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Le débat sur la réforme de la PAC détourné par de nouvelles priorités

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Publié 21 septembre 2010, mis à jour 14 décembre 2012

Alors que l'avenir du budget de la Politique Agricole Commune reste incertain, la rhétorique croissante autour des concepts de "biens publics" et de "croissance verte" laisse penser qu'une partie du budget au moins pourrait être allouée à la protection de l'environnement et à la promotion des économies rurales.

Le débat en cours sur le futur de la PAC se déroule dans un contexte plus large que les précédentes réformes. 

Premièrement, alors que la politique agricole compte pour une large part du budget de l’UE - aux environs de 40% - la restructuration à venir est étroitement liée à la révision des perspectives financières de l’Union pour la période 2014-2021.

La réforme prend également place parmi les discussions sur la manière de se remettre de la crise économique et de gérer le changement climatique et la volatilité des marchés des biens internationaux dont certains figurent dans la stratégie de l'Union "Europe 2020" pour la croissance et l'emploi.

Selon la Commission européenne, la PAC sera certainement ajustée aux objectifs "Europe 2020" sur la promotion d’une économie plus compétitive qui encourage un taux d’emploi plus élevé ainsi que la cohésion sociale et territoriale.

Par ailleurs, les contributions de la PAC aux défis environnementaux, en particulier la lutte contre le changement climatique et la perte de la biodiversité ainsi que la stimulation de l’efficacité des ressources, la gestion de l’eau et la bioénergie devraient être renforcées, dit la Commission.  

Tandis que les discussions sur la taille du budget de la PAC tendront inévitablement à dominer les discussions, le commissaire à l’agriculture Dacian Cioloş a souligné de manière répétée le besoin de clarifier les priorités des nouvelles politiques avant de parler d’argent.

La porte est donc ouverte pour que les différents acteurs défendent leurs cas en tentant de mettre la main sur l’argent de l’UE qui sera potentiellement libéré par les changements de priorités.

L’agriculture pour l’environnement

L'undes nouveaux concepts les plus populaires pour la réforme de l’agriculture européenne concerne l’approvisionnement de « biens publics » par l’agriculture.

Une étude récente accréditée par la Commission en a identifié dix : le panorama de l‘agriculture, la biodiversité des terres agricoles, la qualité de l’eau, la disponibilité de l’eau, la fonctionnalité du sol, le stockage de carbone et la stabilité climatique, les émissions de gaz à effet de serre, la qualité de l’air et la résilience au feu ainsi qu’aux inondations (EurActiv 26/01/10).

L’étude a souligné que l’approvisionnement de biens publics varierait d’une ferme à l’autre ainsi qu’entre les régions et les zones climatiques, dont certains biens seront transfrontaliers alors que d’autres seront définis comme locaux ou régionaux.

Les réformes précédentes de la PAC ont déjà introduit un certain nombre d’exigences environnementales, que les agriculteurs sont censés respecter de manière à recevoir un soutien financier. Les Etats membres de l’UE, pendant de temps, doivent dépenser au moins 25% de leur budget de développement rural dans l’amélioration de la campagne.

Cependant, certains proposent de mener l’idée un pas plus loin, et ont suggéré de directement conditionner les paiements aux agriculteurs à la distribution de biens publics verts. 

Que sont les biens publics ?

Une des difficultés, toutefois, réside dans le fait que les biens publics n'ont pas la même signification pour les divers acteurs. Alors que les agriculteurs souhaitent simplement un revenu plus stable pour eux-mêmes et des prix alimentaires raisonnables pour les consommateurs, les partisans d’une PAC "plus verte" font appel à une meilleure protection de la biodiversité et au maintien de la productivité à long terme de la capacité de la terre européenne.

Le commissaire à l’environnement Janez Potočnik a même suggéré qu’à un moment donné dans le futur, il pourrait exister une politique européenne appelée "Politique agricole et environnementale commune" (EurActiv 17/03/10).

