
Le secteur industriel et les groupes agricoles comprennent les inquiétudes liées à l'impact des pesticides sur l'eau. Plus tôt cette année, la European Crop Protection Association a lancé un programme pour former les agriculteurs et les utilisateurs de pesticides à réduire leur impact sur les rivières.
Selon cette association, ce programme de 2 millions d'euros devrait concerner 350 000 agriculteurs dans sept pays différents, et régler les problèmes posés par la législation européenne sur les pesticides et la protection des eaux. Il vise également à promouvoir une technologie agricole moderne en prenant en compte le développement durable.
Cependant, selon le groupe de défense de l'environnement Greenpeace, la pollution des ressources en eau ne concerne pas uniquement les pesticides et qu'elle a des conséquences plus graves sur l'environnement.
« Les méthodes d'exploitation agricole industrielle utilisées dans la majeure partie des cultures alimentaires du monde dépendant largement du pétrole, aussi bien pour le ravitaillement des machines que pour la fabrication des engrais chimiques et des pesticides utilisés pour maintenir un rendement élevé », a déclaré sur son blog Julian Oram, conseiller politique sur les questions agricoles auprès de Greenpeace International.
La menace se concrétise
L'étude du centre Helmholtz sur l'évaluation de la menace pourrait déjà être obsolète si l'on en croit certaines données selon lesquelles la planète ne parviendrait pas à réduire les émissions qui contribuent au changement climatique.
« D'après ce qu'on peut observer aujourd'hui, les changements climatiques prévus pour les 80 prochaines années pourraient arriver bien plus rapidement », a prévenu M. Liess.




