Absolument personne ne semble satisfait de la proposition législative de réforme de la PAC présentée par la Commission le 12 octobre, si ce n'est le Comité des industries utilisatrices de sucre (CIUS).
Les nombreux groupes politiques du Parlement européen ont été les premiers à exprimer leur déception. Pour la première fois, le Parlement et les Etats membres de l'UE exerceront leur pouvoir de codécision, en application du traité de Lisbonne.
Bien que la plupart des Etats membres ne se soient pas encore exprimés, la France et le Royaume-Uni - les deux pays ayant les points de vue les plus divergents à propos de la PAC - ont déjà émis des réserves. Pour les Britanniques, la proposition n'offre aucune réforme radicale. Quant à la France, elle a trouvé que le « verdissement » était trop compliqué et ne reflétait pas la réalité économique de l'UE.
Selon le lobby agricole européen Copa-Cogeca, les propositions manquent d'une rigueur pourtant nécessaire afin d'améliorer la rentabilité et la productivité du secteur agroalimentaire européen.
Les ONG environnementales ont quant à elles déploré la médiocrité des mesures de « verdissement » du projet, qui ne seront pas suffisantes pour mettre un terme aux pratiques d'agriculture intensive (voir les réactions détaillées ci-dessous).
Le verdissement
L'exécutif européen a proposé de soumettre 30 % des paiements directs de la PAC à une conditionnalité liée à trois mesures de « verdissement » :
- Le maintien des pâturages permanents.
- La diversification des cultures. Les agriculteurs devront prévoir au moins trois cultures différentes sur leurs terres arables. La plus large d'entre elles pourra représenter jusqu'à 70 % des terres, contre au moins 5 % pour les deux autres cultures.
- Le maintien d'une « zone réservée à l'écologie » représentant au moins 7 % des terres agricoles - à l'exception des prairies permanentes - avec des lisières de champs, des haies, des arbres, des terres en jachère, des paysages, des biotopes, des bandes tampons ou des zones de reboisement.
Même si les ONG vertes ont salué cette dernière proposition comme une contribution importante à la protection de la biodiversité, cette idée de réserver au moins 7 % des terres, dans chaque exploitation, à des fins écologiques est « absurde » à un moment où les ressources alimentaires et énergétiques se raréfient.
Ces mesures de « verdissement » ne seraient pas contraignantes, étant donné que la seule sanction possible en cas de non-respect sera la suspension des subventions. Toutefois, nombreux sont ceux qui craignent que ces mesures représentent un fardeau administratif inutile de plus pour les agriculteurs.
Selon les écologistes, les exigences proposées en termes de rotation des cultures ne seront pas suffisantes pour enrayer les monocultures intensives qui appauvrissent les sols et requièrent une utilisation d'engrais importante. Ils ajoutent que cela ne changera rien à la dépendance de l'UE aux importations de soja et de maïs destinées à nourrir le bétail européen.
La distribution des paiements
L'une des propositions qui a été bien accueillie concerne l'engagement de la PAC à ne soutenir que les agriculteurs actifs, par opposition aux propriétaires terriens sans activité agricole. Bon nombre des parties prenantes ont cependant été déçues de la définition d' « agriculteur actif », considérée comme trop large. Ainsi, les agriculteurs dont le revenu issu d'une activité non agricole représente 95 % de leur revenu annuel pourraient encore percevoir des subventions.
La proposition de plafonner progressivement les paiements destinés aux grandes exploitations à 300 000 € par an est également perçue comme dérisoire, dans la mesure où une partie des coûts salariaux et des charges sociales sera déduite du total. Ce plafonnement ne concernerait donc en fait que quelques exploitations.
Dans le même temps, la proposition de réserver une aide spéciale aux jeunes agriculteurs, à hauteur de 2% de l'enveloppe nationale pour les nouveaux exploitants, a été bien accueillie.
Le cofinancement du premier pilier
Les ONG vertes ont également tiré la sonnette d'alarme quant à la proposition d'autoriser les Etats membres qui perçoivent des paiements directs inférieurs à 90 % de la moyenne européenne à transférer jusqu'à 5 % de leurs Fonds de développement rural dans leur enveloppe nationale du premier pilier, qui fournit une aide directe au revenu pour les agriculteurs. Par ailleurs, tous les Etats membres pourraient transférer jusqu'à 10 % de leurs subventions nationales du premier pilier dans leur enveloppe de développement rural (le deuxième pilier).
Les paiements directs du premier pilier sont financés à 100 % par l'UE, alors que le deuxième pilier est cofinancé par les Etats membres et comprend des mesures prédéfinies pour le développement rural et la protection de l'environnement.
Pour les ONG vertes, le « retour des subventions du second au premier pilier » apporte un soutien aux « nouveaux» Etats membres de l'UE, et ouvre la voie à la possibilité d'utiliser les fonds initialement prévus pour l'environnement comme un soutien direct au revenu.
Le sucre
La Commission s'est aussi penchée sur le dernier régime de quotas pour le sucre, afin d'y mettre un terme. Le système européen pour les quotas nationaux de production de sucre et les prix minimums devrait être abolis d'ici au 30 septembre 2015. Cette mesure s'accompagnera de diminutions des droits à l'importation.
Le Comité européen des fabricants de sucre (CEFS) a rejeté cette proposition, qui a en revanche été bien reçue par le Comité des industries utilisatrices de sucre (CIUS).
Les fabricants expliquent que l'analyse d'impact utilisée par la Commission pour justifier l'abolition du système de quotas comprend plusieurs incohérences, telles que l'augmentation supposée de la production européenne alors que la production et les prix du sucre et de la betterave devraient chuter.
Pour les industries utilisatrices de sucre, l'abolition des quotas devrait stimuler la concurrence sur le marché et les aider à surmonter les « difficultés d'approvisionnement » qu'elles rencontrent.
L'UE est le premier producteur de betterave sucrière au monde.