Les membres du Parlement européen pensent également que l'avenir des politiques agricoles de l’UE devrait être utilisé pour faire la transition vers une agriculture plus durable en créant une synergie entre l’agriculture et les politiques environnementales (EurActiv 28/01/10).

Les raisons sont principalement motivées par des inquiétudes budgétaires. Alors que l’agriculture représente 40% du budget de l’EU à hauteur de 53 milliards par an, le budget de l’UE pour les politiques environnementales ne représente que 300 millions d’euros, dont la plupart vont au programme Life +.

Les propositions de la Commission à venir sur le futur de la PAC – ainsi  que les réponses du Parlement et des Etats membres – vont dont montrer si l’Europe est prête à faire suivre ses paroles par des actions concrètes.

Soutenir la renaissance économique des zones rurales

Plus tôt dans l’année, la Commission a soutenu que la PAC devrait être réformée d’une manière qui débloquerait le potentiel des zones rurales à contribuer à la stratégie de croissance économique de l’Union d’ici 2020 (EurActiv 27/04/10).

La Commission pense qu’une politique de développement rural dépoussiérée peut contribuer à la stratégie, en soutenant les technologies innovatrices « vertes »  et en améliorant la compétitivité en promouvant une agriculture qui exploite les ressources de manière durable.

Toutefois, elle a souligné que la modernisation de l’agriculture ne pouvait réussir avec un modèle unique applicable pour tous, et que les Etats membres ainsi que les autorités locales devraient avoir plus de liberté pour arranger les choses eux-mêmes.

Alors que l’argent de la PAC provient du budget général de l’UE, les dépenses pour le développement rural sont déjà co-financées par les Etats membres.

Lors de la conférence consultative sur la politique agricole de l’UE en juillet, les acteurs du secteur de l’agriculture à travers l’Europe ont appelé à s’éloigner de l’agriculture intensive pour se diriger vers un modèle plus durable soutenant la "renaissance économique" des zones rurales et promouvant la diversité des produits locaux et des identités culturelles comme source de richesse (EurActiv 23/07/10).

Les idées pour diversifier l’activité économique au sein des zones rurales, incluant le soutien des agriculteurs dans le traitement de leurs propres matières premières, les énergies renouvelables ainsi que les initiatives visant à promouvoir le tourisme.

Toutefois, si le développement rural doit prendre une place plus importante dans le futur de la PAC, les acteurs ont souligné qu’il était nécessaire d’accroître le niveau d’attractivité des zones rurales en assurant l’accès aux divers services publics et à l’infrastructure, tels que l’éducation, la santé, l’Internet à haut débit, le transport et les services postaux.

Un centrage accru sur l’ensemble du développement rural, couplé à une plus grande liberté pour les Etats membres de décider de leurs priorités de financements locaux et régionaux, pourrait donc être faire en sorte que l’argent issu de la PAC permette une "politique pour tous".

Réactions : 

Pekka Pesonen, secrétaire général du lobby des agriculteurs de l'UE Copa-Cogeca, a dit que ces discussions sur l'éventualité de permettre aux agriculteurs de développer leurs matières premières et les vendre localement n’étaient pas réalistes.

La réalité est plus ou moins à l'opposé, a-t-il expliqué. Dans la plupart des zones rurales européennes, les agriculteurs n'ont pas d'accès direct aux marchés des consommateurs. Par ailleurs, les exigences de sécurité et du commerce deviennent une telle charge dans les procédures des standards des procédés de fabrication qu'un petit agriculteur qui veut développer ses propres matières premières pour les vendre directement aux consommateurs doit augmenter très rapidement son commerce et son équipement afin de rendre l'entreprise rentable et de pouvoir concurrencer les gros distributeurs.

Dire que nous sauvons l'agriculture européenne et les zones rurales en vendant et fabriquant directement dans les fermes est illogique. J'ai bien peur que les consommateurs ne veuillent pas payer, car ce serait trop coûteux et leur ferait perdre trop de temps, a poursuivi M. Pesonen.

