Les technologies de l’information et de la communication (TIC) ont un rôle clé à jouer en matière d’innovation et de compétitivité pour les petites entreprises et le secteur des technologies de l’information lui-même. Mais pour exploiter tout le potentiel des TIC, il faut doter les forces de travail des compétences idoines et fournir un accès aux infrastructures de haute technologie.
Milestones
- 19 avril 2007 : création du groupe de travail de l’UE sur la compétitivité du secteur des TIC et l’assimilation des TIC.
- 7 sept. 2007 : la Commission européenne publie une communication sur le renforcement des compétences numériques pour le XXIe siècle.
- 31 oct. 2007 : la Commission européenne appelle à la création d’un groupe d’experts sur la facturation électronique.
- Fév. 2008 : création du groupe d’experts sur la facturation électronique.
- 19 juin 2008 : le Small Business Act souligne le besoin d’actualiser les compétences en matière de TIC en vue de maximiser l’innovation dans le secteur des PME.
- 6-14 mai 2009 : Semaine européenne des PME.
- Déc. 2009 : publication des études de la Commission européenne sur l’e-Business et des études portant sur les TIC et les gaz à effet de serre, la politique industrielle et les compétences numériques.
Policy Summary
L’innovation est devenue le mot à la mode dans le débat sur la manière dont l’UE peut sortir de la crise financière actuelle (EurActiv 29/01/09). Le futur des industries européennes de haute technologie dépend dans une large mesure des petites et moyennes entreprises, qui représentent environ 95 % de l’ensemble des entreprises.
Les technologies de l’information peuvent participer à la réduction des coûts, permettre un processus de développement plus efficace, ainsi que la mise de nouveaux produits sur le marché plus rapidement qu’auparavant.
D’un point de vue pratique, cela peut se traduire par des choses très simples, telles que la facturation ou les systèmes de paiement électroniques, ou encore des programmes de conception assistée par ordinateur, qui peuvent rendre le travail des ingénieurs et des architectes moins laborieux et plus créatif.
En outre, la plupart des entreprises européennes de TIC les plus créatives sont des petites entreprises développant des solutions technologiques pour une niche commerciale. Elles sont souvent liées à de plus grandes entreprises capables d’intégrer les innovations à des plateformes existantes à destination des consommateurs finaux.
Les principaux obstacles à l’utilisation optimale des TIC sont les limitations au déploiement de la large bande dans les Etats membres, ainsi que le besoin de formation de la main-d’œuvre pour qu’elle adopte les nouvelles technologies.
Pour y faire face, l’UE a pris un certain nombre d’initiatives visant à actualiser les compétences en matières de TIC, notamment l’établissement d’un groupe de travail sur la compétitivité du secteur des TIC et le lancement de la communication sur les compétences numériques.
Un groupe d’experts sur la facturation électronique a également été mis sur pied par la Commission, et l’importance d’avoir des compétences variées pour tirer avantage de l’innovation dans le secteur des petites entreprises figure dans le Small Business Act .
Outre le capital humain, les infrastructures physiques de télécommunications sont réellement insuffisantes dans certains Etats membres. L’accès à l’Internet ultrarapide est désormais essentiel pour l’efficacité du commerce en ligne, mais de nombreuses régions, notamment les régions européennes rurales, ne disposent pas une couverture suffisante.
Enjeux
Activités électroniques en ligne
Les TIC ont révolutionné la manière de faire des affaires dans les secteurs de l’industrie et des services, y compris ceux du transport et du fret (EurActiv 19/02/ 09). La qualité des infrastructures des entreprises s’est améliorée au cours des trois ou quatre dernières années, tandis que les PME ont investi dans du matériel plus sophistiqué, permettant l’introduction de nouveaux procédés commerciaux.
Toutefois, il y a des variations considérables entre les différents secteurs économiques en termes d’utilisation de la technologie, les entreprises ayant investi dans l’informatique profitant d’un avantage compétitif dont les autres sont privées. La frontière entre les systèmes de TIC et le traitement de l’innovation est confuse, tandis que la distinction entre les produits et les procédés devient obsolète. Les entreprises considèrent également que les TIC continuent de participer à la diminution des coûts.
