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Le Nobel d’économie appelle à un regain d’attention pour la sécurité alimentaire [FR]

Publié 18 mars 2009
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agriculture Food
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Paul Krugman, prix Nobel d’économie, a expliqué lors d’un forum sur l’avenir de l’agriculture qui s’est tenu hier (17 mars) à Bruxelles, que la hausse des prix des denrées alimentaires subie l’année dernière n’était pas une fausse alerte induite par la spéculation. Il a en outre averti que le monde avait tort de négliger la crise alimentaire.

Malgré la baisse des prix alimentaires, qui culminaient l’année passée, le monde ne devrait pas détourner les yeux de la crise alimentaire aussi rapidement, a souligné Paul Krugman, professeur d’économie à l’Université de Princeton et prix Nobel d’économie de 2008, au cours du deuxième forum sur l’avenir de l’agriculture

M. Krugman a déclaré que les récentes augmentations n’étaient pas une fausse alarme résultant de la bulle spéculative, et ne devaient pas être éclipsées par les crises macroéconomiques et financières. 

Une fois que le ralentissement économique actuel sera derrière nous, nous nous rendrons compte de l’existence de la crise alimentaire, a-t-il souligné. Celle-ci a pour origine les contraintes en termes de ressources, l’augmentation de la population mondiale et la hausse de la demande pour des aliments à forte intensité d'utilisation des ressources naturelles, tels que la viande. 

On ne peut pas compter sur les marchés 

M. Krugman a également déclaré que la crise de l’année dernière a donné tort aux gouvernements qui pensaient que de vastes réserves de denrées alimentaires n’étaient pas nécessaires parce que le commerce et les marchés mondiaux s’occuperont des éventuelles pénuries alimentaires. 

Les événements de l’année dernière ont montré que dans une situation de crise, les pays imposent des interdictions d’exportation sur leurs produits de base agricoles pour protéger les membres les plus pauvres de leur population. Politiquement et socialement, il est normal de protéger ces personnes. Mais on ne peut pas compter sur les marchés pour en faire autant, parce que le marché mondial des denrées alimentaires s’effondre au moment même où on en a le plus besoin, a averti M. Krugman.  

Il semble que nous nous sommes trop éloignés de la politique visant à ce qu’un pays dispose de réserves alimentaires en tant que protection contre une crise, a-t-il ajouté. 

Davantage d’investissement, de R&D et de remèdes institutionnels

Pour répondre à la menace de la crise, nous devons en premier lieu investir dans la production alimentaire future, ainsi que dans l’infrastructure physique et la R&D, a déclaré M. Krugman, soulignant l’importance des biens publics et de l’investissement dans la productivité agricole. 

De plus, comme l’agriculture subit plus de contraintes en termes de ressources que d’autres secteurs de production, des politiques doivent répondre à la crise mondiale des ressources, selon le prix Nobel. A cet égard, le débat autour des biocarburants, par exemple, est encore en cours et constituera à nouveau un problème, a-t-il prédit. 

Il a également appelé à une amélioration du système d’aide financière destinée aux questions environnementales, ainsi qu’à un regain d’attention pour ce sujet, qui constitue un cas majeur pour l’effort international.

A la question de savoir s’il est possible de lever le blocage actuel qui paralyse le cycle de négociations commerciales de Doha à l’OMC, M. Krugman a répondu qu’il avait depuis quelques années perdu tout espoir par rapport à Doha et qu’il considérait qu’il ne se passerait rien pendant une longue période, l’agriculture n’étant pas un commerce comme les autres.

Néanmoins, il a insisté sur le fait que de véritables questions doivent encore être abordées lors des négociations, notamment l’abandon des subventions injustes pour les agriculteurs et les consommateurs dans les pays en développement. 

Réactions : 

Le marché a perdu de sa magie, et la déréglementation a l’effet inverse de celui escompté, selon Franz Fischler, ancien commissaire à l’Agriculture et président cette année du Forum sur l’avenir de l’agriculture. Il a indiqué que la régulation avait été réhabilitée et que des subventions non commerciales et faussant les échanges destinées aux agriculteurs devront être maintenues, non seulement en Europe mais dans le monde entier, si l’on veut éviter l’aggravation de la pénurie alimentaire. 

M. Fischler a également appelé les pays de l’hémisphère Sud à introduire des réformes agraires qui permettraient l’accès des plus pauvres aux terres. Il a également enjoint d’adopter des politiques de fixation des prix de l’alimentaire plus adaptées. Il a ajouté que pour avoir suffisamment de nourriture à des prix abordables pour tous, il faut faire évoluer nos habitudes alimentaires, sans parler de nos modes de vie. 

Mettant en avant l’importance de la technologie, John Atkin, responsable de la protection des cultures au sein de l’entreprise suisse de biotechnologie Syngenta, a reconnu que l’augmentation des prix de l’alimentaire l’année dernière n’était pas seulement due à la spéculation. Selon lui, parvenir à une sécurité alimentaire et environnementale est important tant pour l’Europe que pour l’Asie ou l’Afrique. Il a ajouté que les agriculteurs doivent avoir accès à une grande variété de technologies novatrices et de pratiques agricoles en vue de maximiser les rendements et la qualité de leurs cultures, ainsi que d’optimiser l’utilisation des ressources naturelles.

En outre, il estime qu’il faut augmenter la productivité des terres existantes, dans la mesure où la marge de manœuvre pour augmenter la surface de terres cultivables sans endommager l’habitat naturel est limitée. Les décideurs politiques européens doivent le reconnaître promptement, ou ils risquent d’entraver la capacité du continent à accroître sa production à ce moment critique, a-t-il conclu.

Prochaines étapes : 
  • 17 et 18 mars 2009 : deuxième Forum sur l’avenir de l’agriculture. Thèmes abordés par l’événement : crise économique et financière mondiale, défi du financement de la sécurité alimentaire et environnementale. Visitez le blog du FFA pour participer aux débats.
Contexte : 

Alors que la population mondiale approche les 10 milliards, des questions comme le changement climatique, la pénurie croissante de pétrole et la raréfaction de l'eau et de terres de qualité, mettent à l’épreuve la capacité de la planète à produire suffisamment de nourriture pour tout le monde. Un changement de paradigme qui pourrait éventuellement ouvrir la voie à une nouvelle crise alimentaire mondiale.

En mars 2008, Syngenta, entreprise suisse de biotechnologie, et l’Organisation européenne de la propriété rurale se sont associées pour créer un forum sur l’avenir de l’agriculture. 

Le premier Forum de ce type s’est tenu l’année dernière sur fond d’augmentation des prix des denrées alimentaires, de hausse de la demande, et de faibles récoltes. Le forum de 2009 a lieu dans un contexte de crise financière mondiale, qui a détourné l’attention des questions alimentaires. 

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