Hier (9 novembre), les Verts ont demandé à la Commission européenne de repenser ses liens commerciaux avec les pays d'Amérique latine du Mercosur qui cultivent une grande partie des protéagineux utilisés dans l'alimentation animale en Europe.
Ils souhaitent également que l'exécutif européen renforce les politiques agricoles qui promeuvent la diversité et que l'on réduise les importations de ce type de cultures.
« Nous avons l'impression que dans le processus de négociation de Mercosur, seuls les intérêts économiques sont au premier plan pour l'Union européenne, et cette attitude ne peut pas jouer en faveur de l'agriculture en Amérique du Sud et en Europe », a déclaré Martin Häusling, eurodéputé vert allemand et membre de la commission de l'agriculture et du développement rural.
« Aucun critère social ou environnemental n'est observé », a-t-il affirmé, ajoutant que cet accord commercial aurait des « effets désastreux sur l'agriculture ».
La Commission européenne est en train de proposer une réforme de la politique agricole commune (PAC) qui entrera en vigueur en 2014. Elle est également impliquée dans des négociations de longue haleine sur un accord de libre-échange avec les pays du Mercosur, dont proviennent près de 20 % des importations agricoles de l'UE.
Le groupe des Verts/Alliance libre européenne soutient que les importations bon marché de protéagineux comme les graines de soja portent atteinte aux marchés européens. Le groupe affirme également que la production intérieure a chuté en raison des importations détaxées, ce qui implique que les agriculteurs européens ne peuvent pas rivaliser avec ces importations bon marché.
Quelque 40 tonnes de protéagineux sont importées dans l'UE chaque année, ce qui représente une part de 80 % du marché, selon une étude publiée par les Verts/ALE. L'Europe dépend également des importations pour l'huile de soja, de pale et autres étant donné la demande croissante pour les biocarburants.
Dans de nombreux cas, ces cultures sont réalisées à partir de graines génétiquement modifiées.
Problèmes pour les sols
Mais ces cultures ont d'autres conséquences que celles du régime alimentaire des Européens soucieux de ne pas consommer d'OGM. Walter Pengue, un ingénieur agricole argentin, affirme que la demande croissante pour ces cultures génère d'autres problèmes, dont :
· la détérioration de la qualité des sols;
· la déforestation en raison du défrichage : les terres boisées du pays ont été réduites de 14,1 % depuis 2010, près du double de la moyenne régionale, selon un rapport des Nations unies;
· les investissements croissants d'entreprises dans l'agriculture, aux dépens des petits exploitants;
· l'augmentation des niveaux d'azote dans le sol qui pourrait au final porter atteinte aux terres fertiles de l'Argentine, les pampas.
Environ 17 des 80 millions d'hectares de terres agricoles et boisées commerciales ont été vendus à des investisseurs étrangers, et la plupart de ces terres sont destinées à la production de soja et de biocarburants, ainsi qu'à l'élevage ovin, a précisé M. Pengue.
« Nous sommes confrontés à un problème très complexe s'agissant de la production alimentaire à l'avenir », a-t-il affirmé à propos des niveaux d'azote. « Nous n'aurons pas la possibilité de produire de la nourriture. »
M. Pengue, également phytogénéticien à l'université de Buenos Aires, a fait part de ses inquiétudes, tout comme les Verts/ALE dans leur étude qui réclame que les politiques européennes qui promeuvent la croissance intérieure des cultures d'aliments pour animaux prennent également en compte l'impact des politiques commerciales sur les agriculteurs dans les autres pays.
Il a demandé aux décideurs européens de profiter des négociations avec les pays du Mercosur pour s'assurer qu'il existe des normes pour l'exportation, mais il a admis que son propre gouvernement pourrait en faire davantage pour protéger les agriculteurs et les terres.
Le commissaire à l'agriculture, Dacian Cioloş, a déclaré à la commission de l'agriculture et du développement rural le 7 novembre que la durabilité et les encouragements pour la diversification des cultures étaient au cœur de la révision de la PAC.
Toutefois, certains ministres de l'agriculture des Etats membres, présents à la même réunion, ont expliqué qu'ils craignaient que la rotation et la diversification des cultures n'entraînent plus de paperasserie pour les agriculteurs, ce qui irait à l'encontre de l'objectif de simplification de la PAC.