Facturation électronique
La facturation électronique, c'est-à-dire le transfert des informations de facturation et de paiement par Internet et d’autres canaux électroniques, est plébiscité par les secteurs publics et privés, ainsi que par les consommateurs.
Pour les entreprises, les avantages sont multiples : transactions plus rapides et stockage à moindre coût des données, par exemple. De plus, la perspective de se rapprocher de l’insaisissable bureau « sans papier » s’intègre nettement dans l’agenda écologique.
Toutefois, un groupe d’experts européens sur la facturation électronique a identifié un certain nombre de barrières qui empêchent l’adoption en masse de la technologie. L’une d’entre elles est le manque de confiance des dirigeants d’entreprises, qui doivent encore être convaincus des bénéfices de la technologie. Des incertitudes demeurent quant aux règles de l’administration fiscale.
Le groupe a proposé que les administrations publiques adoptent des systèmes de facturation électronique et accélèrent le développement de son acceptation. Alors que les entreprises recherchent davantage d’uniformité entre les systèmes, d’un point de vue technique, l’interopérabilité est le maître mot. A plus long terme, l’on envisage la normalisation du contenu de la facturation électronique sous des formats et expressions moins nombreux qu’à l’heure actuelle.
Accès à la large bande
L’accès à l’Internet ultrarapide pour tous les citoyens avant 2010 est mentionné dans le plan européen de relance économique dévoilé en novembre 2008 (EurActiv 27/11/09).
La large bande est essentielle pour que les PME puissent avoir accès aux marchés financiers depuis n’importe quel point de l’UE. En janvier, 1 milliard d’euro a été dédié à l’aide à la connexion des régions rurales, la création de nouveaux emplois et l’expansion des entreprises existantes.
Environ 93 % des Européens ont aujourd’hui accès à la large bande, mais ce chiffre peut descendre jusqu’à 50 % dans certaines régions rurales. La disparité est souvent considérée comme un problème d’égalité sociale, un fossé numérique se creusant entre les populations urbaines et rurales.
La Commission européenne estime qu’un million d’emplois pourrait être créé via l’investissement dans l’infrastructure de la large bande. L’investissement a été présenté comme une mesure de relance financière, qui participera également à la diminution des émissions de carbone.
Main d’œuvre et compétences
Rester en phase avec les évolutions technologiques rapides est l’un des défis les plus importants de la volonté européenne de devenir une économie basée sur la connaissance. Conférer à la main d’œuvre les compétences idoines pour intégrer les nouvelles technologies requiert un investissement dans l’éducation et la formation tout au long de la vie.
A l’heure actuelle, les dirigeants d’entreprises mettent en garde contre l’inadéquation croissante des compétences, avec pour conséquence le non pourvoir de millions d’emplois en 2008, en raison du fait que les travailleurs disponibles n’avaient pas les compétences nécessaires pour pouvoir exercer les emplois créés.
Le manque de main-d’œuvre qualifiée est ressenti jusque dans le secteur des TIC lui-même, dans lequel il manque de plus en plus de professionnels de la technologie de l’information, mais aussi dans les autres secteurs, où les équipes expérimentées ont du mal à s’adapter à l’évolution des technologies.
Selon des estimations, l’ « analphabétisme numérique » concerne 40 % de la population. Des compétences clé en matière d’informatique sont au centre des efforts de l’Europe pour améliorer l’employabilité et renforcer l’inclusion sociale.
L’UE recommande de mettre l’accent sur le développement des compétences numériques et de l’esprit d’entreprise en vue de renforcer le secteur des TIC. De même qu’elle permet l’innovation au sein de petites entreprises, l’industrie emploie directement 6 % de la force de la main-d’œuvre, et crée 8 % du PIB de l’UE, selon la Commission.
Effet perturbateur
Le rythme des progrès dans le secteur des TIC n’est pas sans heurts. La capacité des PME à s’adapter aux nouvelles méthodes de travail est soumise à pression, alors que la durée de vie des technologies est souvent courte. Cela pourrait être une source de frustration pour les entreprises qui investissent dans des systèmes de technologie de l’information modernes, qui seront rapidement remplacés par des technologies encore plus avancées.
