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Les prix équitables peuvent-ils donner aux agriculteurs une alternative aux subventions?

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Publié 22 septembre 2010, mis à jour 01 octobre 2010
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CAP reform

Alors que les agriculteurs reçoivent une part encore plus réduite de leurs revenus des ventes de produits alimentaires, les rendant dépendants des subventions, les responsables politiques de l'UE proposent de renforcer leur pouvoir de négociation dans la chaîne agroalimentaire et d'accroître leurs revenus issus du marché.

Bien que les prix de l’agriculture aient eu tendance à baisser ces dernières années, menaçant les moyens de subsistance des agriculteurs européens, les consommateurs n’ont la plupart du temps pas pu récolter les bénéfices de denrées alimentaires moins chères.

Dans une étude, la Commission européenne note que les produits agricoles ne représentent que 5% des coûts finaux d’une miche de pain, par exemple.

Par ailleurs, le prix final payé par les consommateurs est de plus en plus influencé par d’autres coûts – tels que l’énergie, le transport, le traitement et la main d’œuvre.

Selon le lobby agricole européen Copa-Cogeca, les conditions de marché défavorables et les frais de productions de plus en plus élevés ont mené le revenu moyen des agriculteurs à tomber à près de la moitié des gains par rapport à d’autres secteurs économiques ces dix dernières années.

L’exécutif de l’UE a exprimé son inquiétude concernant cette situation et enquête actuellement sur la concentration croissante dans le traitement des denrées alimentaires et dans le secteur de la distribution afin de voir si les abus potentiels par les acteurs dominants sur le marché affectent les revenus des agriculteurs.

Bruxelles a également identifié de faibles taux de transparence et de prix de transmission à travers la chaîne agroalimentaire comme les problèmes qui doivent être traités dans sa contribution du mois de novembre au sujet de la Politique Agricole Commune (PAC) post 2013.

Plus tôt dans le mois, le Parlement européen a fait appel à l’exécutif de l’UE afin de prendre des mesures pour s’assurer que les abus de pouvoir du marché soient redressés.

Les agriculteurs souhaitent un retour plus équitable du marché

Les subventions directes aux agriculteurs comptent actuellement pour près de 70% du budget de la Politique Agricole Commune, qui équivaut à environ 53 milliards d’euros par an.

Copa-Cogeca dit que ceci représente en moyenne deux tiers des revenus des agriculteurs, les paiements directs sous le premier pilier de la PAC représentant la moitié du revenu des agriculteurs.

Les agriculteurs sont avant tout des entrepreneurs, et préféreraient largement gagner une plus large proportion de leurs revenus du marché, souligne Copa-Cogeca dans sa proposition à la consultation de la Commission européenne sur le futur de la PAC.

Ils continuent en disant que renforcer le rôle de production économique des agriculteurs doit être une priorité, afin que ceux-ci puissent gagner un retour équitable du marché.

Le Parlement souhaite légiférer

Dans une résolution adoptée le 7 septembre, le Parlement européen a fait appel en faveur d’une nouvelle législation européenne garantissant des prix équitables à travers la chaîne d’approvisionnement alimentaire.

Le rapport, préparé en réponse à la communication de la Commission sur le sujet, soutient que les positions de négociation de tous les acteurs de la chaîne alimentaire humaine doivent être rééquilibrées, et qu'une concurrence équitable doit être mise en place légalement, afin de s’assurer du juste retour aux agriculteurs et de la transparence de prix pour les consommateurs.

Le rapport, préparé par José Bové, un agriculteur militant français controversé devenu eurodéputé Vert, propose la mise en place d’un code de bonnes pratiques commerciales, incluant des sanctions et un mécanisme de réclamation afin de contrer le comportement injuste des acteurs du marché. Ce système pourrait être complété par un instrument à l’échelle de l’UE qui permettrait de contrôler les relations commerciales entre les producteurs et les distributeurs avec pour but de les rééquilibrer, si nécessaire.

Le Parlement a suggéré de lancer un « observatoire des prix et des écarts de l’agriculture de l’UE », et d’analyser l'éventuel "défaut d'utilisation" par les distributeurs de leurs propres produits.

Le Parlement a  également suggéré l’utilisation de contrats standards entre les agriculteurs et l’industrie alimentaire, qui pourraient être rendus obligatoires dans certains secteurs, de manière à prévenir les pratiques abusives comme les remises forcées, les paiements en retard, la vente à perte ou les altérations des termes contractuels.

Le secteur laitier montre la voie

Suite à la récente crise du lait, un groupe de travail européen sur le lait a adopté un rapport le 15 juin comprenant plusieurs recommandations visant à stabiliser le marché des produits laitiers et assurer un revenu équitable aux producteurs.

Le groupe a proposé des mesures visant à améliorer l’utilisation de contrats écrits dans la chaîne d’approvisionnement des produits laitiers et a recommandé une augmentation des pouvoirs de négociation collectifs des producteurs de produits laitiers (EurActiv 19/01/10).

Sur la base des recommandations, la Commission européenne envisage de présenter un paquet de mesures législatives avant la fin de l’année.

Les mesures proposées pourraient établir un précédent pour des actions similaires dans d’autres secteurs de l’agriculture (EurActiv 08/09/09).

Réactions : 

Le lobby agricole Copa-Cogecaa souligné qu'il était essentiel de renforcer la position des agriculteurs dans la chaîne agro-alimentaire s'ils souhaitent obtenir une plus grande partie de leurs revenus du marché.