Evidemment, cela peut marcher dans certain cas, mais ce n'est pas une réponse générale et nous devons trouver une combinaison des deux – le marché orienté vers la production primaire et les coopératives régionales, a-t-il expliqué.

Jack Thurston, co-fondateur de farmsubsidy.org, une ONG qui fait campagne pour la transparence de la PAC, a constaté qu'alors que la rhétorique du "bien public" gagne du terrain dans les communiqués de presse et les discours, la politique derrière cette rhétorique change lentement, et ce que disent les responsables politiques n'a rien à voir avec la réalité, a-t-il ajouté.

Par ailleurs, il a noté que la discussion sur la nouvelle éco conditionnalité des subventions directes pour les agriculteurs n'a aucun sens, car les exigences qui y sont liées existent et les agriculteurs doivent, même aujourd'hui, respecter le droit de l'environnement de l'UE.

Nous n'avons pas dans l'UE de principe selon lequel le pollueur est payé pour ne pas polluer, mais nous avons le principe du pollueur payeur. Si vous polluez, vous devez faire l'objet d'une poursuite pénale, et ne pas être simplement privé de vos subventions. En théorie c'est donc défaillant, et en pratique ce principe n'a pas été correctement mis en application. Les contrôles sont peu fréquents et lorsque des amendes sont attribuées, elles sont peu élevées, entre 1 et 3 %, et la plupart du temps il s'agit d'un problème de marquage du bétail - c'est la principale infraction qui leur est reprochée, a dit M. Thurston.

Il a suggéré de plutôt mettre en place des paiements "agro-environnementaux" qui exigeraient que les agriculteurs aillent au-delà des exigences légales minimales sur l'environnement en vertu d'un contrat à long terme visant à maintenir la capacité de production des terres.

BirdLife, une ONG environnementale, appelle à réformer la PAC en allouant un soutien financier considérable aux agriculteurs qui exploitent leurs terres de façon durable et fournissent des services tout en respectant la biodiversité et les écosystèmes, produisant ainsi de la nourriture saine, mais perçoivent de faibles revenus.

BirdLife International, Butterfly Conservation Europe, le Centre européen pour la conservation de la nature et WWF souhaitent mettre l'accent pour préserver l'indicateur d'impact "haute valeur naturelle", qui selon ces organisations est indispensable à la fois pour préserver la biodiversité et la qualité de vie de nombreux Européens dans les zones rurales.

Ariel Brunner, directeur du bureau européen de BirdLife, a souligné que l'indicateur "haute valeur naturelle" avait actuellement du mal à rester sur le marché car malgré le fait qu'il produise un large montant de biens publics, il n'est pas très productif et est souvent discriminé par la PAC, la plupart des subventions allant vers les fermes les plus polluantes.

Prochaines étapes : 
Contexte : 

Les objectifs de la PAC, tels que cités à l’Article 39 du Traité de Rome sont les suivants :

  • Accroître la productivité de l'agriculture ;
  • Assurer un niveau de vie équitable à la population agricole;
  • Stabiliser les marchés ;
  • Garantir la sécurité des approvisionnements ;
  • Assurer des prix raisonnables dans les livraisons aux consommateurs.

Par ailleurs, une série de réformes ces vingt dernières années – trois en 1992, 1999 et 2003, et un "bilan de santé" en 2008- ont tenté de conformer cette politique aux nouveaux défis.

Au fil des années, la Commission européenne et le Conseil ont mis l'accent sur le besoin de rendre l'agriculture européenne plus compétitive et plus durable. Ils ont également insisté sur la protection des ressources naturelles et de la biodiversité.

Les objectifs originaux de la PAC n'ayant pas été formellement révisés depuis le Traité de Rome, la Commission estime que les priorités de la PAC sont les suivantes :

  • Garantir la qualité et la sécurité des aliments;
  • Protéger l'environnement et le bien-être des animaux;
  • Rendre les agriculteurs européens compétitifs sur la scène mondiale sans altérer les accords internationaux;
  • Préserver les communautés rurales et encourager leur dynamisme et leur durabilité. 

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