L’exécutif européen a déclaré que les technologies émergentes qui résultent de nouveaux produits réussis pourraient avoir des effets perturbateurs sur les marchés et les avantages comparatifs de l’industrie européenne des TIC.
Un groupe de travail sur les TIC
Une partie des efforts de l’UE pour faire face aux changements et défis inhérents aux technologies se concrétise avec la création du groupe de travail pour l’assimilation et la compétitivité des TIC.
Le groupe de travail est l’une des quelques initiatives prises sous l’égide de la politique industrielle de la Commission, qui vise à créer un environnement favorable pour les entreprises européennes. Elle fait partie du plan i2010 pour la croissance et l’emploi dans la société d’information. Ont été mis en place plusieurs groupes de travail, portant entre autres sur la recherche et le développement, l’industrie et les entreprises de services, et les PME et l’esprit d’entreprise.
Dans son rapport, le groupe de travail a recommandé l’investissement dans les réseaux de nouvelle génération et les services, davantage de services publics en ligne et une charte des droits du consommateur dans l’environnement numérique. Stimuler la formation dans les compétences entrepreneuriales et connecter 100 % des écoles européennes à l’Internet à large bande font aussi partie des recommandations.
Innovation
Un nombre important de marchés publics devrait être consacré à des produits et services novateurs pour soutenir la recherche et le développement dans le secteur des TIC, ainsi que pour intégrer les PME dans les programmes gouvernementaux de marchés publics, selon le groupe d’étude.
Des inquiétudes voient le jour concernant les économies émergentes, en particulier la Chine, qui seraient en position de dépasser les industries technologiques européennes dans les dix prochaines années. La Chine aura rattrapé l’UE en 2010 en termes de PIB alloué à la recherche et innovation. Les sociétés chinoises de télécommunication sont récemment entrées sur le marché mondial des TIC et feront usage de leurs coûts de base inférieurs pour défier les acteurs européens et américains à la pointe des marchés de haute technologie.
Il faudra coopérer au niveau européen pour garder le rythme face aux concurrents mondiaux. L’Europe a déjà été critiqué pour sa lenteur à diffuser les bonnes pratiques entre les Etats membres, et une Agence européenne pour l’innovation a été proposée comme pouvant être le meilleur moyen de renforcer les liens entre les projets européens et de lui conférer le leadership dans les secteurs clé.
Certains critiques de la scène de la politique d’innovation allèguent que l’Europe dépense des milliards en réitérant inutilement des travaux qui ont déjà menés en d’autres points d’Europe. Un meilleur partage des informations et l’utilisation de bases de données existantes contribueraient à éviter le gaspillage d’une certaine proportion des dépenses de recherche et développement.
PME et entreprenariat
Investir dans le développement de produits innovants et démarrer de nouvelles affaires était déjà difficile avant la crise financière mondiale, mais les difficultés ont été exacerbées par la crise actuelle du crédit.
Une priorité de la Banque européenne d’investissement depuis la fin de l’année 2008 a été de libérer des capitaux pour les PME. Un certain nombre d’Etats membres offrent des incitations fiscales aux sociétés qui font preuve d’investissement et d’entreprenariat.
L’explosion spectaculaire de la bulle Internet dans les premières années de cette décennie peut avoir refroidi l’enthousiasme des investisseurs en capital, qui sont maintenant peu enclins à prendre des risques avec des start-ups du domaine des TIC.
Il est possible, toutefois, qu’un plus grand frein à l’entreprenariat dans le secteur des TIC soit le manque général de formation en commerce a destination de passionnés de nouvelles technologies. Aux Etats-Unis, on enseigne aux étudiants de MBA à devenir des entrepreneurs, avec le résultat suivant : plus de 80 % des diplômés tentent de développer des produits innovants et de les mettre sur le marché. On déplore depuis longtemps que l’esprit d’entreprise en Europe soit en retard sur celui des Etats-Unis.
La solution qui fait largement consensus est l’introduction d’une formation à l’esprit d’entreprise dans les programmes éducatifs. Des incitations financières concrètes, tels que des allègements fiscaux et des congés de maternité pour les femmes entrepreneurs ont également été proposés.