Les 13,4 millions d'agriculteurs dans l'UE sont dans une position de négociation très faible face au petit nombre de grands fournisseurs, fabricants et distributeurs. Il en résulte que la valeur ajoutée apportée par les agriculteurs dans les fermes (par exemple l'herbe pour le lait) est récompensée à un prix bien moins élevé que la valeur ajoutée apportée par les autres dans la chaîne alimentaire.

D'après le président de Cogeca Paolo Bruni, dans le cas du pain, par exemple, le prix au détail peut atteindre 30 fois le prix au départ de l'exploitation, les agriculteurs recevant en général 8 % du prix au détail final.

Il va sans dire que Copa-Cogeca a salué l'initiative de la Commission sur la question ainsi que l'appel du Parlement à regarder de près les relations entre les règles de la concurrence et la PAC, ce qui permettrait de procurer aux agriculteurs et à leur coopératives de nouveau outils pour améliorer leur position de négociation dans la chaîne alimentaire.

Par ailleurs, Xavier Durieu, secrétaire général du lobby de distributeurs EuroCommerce, a déploré le fait que le Parlement ait associé les produits des marques de distributeurs avec le "mauvais usage". Il n'y pas de preuve. Les marques des distributeurs offrent une grande variété de produits de qualité à des prix abordables. Et elles aident les petits fournisseurs à entrer sur les marchés nationaux et internationaux avec des produits alimentaires locaux innovants et durables, a-t-il expliqué.

D'après EuroCommerce, le rapport du Parlement est inconsistant et dépeint une image excessivement négative du secteur de la distribution. Pour le groupe commercial, les eurodéputés insinuent que les distributeurs sont responsables des difficultés auxquelles les agriculteurs sont confrontés. En agissant ainsi, ils ne comprennent pas comment fonctionne la chaîne alimentaire. La distribution est seulement le dernier et le plus visible des liens d'une longue chaîne alimentaire et dans de rares cas seulement les distributeurs  achètent directement aux agriculteurs.

EuroCommerce confirme qu'il faut agir contre les comportements anti-compétitifs, mais pense que l’on peut le faire à travers une mise en application plus cohérente des règles de la concurrence dans chaque Etat membre. Il n'y a pas besoin d'autres lois, a insisté M. Durieu. Dans tous les cas, la liberté de contracter doit prévaloir dans les limites du droit de la concurrence.

L'organisation pense que les agriculteurs pourraient parvenir à avoir des revenus stables grâce à une restructuration du secteur agricole et en dynamisant le développement des organisations de producteurs et de coopératives.

Lors d'une conférence consultative sur la politique agricole en juillet, Susanne Langguth, présidente du groupe sur la politique agricole à la Confederation of Food and Drink Industries (CIAA), a dit que les agriculteurs et les producteurs alimentaires avaient besoin d'un "partenariat stratégique" et que la PAC devait devenir de plus en plus une "politique alimentaire commune".

Les matières premières agricoles de bonne qualité, durables et saines sont le fondement de l'industrie, a-t-elle dit, sous-entendant que la "politique alimentaire commune" devrait être conçue dans le but de garantir un approvisionnement adéquat de ces matières premières.

Elle a souligné que 70 % de toutes les matières premières agricoles sont exploitées par l'industrie, ce qui fait que l'industrie alimentaire est le plus grand client des agriculteurs. En même temps, l'industrie alimentaire subit une forte pression des distributeurs et n'a pas de règles du jeu, a-t-il affirmé.

Elle pense donc que la PAC doit faire en sorte que les matières premières soient maintenues à un prix abordable pour l'industrie alimentaire.

Prochaines étapes : 
  • Déc. 2010: La Commission doit adopter le premier paquet de propositions législatives suite au travail réalisé par un groupe de haut niveau sur le lait.
Contexte : 

Les prix de l'alimentation ayant atteint des sommets en 2008, la Commission européenne a décidé d'ouvrir une enquête sur les causes d’une telle montée en flèche.

L'exécutif de l'UE s'est engagé à mieux contrôler les développements des prix agricoles de base, et à analyser l'impact de la spéculation sur les prix. Elle examinera le fonctionnement de la chaîne alimentaire.

Suite à une enquête d'une année concernant la chaîne alimentaire, un rapport de la Commission, publié en octobre 2009, a conclu qu'il y avait des déséquilibres considérables dans les relations contractuelles entre les acteurs dans la chaîne alimentaire. Les tensions découlent des différences de pouvoir de négociation, qui pourraient conduire à des pratiques commerciales déloyales, explique le rapport (EurActiv 29/10/09).

En janvier, les ministres de l'Agriculture de l'UE ont approuvé des mesures qui garantissent que tous les acteurs de la chaîne alimentaire - et en particulier les agriculteurs - reçoivent une juste contrepartie de leur travail (EurActiv 19/01/10).

L'exécutif de l'UE prévoit d'examiner davantage la manière dont on pourrait renforcer la position de négociation des agriculteurs vis-à-vis des grands acheteurs, qu'ils soient producteurs, grossistes, distributeurs ou de grandes multinationales.

La Commission a dit que la position sur le marché des petits producteurs alimentaires pourrait être renforcée en créant des organisations de producteurs, par exemple dans le cadre de la politique du développement rural de l'UE et la Politique Agricole Commune (PAC) post-2013.

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