Malgré la baisse des prix alimentaires, qui culminaient l’année passée, le monde ne devrait pas détourner les yeux de la crise alimentaire aussi rapidement, a souligné Paul Krugman, professeur d’économie à l’Université de Princeton et prix Nobel d’économie de 2008, au cours du deuxième forum sur l’avenir de l’agriculture.
M. Krugman a déclaré que les récentes augmentations n’étaient pas une fausse alarme résultant de la bulle spéculative, et ne devaient pas être éclipsées par les crises macroéconomiques et financières.
Une fois que le ralentissement économique actuel sera derrière nous, nous nous rendrons compte de l’existence de la crise alimentaire, a-t-il souligné. Celle-ci a pour origine les contraintes en termes de ressources, l’augmentation de la population mondiale et la hausse de la demande pour des aliments à forte intensité d'utilisation des ressources naturelles, tels que la viande.
On ne peut pas compter sur les marchés
M. Krugman a également déclaré que la crise de l’année dernière a donné tort aux gouvernements qui pensaient que de vastes réserves de denrées alimentaires n’étaient pas nécessaires parce que le commerce et les marchés mondiaux s’occuperont des éventuelles pénuries alimentaires.
Les événements de l’année dernière ont montré que dans une situation de crise, les pays imposent des interdictions d’exportation sur leurs produits de base agricoles pour protéger les membres les plus pauvres de leur population. Politiquement et socialement, il est normal de protéger ces personnes. Mais on ne peut pas compter sur les marchés pour en faire autant, parce que le marché mondial des denrées alimentaires s’effondre au moment même où on en a le plus besoin, a averti M. Krugman.
Il semble que nous nous sommes trop éloignés de la politique visant à ce qu’un pays dispose de réserves alimentaires en tant que protection contre une crise, a-t-il ajouté.
Davantage d’investissement, de R&D et de remèdes institutionnels
Pour répondre à la menace de la crise, nous devons en premier lieu investir dans la production alimentaire future, ainsi que dans l’infrastructure physique et la R&D, a déclaré M. Krugman, soulignant l’importance des biens publics et de l’investissement dans la productivité agricole.
De plus, comme l’agriculture subit plus de contraintes en termes de ressources que d’autres secteurs de production, des politiques doivent répondre à la crise mondiale des ressources, selon le prix Nobel. A cet égard, le débat autour des biocarburants, par exemple, est encore en cours et constituera à nouveau un problème, a-t-il prédit.
Il a également appelé à une amélioration du système d’aide financière destinée aux questions environnementales, ainsi qu’à un regain d’attention pour ce sujet, qui constitue un cas majeur pour l’effort international.
A la question de savoir s’il est possible de lever le blocage actuel qui paralyse le cycle de négociations commerciales de Doha à l’OMC, M. Krugman a répondu qu’il avait depuis quelques années perdu tout espoir par rapport à Doha et qu’il considérait qu’il ne se passerait rien pendant une longue période, l’agriculture n’étant pas un commerce comme les autres.
Néanmoins, il a insisté sur le fait que de véritables questions doivent encore être abordées lors des négociations, notamment l’abandon des subventions injustes pour les agriculteurs et les consommateurs dans les pays en développement.