Tendances émergentes
La Commission a mis en évidence les investissements dans les TIC en tant que moteur de la relance économique. L’avenir de l’innovation dans le secteur des technologies de l’information réside peut-être dans le développement durable.
Rendre les TIC plus vertes est devenu le slogan à la mode dans les milieux industriels, au moment où les entreprises cherchent à développer des lignes de produits plus respectueux de l’environnement afin de satisfaire la demande des consommateurs, ainsi que pour réduire l’empreinte écologique de leur entreprise.
Des coûts de l’énergie sans cesse plus élevés et des impératifs politiques de s’attaquer aux changements climatiques fournissent également des incitants supplémentaires pour une révolution verte des TIC. Les TIC occuperont un rôle central dans les autres secteurs d’activités en aidant à mettre en place de nouveaux systèmes de gestion de l’énergie et à développer des usines plus « vertes ».
Un groupe d’experts sur l’avenir du secteur industriel a souligné l’importance de l’intégration des technologies favorisant l’épanouissement, y compris des TIC, en vue de s’adapter aux développements technologiques. Un budget de recherche d’un montant de 1,2 milliard d’euros a été débloqué dans le but d’aider les industries européennes, en particulier les PME.
Réactions
Il y a un vaste consensus quant au fait que les PME sont la clé de la création d’emplois à l’avenir, et que les TIC seraient un moteur essentiel des futures innovations si l’Europe doit devenir une économie basée sur la connaissance.
Le commissaire à l’Industrie, Günter Verheugen, a déclaré que l’Europe avait besoin d’assurer que les connaissances, les qualifications, les compétences et la créativité de la force de travail et des citoyens européens soient toujours au plus haut niveau, et qu’ils soient constamment actualisés.
Graham Vickery, administrateur principal du département politique de l’information, de l’informatique et de la communication de l’OCDE, à Paris, a indiqué que les TIC seraient capitales pour le développement de produits haut de gamme. Le développement et l’utilisation de technologies de l’information et de la communication sont, selon lui, devenus l’infrastructure de base de toute activité économique. L’Europe doit développer de nouvelles applications de TIC et les utiliser efficacement, afin de rester compétitive et de stimuler la productivité, au moment où de nouvelles entreprises et des pays en développement passent au niveau des chaînes de valeur internationales, a-t-il conclu.
L’eurodéputé britannique conservateur Malcom Harbour a indiqué que l’économie numérique offre de grandes opportunités pour les PME novatrices. Il a précisé que les applications du Web2 donnent un accès aux grandes bases de données, aux logiciels et aux ressources de traitement aux petites entreprises. Selon lui, la politique publique doit encourager ceux qui innovent et les aider à augmenter l’échelle d’idées commerciales réussies. Pour terminer, il ajoute qu’il souhaite davantage d’entreprises à croissance rapide en vue de créer les futurs emplois dont l’Europe a besoin.
Aviana Bulgarelli, directrice du Centre européen pour le développement de la formation professionnelle (Cedefop), a mis en avant l’importance des compétences dans le domaine de la technologie. Selon elle, l’éducation et la formation sont essentielles pour la croissance, l’emploi, et la cohésion sociale en Europe, et les compétences numériques sont la clé pour faire de l’apprentissage tout au long de la vie une réalité.
Viviane Reding, commissaire européenne en charge de la Société de l’information et des médias, a décrit les TIC comme une nouvelle source de croissance économique. Elle a indiqué que la Commission européenne en fait une partie intégrante de ses initiatives en matière de relance économique.
Le president de DigitalEurope, Erkki Ormala, a déclaré que les Etats membres avaient besoin de s’engager davantage dans le déploiement de l’Internet ultrarapide à travers l’Europe, et ce en vue de stimuler la demande. Les gouvernements nationaux auront à jouer un rôle clé, en particulier au moment où les investissements privés ne constituent pas une option réaliste, a-t-elle expliqué.
Jean-Noël Durvy, directeur de la politique de l’innovation au sein de la direction générale Entreprise de la Commission européenne, a expliqué que les compétences numériques sont au centre de la formulation des politiques destinées à assurer que l’Europe puisse stimuler la productivité et l’employabilité de sa force de travail, et répondre aux défis mondiaux de la compétitivité.