Les industries des boissons, de la confiserie et de l'amidon ont appelé l'UE à respecter son engagement pour 2015 de mettre un terme aux quotas sur la production de betterave sucrière. Ce système de quotas, qui remonte à 1968, fournit aux agriculteurs un prix minimal garanti visant à assurer la stabilité de l'approvisionnement.
Mais alors que la demande ne diminue pas pour les confiseries, les boissons gazeuses et les biocarburants automobiles, les concurrents et les acheteurs de l'industrie sucrière se demandent pourquoi ce secteur devrait bénéficier d'un traitement de faveur. Depuis début 2011, la Commission a dû autoriser des ventes supplémentaires de sucre pour faire face à des pénuries sur son territoire.
« Nous remettrons certainement sur la table le fait que le sucre soit le seul produit agricole de l'UE qui bénéficie encore d'un système de quotas alors que ce ne sera bientôt plus le cas pour les produits laitiers », a déclaré Jamie Fortescue, directeur général de l'Association des Amidonniers et Féculiers (AAF), qui représente l'industrie européenne de l'amidon.
L'avenir des quotas sur le sucre s'inscrit dans un débat plus large sur la politique agricole commune (PAC) après 2013. Ce débat prévu pour l'automne devrait aborder la question des financements et examiner les propositions de la Commission sur le verdissement de cette politique.
M. Fortescue avance que le régime de quotas sur le sucre entrave la production d'isoglucose, un édulcorant liquide à base d'amidon. Selon lui, étendre les quotas découragerait les entreprises du secteur de l'amidon souhaitant élargir leur marché qui représente pour l'instant 5 % du marché sucrier, avec une production annuelle de 700 000 tonnes.
« Notre position est très claire : nous devons nous débarrasser de ces quotas dès que possible. Merci à la Commission d'avoir fait cette proposition », a déclaré M. Fortescue, dont l'organisation représente 69 sites de production d'amidon dans l'UE.
« Si cela n'est pas possible pour 2015, nous serons frustrés. Nous avons besoin d'une date butoir claire pour que nos membres puissent commencer à investir dans leurs capacités de développement », a-t-il affirmé lors d'une interview réalisée dans les bureaux bruxellois de l'AAF.
Des opposants puissants
Les producteurs d'amidon et leurs alliés pourraient toutefois s'engager dans une bataille difficile contre de puissants États agricoles, des producteurs de sucre et des organisations agricoles.
Les eurodéputés devraient examiner les amendements à la PAC cet automne, notamment le prolongement du régime de quotas jusqu'en 2020. Les propositions examinées pourraient aussi reporter l'arrêt des restrictions sur les droits de plantation pour la production de vin de 2016 à 2030.
La France, l'Allemagne et l'Espagne font partie des pays qui souhaitent prolonger le régime des quotas sur le sucre jusqu'en 2020. Les organisations agricoles déterminées à défendre les programmes de paiements de l'UE voudraient aussi disposer de plus de temps.
Le mois dernier, le président du Comité européen des fabricants de sucre, Johann Marihart, a apporté son soutien à l'eurodéputé français Michel Dantin (Parti populaire européen), qui souhaite prolonger le régime des quotas. « La production agricole nationale est une source fiable pour la stabilité de l'offre », avait-il alors déclaré.
Gerd Sonnleitner, le président de l'organisation des agriculteurs européens Copa, a exhorté les décideurs politiques européens à conserver les quotas pour aider les exploitants agricoles européens à maintenir leur compétitivité face à la concurrence mondiale.
Certains détracteurs de ce système estiment cependant que ces quotas créent des distorsions sur le marché et entravent le potentiel d'exportation de l'Europe en raison des limites imposées par l'Organisation mondiale du commerce en réponse à la décision de l'UE de soutenir son programme.
Juliette Jacques, directrice adjointe de l'AAF, estime que les prix élevés du sucre impliquent que les quotas ne sont plus nécessaires.
Le prix par tonne s'élève actuellement à 700 euros en Europe, bien au-delà du seuil prévu lorsque l'exécutif européen a décidé d'éliminer les limites de production en 2005. « Le prix de référence était alors de 404 euros par tonne et depuis la réforme, ce prix n'a fait qu'augmenter », a indiqué Mme Jacques.
Même si elle appelle à une modification du régime pour le sucre, l'industrie de l'amidon bénéficie elle aussi de la protection de l'UE. L'Europe impose des restrictions sur les importations d'amidon, un ingrédient présent dans l'alimentation humaine et animale, les médicaments, la production d'adhésifs et qui est également utilisé comme substitut au sucre dans les boissons et les confiseries. L'AAF défend ces restrictions et affirme que les importations au rabais en provenance d'Asie pourraient nuire au marché européen.
Biocarburants
Dans le même temps, une autre politique européenne a contribué à stimuler le marché de la betterave sucrière. Il s'agit de l'objectif de faire passer à 10 % la part d’énergies renouvelables dans les transports terrestres d'ici 2020, qui inclut les biocarburants « durables » dans le bouquet énergétique renouvelable.
Certains défenseurs de l'environnement ont accusé la Commission d'utiliser les biocarburants pour faire passer la pilule de la baisse des garanties de prix du sucre, dans la mesure où la betterave est une importante source d’éthanol et est utilisée dans des applications biochimiques.
Claude Turmes, le rapporteur au Parlement européen sur la directive relative aux énergies renouvelables, a déclaré que les groupes de pression avaient influencé ses négociations avec le Conseil européen.
« Il s'agissait de deux lobbies : celui des producteurs de sucre et celui de l'industrie automobile allemande qui cherchait à bloquer la réglementation de l'UE sur le CO2 émis par les voitures », a expliqué M. Turmes (Verts/Luxembourg) à EurActiv en avril dernier, suite à la publication d'un rapport de l'UE qui remet en cause la durabilité des biocarburants.
« L'objectif initial de 10 % pour les énergies renouvelables dans les transports était bel et bien fondé sur le fait que ces deux groupes de pression avaient fait front commun pour l'imposer à la Commission. »




